Domestiquer les odeurs : l’odorat et la construction de l’espace privé (XVIIIe – XIXe)

Cette journée d’étude regroupera une dizaine de chercheurs qui s’intéresseront aux enjeux des odeurs dans la construction architecturale de l’espace privé. Elle s’achèvera par une présentation de l’artiste Boris Raux.

Cette journée d’étude regroupera une dizaine de chercheurs qui s’intéresseront aux enjeux des odeurs dans la construction architecturale de l’espace privé. Elle s’achèvera par une présentation de l’artiste Boris Raux.

Programme :

  • 9h30 – 9h45 : Laurent Baridon, université Lumière Lyon 2 / LARHRA et Érika Wicky, Collegium de Lyon / LARHRA : Introduction
  • 9h45 – 10h45 Présidence de séance : Laurent Baridon, université Lumière Lyon 2 / LARHRA

Manola Antonioli, École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris La Villette – Peter Sloterdijk et la « miasmologie »

Suzel Balez, École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris La Villette / CRESSON – L’habituation, un phénomène-clef dans la construction des (in)tolérances olfactives


  • 11h15 – 12h15 Présidence de séance : Érika Wicky, Collegium de Lyon / LARHRA
    Olivier Zeller, université Lumière Lyon 2
Ni bruit, ni peuple, ni odeurs : genèse de l’immeuble bourgeois à Lyon au XVIIIe siècle
Jean-François Cabestan, université Paris 1 Panthéon-Sorbonne
Effluves et distribution à Paris au XVIIIe siècle


  • 13h45 – 14h45 Présidence de séance : Mylène Pardoen, Maison des Sciences de l’Homme Lyon St-Étienne
Aurélien Davrius, École Nationale Supérieure d’Architecture de Paris-Malaquais
S’isoler ou se servir des odeurs ? Quelques principes théoriques au Siècle des Lumières
Jean-Alexandre Perras, Institut d’études avancées de Paris
Pour jouir sans délai des maisons de plaisance : les vernis sans odeur au XVIIIe siècle


  • 15h15 – 16h45 Présidence de séance : Rémi Digonnet, Université Jean Monnet St-Étienne
Érika Wicky, Collegium de Lyon / LARHRA
L’odeur de la peinture, un parfum d’atelier au XIXe siècle
Nicolas Personne, École du Louvre
Ce que l’Impératrice ne peut sentir. Les fumoirs de Napoléon III aux châteaux de Compiègne et de Fontainebleau.
Naomi Guzman-Santana, Université d’Édimbourg
La fluidité des odeurs: l’architecture poreuse et le mélange de l’espace public et privé dans Les Trois Villes d’Émile Zola


  • 17h – 18h  Boris Raux, artiste plasticien.
Dévoiler l’intime de nos odeurs : exemple d’une pratique artistique. Installation artistique : latent(e) on rue de Chevreul, 2019


Sur inscription. Le 5 juin de 9h à 18h.

Nez, la revue… de presse – #6 – Où l’on apprend que les nez fins n’ont pas besoin de Google Maps

Au menu de notre revue de presse cette semaine : la haine farouche suscitée par l’innocente betterave est certainement plus liée à la génétique qu’aux souvenirs de cantine, vers un implant cérébral pour guérir l’anosmie, et cultiver votre odorat pourrait allonger votre espérance de vie.

Sommes-nous tous égaux face aux odeurs ? S’il vous arrive de penser « Mais comment peut-on aimer porter ça ??? » en sentant certains sillages dans le métro… eh bien la science a peut-être la réponse, nous dit le New York Times. Selon une étude menée à l’Université Rockefeller à New York, nous sentons tous un peu différemment, et ces divergences de perception seraient dues à nos gènes. Pour ces travaux, 300 personnes ont senti des fioles, et devaient évaluer l’intensité de leur odeur et le plaisir qu’elle leur procurait – ou pas. Résultat ? Les participants ne percevaient pas de la même manière le parfum du muguet, les effluves terreux de la betterave ou encore le caractère tourbé d’un whisky, entre autres. Plus étonnant : ces différences concernant des dizaines d’odeurs sont liées à une seule et même mutation génétique, identifiée par les auteurs de l’étude.

Vous repérez au nez une clochette de muguet ou un amateur de Diorissimo à des kilomètres à la ronde ? Réjouissez-vous : vous avez certainement le sens de l’orientation. L’hypothèse d’un lien entre odorat développé et capacité à s’orienter remonte aux années 70, et une étude réalisée par l’Université McGill à Montréal et récemment publiée dans la revue Nature vient l’étayer. 57 volontaires ont été invités à naviguer dans une ville virtuelle, puis à sentir et identifier 40 échantillons odorants. Ce sont les mêmes personnes qui ont réussi le mieux les deux tests, pourtant sans lien apparent entre eux. Parce que mémoire spatiale et acuité olfactive mobilisent en réalité les mêmes zones du cerveau : hippocampe droit et cortex orbitofrontal médian, qui s’épaississent d’ailleurs proportionnellement au développement de ces deux capacités. Un héritage de nos ancêtres préhistoriques qui mémorisaient leur territoire en même temps que l’odeur des proies et des prédateurs qui s’y trouvaient ?

Un odorat plus développé que la moyenne pourrait aussi allonger votre espérance de vie, selon une étude de l’université du Michigan relayée par France Inter. Il y a 13 ans, des chercheurs américains ont ainsi fait sentir et reconnaître une douzaine de parfums à 2300 personnes âgées de 71 à 82 ans. Depuis, ils analysent les causes de décès de leurs patients. « Les personnes qui avaient un mauvais odorat au début de l’étude avaient 46 % plus de risque de mourir prématurément, comparés aux personnes qui avaient un bon odorat », explique le professeur d’épidémiologie et de biologie Honglei Chen. Des études avaient déjà fait le lien entre perte d’odorat et maladies neurodégénératives comme Parkinson ou Alzheimer, mais pour la première fois, ces travaux montrent qu’il est également possible que les personnes avec un odorat plus faible aient plus de chances de mourir d’une maladie cardiovasculaire, sans que l’on sache l’expliquer pour le moment.

De quoi rendre particulièrement précieuses les recherches menées par les écoles de médecine de Harvard et de l’université de Virginie concernant un implant cérébral pour guérir l’anosmie, décrites sur le site Scientific American. Le docteur Eric Holbrook, médecin ORL au Massachussets Eye and Ear Hospital, est parvenu à provoquer des sensations olfactives chez des personnes à l’odorat normal, en l’absence d’odeurs, mais grâce à la stimulation électrique des nerfs du bulbe olfactif. Une première réussite encourageante qui pourrait à terme permettre de restaurer l’odorat de ceux qui l’ont perdu.

Ces deux-là ne semblent pas avoir de problèmes d’odorat : Fashion magazine a interrogé les critiques de parfums Luca Turin et Tania Sanchez. Rachat des marques de niche par les grands groupes, lancement de lignes exclusives par les grandes marques, développement des parfums naturels, engouement pour le oud, envol des prix : les auteurs de Perfumes – The Guide retracent l’évolution du secteur durant les dix dernières années. Et évoquent leurs derniers coups de cœur et leurs remords, de la réédition de l’Iris gris de Jacques Fath aux créations de Zoologist Perfumes en passant par Pamplelune de Guerlain, Eden de Cacharel, ou La nuit de Paco Rabanne.

Et c’est ainsi que les mouillettes ne servent pas qu’à déguster les œufs !

Sens et senteurs : une question d’expression et de communication

L’odorat est certes moins développé chez l’homme que la vue ou l’audition qui nous permettent de nous orienter dans l’espace. C’est pourquoi les sciences humaines ont plus facilement étudié les autres sens. Il est de fait plus difficile de verbaliser une émotion à partir d’une odeur (Dubois, 2009), mais l’homme est en capacité d’en sentir des milliers et de les intérioriser avec une forte coloration affective (Le Guérer, 2002), sachant que le « discours olfactif » permet aussi à l’homme d’exprimer son rapport  au monde – adaptation ou aliénation – selon sa situation de communication. Étant donné le lien étroit entre l’odorat et le cerveau, ce discours influe puissamment sur le comportement humain (qu’il s’agisse de l’alimentation, de la sexualité, du commerce etc.). Les odeurs, bonnes ou mauvaises, génèrent des émotions fortes et jouent un rôle primordial dans la construction de la mémoire, particulièrement dans le cas du souvenir à l’instar de la madeleine de Proust (dans Du côté de chez Swann), l’odeur — comme la saveur — est un média de la réminiscence.

Le laboratoire ALITHILA en langue et littérature française, le laboratoire CECILLE en langue et littératures étrangères, le laboratoire GERiiCO en sciences de l’information et communication, tous les trois de l’Université Lille, s’associent avec le laboratoire CIMEOS en sciences de l’information et communication de l’Université de Bourgogne, pour investir ce nouveau domaine de recherche en SHS. Ils appellent d’autres chercheurs à partager leur intérêt pour la signification sensorielle et la symbolique des postures communicatives liées à l’odeur. La communauté de chercheurs en SHS est donc invitée à s’exprimer sur l’expérience olfactive en distinguant le sensoriel (l’esthésie), du sensible réfléchi (l’esthétique), pour enfin mener une réflexion sur le sens et le symbolisme de cette expérience (une possible « éthique olfactive »), en référence à la « trinité du sensible » selon J.-J Boutaud  (cf. Parizot, 2013). L’enjeu interdisciplinaire, à la croisée des approches littéraire et info-communicationnelle, est bien de décrypter une « rhétorique de senteurs » (Perrouty, 2006).

Les odeurs structurent non seulement notre relation au temps et à l’espace mais figent également nos représentations sociales et suscitent le partage d’émotions. L’argument de ce colloque est de montrer que le sens olfactif, oublié par la tradition philosophique  ̶ si on excepte Condillac et Nietzsche (Jaquet, 2010) ̶ est fondamental dans notre construction du sens, et de montrer que l’odeur est un marqueur social inévitable. Dès lors se posent des problèmes d’expression : comment exprimer l’indicible odeur ? Quels sont les mots et les expressions linguistiques caractéristiques de l’olfaction ? Dans quelle mesure l’odeur structure-t-elle un imaginaire ou inspire-t-elle une poétique ? Se posent encore divers problèmes de  communication : comment échanger et documenter des informations à partir de l’olfaction ? Quel rôle peut jouer le parfum dans les processus de médiation culturelle ? Comment persuader à l’aide des odeurs, voire inciter à l’achat en contexte publicitaire et commercial ? Quels sont les rites sociaux liés au parfum ? etc.

Le colloque « Sens et Senteurs » se tiendra vendredi 5 et samedi 6 octobre à l’Université de Lille, site « Pont-de-bois » (frais de participation : 50 euros pour un chercheur titulaire, 40 euros pour un doctorant). Les projets de communication, assortis d’une notice biographique,  sont à adresser à [email protected] et [email protected] avant le 15 juin 2018. Après un examen des propositions en double aveugle, le comité scientifique donnera sa  réponse au plus tard le 14 juillet 2018.

Voyages olfactifs : l’exposition multi-sensorielle d’Eléonore de Bonneval

Eléonore de Bonneval propose une exposition multi-sensorielle à partir du 7 novembre à l’hôpital gériatrique de Bretonneau (Paris 17e).

A l’intérieur de l’hôpital gériatrique de Bretonneau, se tiendra bientôt une exposition multi-sensorielle, réalisée par Eléonore de Bonneval.

expo-voyages-olfactifs

“Photographe des odeurs”, Eléonore de Bonneval vous invite ici à retracer l’histoire d’une génération qui a connu la guerre comme la paix, le malheur comme la joie et bien d’autres choses encore. A travers photos, sons et odeurs, vous aurez l’occasion de parcourir les souvenirs intimes de quelques vingts résidents de l’hôpital: odeurs de famille, de peur, de liberté sont ici à l’honneur. Nez, la revue olfactive, est partenaire de cette exposition.

Eléonore de Bonneval est diplômée du Master MPIC de l’Institut Supérieur international du Parfum, Cosmétique et de l’Aromatique alimentaire) ainsi que du London College of communication où elle obtient un Master en photojournalisme.

Elle accorde une importance particulière à l’odorat, et en fait un objet d’étude quotidien. Dans cet optique, elle est l’une des contributrices de Nez.