Nez, la revue… de presse – #7 – Où l’on apprend que les espadrilles peuvent sentir bon

Au menu de notre revue de presse : le vétiver d’Haïti, la fleur d’oranger de Vallauris, les parfums de Chypre et l’Osmothèque de Versailles.

Cette semaine, la revue de presse vous fait voyager. Vers la lointaine Haïti d’abord, grâce à un reportage de la chaîne Martinique la 1ere sur le vétiver. Tourné après le passage de l’ouragan Matthew qui a ravagé la côte sud de l’île en octobre 2016, il se penche sur ces « grandes touffes d’herbes qui recouvrent toutes les pentes des collines », poussent où rien ne pousse, et résistent à tout, y compris aux cyclones. Des champs autour de Debouchette aux distilleries des Cayes, la racine de vétiver fait vivre 60000 personnes, et est devenue vitale pour l’économie du pays, qui en est le premier producteur mondial. La finesse de son essence boisée, terreuse, légèrement fumée, aux accents de pamplemousse, en fait la favorite des parfumeurs depuis la quasi disparition du vétiver Bourbon de la Réunion.

Voyage encore vers Chypre, qui a inauguré un parc éducatif sur le thème du parfum, rapporte l’agence Associated Press. Plus de 4000 ans avant la création du Chypre de François Coty, qui a donné son nom à une famille olfactive, l’île était réputée dans toute la Méditerranée pour la qualité de ses créations, convoitées jusqu’en Égypte. Les fouilles de l’archéologue italienne Maria Rosaria Belgiorno ont permis de mettre au jour une des plus anciennes fabriques de parfums du monde, datant de l’âge de bronze. Le parc s’inspire de ses travaux pour présenter au visiteur les matières premières utilisées à l’époque, les différentes techniques d’extraction et de production, et même la reconstitution d’un « laboratoire », où on peut distiller herbes et ingrédients locaux dans des jarres d’argile traditionnelles.

Voyage toujours, plus près de nous, à Vallauris, près de Grasse, où Chanel veut relancer la filière de la fleur d’oranger, nous dit France 3. Il y a un siècle, plus de 300 producteurs cultivaient le bigaradier, ou oranger amer, dont les fleurs permettent d’obtenir l’essence de néroli et l’absolue de fleur d’oranger. Il en reste aujourd’hui moins d’une trentaine, dont la famille Mul, qui travaille en partenariat avec Chanel depuis 1987. La marque de couture souhaite développer cette production devenue très confidentielle, et passer de 5 tonnes de fleurs récoltées chaque année à 50 d’ici 10 ans. Elle a lancé dans ce but un programme de plantation de 600 arbres d’ici 2020.

Voyage enfin, mais dans le temps cette fois, avec l’Osmothèque, ce conservatoire de la parfumerie unique au monde que Grazia a visité à Versailles. Fondée en 1990 par Jean Kerléo, parfumeur de la maison Jean Patou, cette « Bibliothèque nationale » du parfum s’est donnée pour mission de recenser tous les parfums existants, mais aussi ceux qui ont marqué l’histoire mais ne sont plus commercialisés (ou ne l’ont jamais été). Grâce au travail des osmothéquaires, il est ainsi possible de découvrir des reconstitutions du parfum de Pline l’Ancien, de l’eau de la reine de Hongrie, premier parfum à base d’alcool, créé au XIVe siècle, ou du fameux Chypre de Coty, parmi plus de 800 grands disparus.


Les odeurs peuvent être associées aux voyages, on vient de le voir, mais elles font aussi partie de notre quotidien. Nous sommes nombreux à apprécier les effluves chaleureux d’un bon café, que nous en buvions ou non. Mais les accros à la caféine en perçoivent le parfum plus rapidement que les autres, selon une étude du département de psychologie de l’Université de Portsmouth parue dans la revue Experimental and clinical Psychopaharmacology. Mieux : plus ils ont envie de café, plus leur odorat s’aiguise. Des conclusions qui pourraient aider à concevoir des thérapies pour les personnes dépendantes au tabac ou au cannabis.

Tout aussi banale mais généralement moins appréciée : l’odeur de pieds. Dans les années 80, les Nuls mettaient les espadrilles au banc des accusés dans un clip resté célèbre. Trente ans plus tard, une marque de Perpignan riposte grâce à « l’espadrille qui sent bon ». Depuis l’année dernière, Payote propose des modèles dont la toile intègre des microcapsules diffusant une fraîche et saine odeur de pamplemousse, lit-on sur le site de France 3. Nouveauté de cette année : un « Espaspray » qui allie notes de pamplemousse, menthe verte et muscs blancs, « pour retirer ses espadrilles en toute confiance ».

Les odeurs ont toujours fait partie de notre quotidien, mais elles l’envahissent littéralement maintenant que tout est parfumé, pointe Lavanya Ramanathan dans le Washington Post. Hôtels, gares, boulangeries, boutiques, parcs de loisir, voire immeubles d’habitation… Pourquoi le parfumage devient-il la règle dans de plus en plus d’espaces ? Parce que « les odeurs sont les ninjas du marketing », souligne Spence Levy, le fondateur de l’agence de marketing olfactif Air Esscentials. « Les gens sont bombardés de messages visuels. Nous avons trouvé un autre moyen de créer une empreinte dans leur cerveau. » Mais cela n’explique pas le développement exponentiel du marché des parfums d’ambiance et bougies parfumés dont nous imprégnons nous-même nos intérieurs. Karen Dubin, fondatrice de la communauté Sniffapalooza, a sa petite idée : « Le parfum est et a toujours été la promesse d’une vie meilleure ».

Et c’est ainsi que les mouillettes ne servent pas qu’à déguster les œufs !

Conférence Osmothèque – Le Bel Canto d’Edmond Roudnitska – Olivier Maure

Parfumeur esthète et philosophe, Edmond Roudnitska a marqué l’histoire de la parfumerie moderne, notamment par sa collaboration étroite avec Christian Dior. Son premier parfum fut Femme de Rochas, puis vient la série des Dior : Diorama, Eau Fraîche, Diorissimo, Eau Sauvage, Diorella, et enfin, L’Eau d’HermèsLe Parfum de Thérèse a été édité après sa mort, en 2003. Il est également l’auteur de plusieurs livres sur le parfum, et fonde avec son épouse Thérèse, le laboratoire de création “Art et Parfum”

Intervenant

Olivier Maure, qui a eu la chance de grandir et de s’épanouir auprès d’Edmond Roudnitska, nous parlera de cet artiste olfactif. À la fois fidèle à celui qui lui donna sa chance, et conscient que le flambeau repris doit continuer de brûler et briller de ses feux les plus délicats. Il préside aujourd’hui à la destinée de la société Art et Parfums.

Horaire et lieu

La conférence se déroulera 19h à 20h30 à ESCE International Business School, 10 Rue Sextius Michel, 75015 Paris.

Pour sa renaissance, le Prix François Coty récompense Emilie Coppermann (Symrise)

Emilie Coppermann (Symrise) a été désignée lauréate de la nouvelle édition du Prix François Coty.


Le 3 décembre dernier se tenait au château d’Artigny (Montbazon, Indre-et-Loire), la cérémonie de remise du prix François Coty 2018 à laquelle nous avons pu assister. Ce château du Val-de-Loire, de style néoclassique, qui abrite désormais un hôtel 5 étoiles, a été construit par François Coty entre 1919 et 1928, et constituait l’un des principaux lieux de vie de l’industriel corse. Emilie Coppermann (Symrise) a été désignée lauréate de cette nouvelle édition.

Créée en 2000, mise en sommeil en 2006 et relancée en 2017, L’Association François Coty a pour mission de perpétuer l’esprit et l’audace de François Coty. Aujourd’hui, Véronique Coty, arrière-arrière-petite-fille du parfumeur, en reprend la présidence. L’Association s’investit dans de nombreux projets dont l’objectif principal est de transmettre l’histoire de François Coty et de ses créations. Elle organise régulièrement des expositions, des rétrospectives et des conférences auprès de différents publics.

Le Prix François Coty, quant à lui, a également été initié en 2000 par Henri Coty, petit-fils du créateur, afin de distinguer un parfumeur particulièrement talentueux et audacieux dont les parfums se sont démarqués par leur beauté, leur originalité et leur technicité. Le jury désigne le lauréat lors d’un test à l’aveugle pour lequel les candidats sélectionnés ont proposé trois de leurs créations, dont un parfum lancé depuis 2017. La liste des nominés est dressée par une commission composée de la présidente Véronique Coty et de membres experts de l’Association François Coty, accompagnée de spécialistes (Commission technique de la Société française des parfumeurs et l’Osmothèque, conservatoire international des parfums). Durant ses dix années d’existence (2000-2010), le prix a ainsi récompensé de grands noms de la parfumerie : Jacques Cavallier, Maurice Roucel, Dominique Ropion, Francis Kurkdjian, Alberto Morillas, Olivier Pescheux, Christine Nagel, Olivier Polge et  Sophie Labbé.

Influencée et touchée par la démarche de son grand-père Henri Coty, Véronique Coty, avec son mari Nicolas Gandilhon, a tout mis en œuvre pour relancer ce prix avec pour objectif la reconnaissance envers les parfumeurs, « ces artistes de l’ombre »

Pour y participer, les parfumeurs doivent soumettre leurs créations. La maîtrise technique, l’écriture, l’harmonie, le raffinement sont autant de critères d’appréciation que l’originalité et la mémorabilité.

Le prix François Coty s’applique à tenir compte de l’ensemble de ces signes pour choisir le lauréat. Véronique Coty ajoute : « la transmission de mon patrimoine familial historique et la mise en lumière des parfumeurs-créateurs d’aujourd’hui sont les premières motivations d’une démarche culturelle et artistique qui se définit au travers de l’organisation de cet évènement, de conférences olfactives, d’expositions, de films, afin de sensibiliser les nouvelles générations. »

Le jury 2018, présidé par l’actrice Karin Viard, se composait de Jean Guichard (Parfumeur), Caroline Furstoss (chef-sommelière), Laurence Férat (journaliste spécialiste parfums), Daniel Molière (parfumeur-osmothéquaire), Erik Halley (plumassier brodeur), Mathilde Le Chatelier (Secrétaire générale de l’association François Coty).

Emilie Coppermann (centre) reçoit le Prix François Coty des mains de Karin Viard (dr.) et Véronique Coty (g.)
Emilie Coppermann (centre) reçoit le Prix François Coty des mains de Karin Viard (dr.) et Véronique Coty (g.)

Il a décerné le prix François Coty 2018 à la créatrice de parfum Emilie Coppermann (Symrise), pour l’ensemble de son travail et notamment ses créations MajaïnaSin de The Different Company (une vanille crémeuse et épicée), 212 VIP Men de Carolina Herrera (un oriental boisé), et le très beau Hallucinogenic Pearl d’A Lab on Fire, superbe accord iris-violette cuiré et poudré.

Une exposition passionnante sur l’œuvre de François Coty a été installée pour l’occasion dans le grand hall d’entrée du château, permettant d’admirer de somptueux flacons anciens, des cosmétiques et objets de toilette de la marque. Au plaisir visuel s’est ajouté le ravissement olfactif, avec la présentation d’une sélection de 8 parfums emblématiques de l’œuvre de François Coty, recomposés par l’Osmothèque : La Rose Jacqueminot (1904), Ambre antique (1905), L’Origan (1905), Le Jasmin de Corse (1906), Cordon rouge (1909), Chypre (1917), Émeraude (1921) et L’Aimant (1927).

C’est Véronique Coty qui a ouvert la soirée en rendant un hommage émouvant à son grand-père Henri Coty, fondateur du prix en 2000 et à son arrière-arrière-grand-père, François Coty.

Jean Kerléo (parfumeur et cofondateur de l’Osmothèque) a ensuite tenu une conférence passionnante sur l’œuvre de François Coty. Il s’agissait de la dernière intervention de ce grand monsieur, qui tirait ce soir-là sa révérence. Merci Monsieur Kerléo, pour ce que vous avez apporté à la parfumerie française, son patrimoine et sa reconnaissance.

On ne peut que saluer le travail de Véronique Coty, de Nicolas Gandilhon et des membres de l’association François Coty pour l’organisation d’un événement, qui a su rassembler la profession le temps d’une belle soirée. Il est maintenant essentiel que le prix s’inscrive dans la pérennité.

Le site du Prix François Coty : www.francoiscoty.fr

Conférence olfactive de l’Osmothèque : le marché des parfums brésiliens, par Renata Ashcar

L’Osmothèque propose une conférence sur le marché brésilien des parfums, par Renata Ashcar.

L’Osmothèque propose une conférence sur le marché brésilien des parfums, par Renata Ashcar.

 

Le Brésil est le second marché mondial du parfum en valeur, juste derrière les États-Unis. Il représente plus de la moitié des ventes de parfums en Amérique latine, avec des groupes historiques très fortement implantés : Boticário et Natura, véritables empires cosmétiques locaux.
Qu’en est-il des autres marques ? Quelle est la culture parfum du Brésil ? Quelles sont les tendances de ce marché ? Quel futur peut-on imaginer pour la parfumerie au Brésil ?

 

Renata Ashcar, experte de référence de la parfumerie au Brésil, est l’auteur de nombreux ouvrages de référence sur ce sujet, et est à l’initiative du premier Musée du parfum brésilien. Elle nous fait l’honneur de venir de Sao Paolo pour nous présenter ce marché si particulier : son histoire, ses parfums phares, et ses spécificités.

 

Inscription en ligne obligatoire :

https://www.weezevent.com/conference-olfactive-thematique-le-marche-bresilien-des-parfums

 

 

L’Osmothèque ouvre ses portes pour les Journées européennes du patrimoine

Après les succès des trois dernières éditions, l’Osmothèque renouvelle sa participation aux Journées européennes du patrimoine et ouvrira ses portes au public le samedi 15 septembre prochain de 10h à 18h.

Après les succès des trois dernières éditions, l’Osmothèque renouvelle sa participation aux Journées européennes du patrimoine et ouvrira ses portes au public le samedi 15 septembre prochain de 10h à 18h.

A découvrir : une collection de parfums unique au monde, véritable mémoire de la parfumerie, avec près de 4000 créations dont 800 disparues des circuits commerciaux présentées dans ce Conservatoire International des Parfums basé à Versailles, depuis près de 30 ans.

Thème 2018 : L’art du partage…

L’Osmothèque s’associe au thème retenu cette année : L’art du partage.

À ce titre ce sont plus de quinze parfumeurs « nez » qui seront présents lors de cet événement exceptionnel, afin de rencontrer le public et de lui faire découvrir les trésors du patrimoine de la parfumerie. Parmi eux : Francis Kurkdjian (Jean Paul Gaultier, Maison Francis Kurkdjian), Pierre Gueros (Trussardi, Morabito, Emmanuelle Khan…), Jean-Michel Duriez (Escada, Dolce &Gabbana, Patou…), Calice Becker (Dior, Hugo Boss, By Kilian…), Florence Idier (Diro, Comme des garçons), Romain Pantoustier (Nez-Zen) ainsi que nos parfumeurs/osmothécaires Patricia de Nicolaï, Bruno Hervé, Daniel Molière, Ségolen Rolland, Bernard Bourgois, Thomas Fontaine, Evelyne Boulanger, Norbert Bijaoui…

Ils présenteront au public leur métier souvent méconnu, les collections de parfums de l’Osmothèque, et partageront leurs coups de cœurs autour d’un parfum ou d’une matière première.

Nouvelle formule proposée au public cette année
Le thème 2018 étant l’Art du Partage, l’Osmothèque propose cette année un circuit guidé d’une heure environ sur le site de l’Osmothèque passant par différents pôles animés par les parfumeurs, membres de l’équipe de l’Osmothèque ou invités.

  • Accueil dans le showroom de l’Osmothèque, présentation du Conservatoire, historique de sa création, ses rôles et missions (préservation et transmission du patrimoine de la parfumerie), actualité.
  • Découverte de la palette du parfumeur (matières premières naturelles, et animales, matières de synthèse).
  • Présentation d’une sélection de parfums issus des collections du conservatoire (4000 parfums, dont 800 disparus des circuits commerciaux.)

Également un rayon librairie sur la parfumerie, une présentation de flacons de parfums de différentes époques, de films et publicités anciennes, ainsi qu’un pôle adhésion et mécénat présentant les activités de la Société des Amis de l’Osmothèque.
Exemples de parfums à découvrir lors de cette journée :

L’Eau de Lubin, Lubin (1798) , L’Eau de Cologne de Napoléon (1820), Fougère Royale, Houbigant (1884) , Vera Violetta, Roger & Gallet (1892) , La Rose Jacqueminot, Coty (1904) , L’Origan, Coty (1905) , Quelques Fleurs, Houbigant (1912) , Nuit de Chine, Les Parfums de Rosine (1913), Le Fruit défendu, Les Parfums de Rosine (1914) Le Chypre, Coty (1917) , Emeraude, Coty (1921) , Knize Ten, Knize (1924), Crêpe de Chine, Millot (1925), Zibeline, Weil (1928), Le Jasmin, Lucien Lelong (1930), Moment Suprême, Jean Patou (193), Je reviens, Worth (1932), Canoe, Dana (1935), Shocking, Schiaparelli (1937), Bandit, Piguet (1944), Fracas, Piguet (1948), Detchema, Révillon (1953), Vétiver, Carven (1957), Givenchy III, Givenchy (1970)…

Réservation possible de coupes-files pour les visites sur leur site : www.osmotheque.fr

Contribution symbolique de 1 € demandée aux visiteurs afin de participer aux frais liés à l’organisation de cette journée.

Esxence, pléthore de parfums rares !

Zoom sur le salon Esxence qui ouvre ses portes jeudi 5 avril. Entretien avec Silvio Levi (Esxence) et points de vue d’Anne-Cécile Pouant (Osmothèque), Luc Gabriel (The Different Company), Cécile Zarokian (Parfumeur indépendant).

La niche, la parfumerie artistique, la haute parfumerie, la parfumerie d’auteur, la parfumerie rare ou confidentielle… les qualificatifs varient, chacun a sa chapelle. Mais une chose est certaine, le phénomène de cette parfumerie (alternative ?) ne cesse de se développer et de faire les beaux jours du salon Esxence, initié il y a 10 ans par Silvio Levi (aussi propriétaire de la marque Cale fragranze d’autore et associé au sein de la parfumerie parisienne Nose). Pour y voir plus clair, nous lui avons posé quelques questions, ainsi qu’à quelques participants au salon… en attendant, nous-mêmes, d’y poser valises, magazines et livres !

Pourquoi avoir créé ce salon ?

Après le succès du salon Pitti Fragranze que j’ai fondé en 2003 [NDLR : Pitti Fragranze est un salon de parfums de niche organisé chaque année à Florence, en septembre], j’ai été le cofondateur de Masterpieces (2005-2008) à Bologne au sein du Cosmoprof [NDLR : salon international consacré à la beauté et qui se tient chaque année à Bologne] où nous – les distributeurs italiens comme Calé, Intertrade, Beautysan, Lorenzo Villoresi et quelques autres – pouvions donner l’impression que les marques elles-mêmes exposaient. Nous y avons organisé une sorte de lounge auquel seuls les visiteurs ayant reçu une invitation pouvaient se rendre.

Notre idée était de faire progressivement disparaître les distributeurs italiens au profit des marques elles-mêmes et des responsables export afin de ne pas faire un “Fraganze bis”. Il s’agissait aussi d’offrir au marché de la parfumerie artistique une plate-forme commerciale permettant aux opérateurs de se rencontrer, de créer des alliances et, ensemble, de promouvoir la culture du parfum.

En raison d’un manque de soutien de la part de la foire de Bologna et face la réticence des distributeurs nationaux devant leur mise à l’écart, j’ai annoncé au P-DG de Cosmoprof que j’abandonnais ce projet… et moins de 30 jours plus tard, nous créions Esxence à Milan. Nous étions en 2009.

Nous avons choisi Milan à cause des interconnexions aériennes, pour son infrastructure et la couverture médiatique qui rendaient l’accès aux visiteurs du monde entier beaucoup plus facile et plus “rentable”. Les petites marques encore à la recherche d’un réseau distribution auraient alors beaucoup plus de facilités et d’opportunités pour identifier de nouveaux partenaires.

Selon vous, quel est le plus grand accomplissement d’Esxence?

Sans aucun doute le sentiment d’appartenance entre les marques et les opérateurs, la prise de conscience d’une véritable communauté autour de la parfumerie artistique et de la réalité du business qu’elle engendre mondialement.

En outre, Esxence a donné la possibilité de mettre en relation directe les propriétaires de marque, les responsables export et les détaillants qui jusque-là n’avaient jamais eu l’occasion de se rencontrer et d’apprendre à se connaître. Cette proximité a beaucoup apporté dans la capacité des uns et des autres à identifier les partenaires les plus pertinents.

Notre salon a aussi donné la possibilité aux marques de n’avoir à prendre en charge qu’un seul salon par an tandis que leurs distributeurs italiens pouvaient eux s’occuper de la distribution au niveau local lors de Pitti Fragranze.

Esxence est désormais au cœur  des stratégies de marketing et de communication de l’ensemble de l’industrie du parfum. Chaque année, nous y offrons une plate-forme d’information, de débat, d’études qui réunit les acteurs et les influenceurs majeurs de notre industrie.

Quelles sont vos ambitions pour les dix prochaines années?

L’objectif principal d’Esxence-The Scent of Excellence- est de permettre à notre secteur de conquérir 1,5% du marché cosmétique dans le monde. Cela implique d’aider au développement d’un réseau de distribution qui ne représente pas plus de 5% des parfumeries dans chaque pays et qui devrait en compter près de 1 000 dans le monde. Il s’agit de permettre aux marques d’augmenter leur production à 10 000 pièces par référence produit tout en réduisant les coûts de production – sans limiter la qualité des matières premières et de la fabrication – et en maintenant une distribution strictement sélective.

Cet objectif est encore loin d’être accompli. Il est sûr que ce secteur ne peut que grandir pour la simple raison qu’il est corrélé à la croissance de la consommation de produits cosmétiques. En effet, cette augmentation exponentielle entraîne une plus forte demande, avec des répercussions positives sur l’industrie de la parfumerie artistique. Etant un marché de niche, cette parfumerie ressentira d’autant plus fortement une augmentation même faible du nombre de ses consommateurs.

Le départ progressif d’Esxence des moyennes et grandes marques de la parfumerie artistique n’est pas une limite per se et a une explication logique. D’une part, en s’exposant dans les allées du salon, les marques ayant un réseau de distribution solide et établi risquent d’être démarchées par des nouveaux détaillants qui ne les intéressent pas. Et si tel est le cas, elles préfèrent de toute façon rester discrètes !

D’un autre côté, tous les responsables des marques participent à Esxence en louant des appartements ou des suites pour leurs rendez-vous car tous les acheteurs et distributeurs viennent à Milan.

Notre prochain développement ? Un salon réservé aux marques approuvées par le comité technique, en tant que “Big Brand” et qui ne souhaitent pas exposer dans les travées du salon. Un espace auquel seules les personnes invitées pourront accéder.

Nous souhaitons aussi développer la présence sur Internet d’Esxence tout au long de l’année, avec des offres de services, des études, des bases de données, une bibliothèque en ligne, des vidéos d’ateliers et des webinaires [NDLR : séminaires disponibles sur Internet] contribuerait au développement d’une sorte de «Ministre de la Culture Olfactive». Il coordonnera et promouvra tous les événements : ateliers, écoles, musées ainsi que la coopération avec d’autres arts dédiés à la culture olfactive.

 

Plus d’informations :

Esxence – The Scent of Excellence
Milan – du 5 au 8 avril
Journées grand public : 7&8 avril


Ils participent à Esxence

Anne-Cécile Pouant, chargée de mission à l’Osmothèque, le Conservatoire international des parfums

“L’Osmothèque est présente tous les ans sur invitation des organisateurs d’Esxence pour présenter une sélection de parfums disparus de ses collections, ainsi que pour donner une conférence olfactive.

L’année dernière, nous avions présenté une conférence sur la parfumerie des années 70, l’année d’avant sur des Portraits de femmes parfumeurs, et encore avant une sur les beaux cuirs… Cette année, nous proposons la conférence hommage au Chypre de Coty avec un extrait de 100 ans de chypres en parfumerie que nous avions donnée en décembre à Paris. Ce sont toujours des osmothécaires (parfumeurs), qui connaissent bien la collection,  qui assurent ces conférences.

Comme vous avez pu le constater à Turin [NDLR : Lors du nouveau festival autour de l’olfaction lancé en février dernier par l’association Per Fumum, cofondée par Roberto Drago, par ailleurs distributeur de Nez italien], les Italiens sont un public très amateur de parfums, et très sensible au patrimoine, sous toutes ses formes. C’est culturel. Il est donc logique qu’il se passionne pour celui de la parfumerie !

L’Osmothèque n’ayant pas d’antenne en Italie, Esxence est l’occasion de faire venir l’Osmothèque pour la rendre accessible aux différents publics italiens (professionnels les premiers jours, mais aussi journalistes, bloggeurs, amateurs très éclairés et grand public le week end…) afin de présenter ce conservatoire unique au monde, et ses collections de parfums disparus, dont certains sont repesés sur formules d’origine, donc frais comme au premier jour de leur lancement… et que l’on ne sent nulle part ailleurs dans cet état de fraîcheur !

Pour nous, c’est également l’occasion de croiser un certain nombre de marques et de leur présenter l’Osmothèque, afin de les sensibiliser notamment au développement de la collection  partie « contemporaine », et de les inciter à l’enrichir avec leurs lancements. Pour soutenir notre action, nous évoquons également la nécessité pour toutes les marques de parfumerie de défendre la préservation et la transmission de leur patrimoine… en soutenant financièrement l’Osmothèque via l’adhésion à la Société des Amis de l’Osmothèque !

Comme vous le voyez, le programme est chargé pour nous à Esxence ! Et ce salon de grande qualité (organisation, programmation, exposants…) est tous les ans une formidable vitrine pour notre institution !”


Cécile Zarokian, parfumeur indépendant

Je vais à Esxence pour soutenir les lancements de mes clients, qui choisissent souvent de présenter leurs nouveautés à l’occasion de ce salon. Cela me permet de revoir beaucoup de marques, différents partenaires et journalistes réunis à Milan pendant 4 jours. Sans oublier la soirée à thème tant attendue, qui clôture Esxence dans une bonne ambiance festive !”

 


Luc Gabriel, directeur des marques The Different Company et Wide Society

“Esxence offre un focus sur la parfumerie alternative ou artistique : le large panel de marques permet une bonne vision de l’évolution du marché et attire les acheteurs du monde entier et de tous types (parfumeries, concept stores, department stores, réseaux). C’est pour nous cette année aussi l’opportunité de lancer notre deuxième marque  (Wide Society-Le Parfum en Liberté)  dans un contexte ad hoc et qualitatif.”

Conférence découverte : « Grande histoire de la parfumerie »

Le conférencier, un parfumeur expérimenté, vous initiera à l’histoire de la Parfumerie de l’Antiquité à nos jours, en vous faisant sentir des parfums anciens, des matières premières communes ou insolites, ainsi que certains des « trésors » de l’Osmothèque : des parfums disparus des marchés commerciaux qui ont pourtant marqué leur époque. Houbigant, Coty, Poiret, Guerlain : vous découvrirez ou prendrez plaisir à retrouver de merveilleux chefs-d’œuvre de la parfumerie.

 

Visite commentée à l’Osmothèque (Journées européennes du patrimoine)

Pour les journées européennes du patrimoine, l’Osmothèque propose une visite du seul conservatoire de parfums disparus.

Thème : Comment les parfums passent à la postérité : l’Osmothèque, Conservatoire international des parfums.

Présentation de 25 parfums « trésors » de la collection de L’Osmothèque, le Conservatoire International des Parfums 

PARCOURS PROPOSE AU PUBLIC

  • Assister à 4 mini-conférences olfactives de 20 minutes par thème présentant chacune 5 à 7 parfums du patrimoine mondial de la parfumerie
  • Visiter 1 salle de découverte des matières premières (Découverte d’huiles essentielles, concrètes et absolues, ainsi que des molécules de synthèse présentes dans les parfums présentés)
  • Visiter la cave avec un parfumeur «  nez » par petit groupes (Près de 4000 parfums à découvrir dans les caves, dont 800 disparus des circuits commerciaux)
  • Visiter le showroom de l’Osmothèque : assister à la projection d’un diaporama de publicités anciennes et découvrir l’orgue du parfumeur et la collection de flacons toutes époques confondues.
  • Rencontrer des parfumeurs qui vous dévoileront leur métier hors du commun

ENTREE GRATUITE – Durée du parcours complet : 1h30 environ

Conférence découverte « Si le parfum m’était conté » par Ange Zola

Choisir une senteur, déboucher un flacon, percevoir un impalpable nuage qui vous effleure la peau : c’est d’abord se faire plaisir.

Pour apprécier ce plaisir, il faut chercher la face cachée du parfum : d’où vient-il ? Quelles sont les matières premières naturelles et synthétiques qui le composent ? Comment voit-il le jour ? Comment le choisir ? Quand et pourquoi se parfume-t-on ? Quelles sont les différentes familles de parfums ?

L’olfaction de matières premières naturelles et de parfums correspondants illustrera cette conférence. Ange Zola vous présentera lors de cette conférence olfactive interactive les principaux composants de la palette du parfumeur, et leur utilisation en parfumerie. Pour chaque matière première présentée, un parfum de référence sera associé et expliqué par ce spécialiste des matières premières naturelles. Cette initiation au monde de la parfumerie s’adresse à tous types de publics (enfants à partir de 12 ans) désirant s’initier au monde des parfums.