Quand les seniors forment les juniors - Domitille Michalon-Bertier (IFF) - Nez le mouvement culturel olfactif
Domitille Michalon Bertier - IFF

Quand les seniors forment les juniors – Domitille Michalon-Bertier (IFF)

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Notoirement long et complexe, l’apprentissage du métier de parfumeur ne s’arrête pas à la sortie de l’école. On pourrait même dire que c’est là qu’il commence vraiment… Car souvent, les maisons de composition continuent de former leurs plus jeunes recrues en les plaçant sous l’égide d’un ou de plusieurs créateurs expérimentés. L’occasion d’un enrichissement réciproque, comme l’explique Domitille Michalon-Bertier, parfumeur senior chez IFF où ce modèle est généralisé.

Chaque année, IFF recrute des élèves parfumeurs et les forme au contact de parfumeurs senior. En quoi cela consiste-t-il ?

Ce système d’apprentissage a toujours existé, et dans toutes les entreprises du secteur, je pense. Personne n’est parfumeur en sortant de l’ISIPCA : l’école donne des bases, une culture générale, mais pour devenir autonome il faut aussi apprendre sur le tas. Moi-même, quand je suis entrée chez IFF après une licence de chimie organique puis l’ISIPCA, j’ai été formée par quatre parfumeurs, pendant quatre ans. Ce qui a changé, depuis cette époque, c’est qu’IFF a formalisé cet apprentissage en créant une école interne. Ses élèves, recrutés à la sortie du master ISIPCA dont IFF est partenaire, ou bien au sein de l’entreprise, sont entre dix et quinze. Ils suivent un cursus théorique pendant trois à cinq ans – selon leur formation de base –, qui les amène à connaître en profondeur les ingrédients de la palette IFF et à expérimenter tous les supports (parfumerie fine et fonctionnelle), dans le monde entier. En parallèle, chacun a un mentor, qui les aide à approfondir leurs compétences en leur confiant régulièrement des exercices pratiques. À ce mentor principal s’ajoutent d’autres parfumeurs que l’élève rencontrera au fil de sa formation : si, par exemple, il part à Singapour pendant deux mois pour travailler sur des assouplissants, c’est un parfumeur de la région, spécialisé dans cette catégorie, qui va le prendre sous sa responsabilité pendant cette période.

Comment l’élève et le mentor se choisissent-ils ?

On ne peut pas vraiment parler de choix. Les tandems se forment de manière assez pragmatique. Lorsqu’un élève arrive, en fonction de sa formation et de son parcours, on voit quel parfumeur est le plus à même de le faire progresser.

Tous les parfumeurs sont-ils éligibles à ce rôle de mentor ?

Chez IFF, un parfumeur est d’abord élève, puis junior, puis parfumeur tout court, puis senior, puis VP [vice-président] et enfin master. C’est à partir du grade de senior que l’on met en place cette mission de mentor, même si nos élèves apprennent de tout le monde dans l’entreprise, de manière informelle.

Concrètement, à travers quel type d’échanges et de collaborations l’apprentissage se fait-il ?

Cela dépend beaucoup de chaque mentor. Même s’il y a un cadre, tout est possible et chaque apprentissage est personnalisé. Mais, typiquement, le parfumeur va aider l’élève à apprendre les ingrédients, puis lui faire réaliser des accords, d’abord simples puis de plus en plus complexes, jusqu’à construire un parfum. Il peut ensuite le faire travailler avec lui sur de petits projets. En tant que parfumeur, on apporte sa vision et son expertise propres, et on s’appuie aussi sur les capacités de l’élève pour progresser soi-même. Car à travers ses orientations spontanées, en nous posant des questions qui nous font réfléchir ou encore en nous initiant à des ingrédients qu’il a découverts avec un autre parfumeur, l’élève nous apporte également beaucoup.

Quand cet apprentissage se termine-t-il ?

L’élève a des « devoirs » à rendre, un certain nombre de matières premières à apprendre, d’accords à réaliser, et il doit également être passé par tous les supports. Une fois que tout cela a été fait et qu’on a pu valider ses progrès, il devient parfumeur junior. En fonction de ses capacités, de ses souhaits et surtout des besoins d’IFF, on l’envoie dans un centre créatif où il pourra grandir au sein d’une catégorie spécifique. Il lui faudra encore quatre à cinq ans de métier pour devenir parfumeur.

Cet entretien est tiré de :
Le Grand Livre du parfum – Pour une culture olfactive, 2e édition augmentée, 240 pages, Collectif, Nez éditions, 2020, 30€

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