Inscription des savoir-faire grassois liés au parfum au patrimoine immatériel de l’humanité de l’Unesco : “C’est d’abord la parfumerie qui a gagné”. Rencontre avec Nadia Bedar et Laurent Stefanini

Rencontre avec Nadia Bedar et Laurent Stefanini à l’occasion de l’inscription des savoir-faire grassois liés au parfum au patrimoine immatériel de l’humanité de l’UNESCO.

Il y avait la Fête du printemps de Macédoine et la pizza napolitaine, voici venus les bains médicinaux tibétains, le reggae et… le parfum ! Le 28 novembre, avec une quarantaine d’autres lauréats, les savoir-faire du pays de Grasse en matière de parfum se sont vus inscrire à la liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’Unesco (Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture). Une consécration pour la région grassoise après dix années de travail acharné.

Rencontre avec Nadia Bedar, directrice du projet de candidature du pays de Grasse et de la mission Patrimoine culturel immatériel.

NEZ : Vous n’êtes pas grassoise, vous n’appartenez pas au monde du parfum. Comment vous êtes-vous retrouvée porte-parole d’un tel projet ?

Nadia Bedar : J’ai d’abord rencontré le sénateur des Alpes-Maritimes, Jean-Pierre Leleux, depuis longtemps très investi dans la valorisation du parfum à Grasse, dont il fut maire. Il a notamment beaucoup fait pour le musée de la parfumerie dans la ville [NDLR : Le Musée international de la parfumerie]. De cette rencontre et de cette volonté commune de promouvoir les savoir-faire grassois est née l’idée de ce projet qui nous a animés jusqu’à sa réalisation.

Près de dix ans de bataille ! Comment avez-vous vécu cette victoire ?

C’était étrange, je l’ai ressentie comme quelque chose de presque normal. Après toutes ces années d’efforts, il me semblait qu’il ne pouvait pas en être autrement. Si la décision avait été négative, elle m’aurait semblé totalement injuste.

Le parfum, ce n’est pas que du marketing, c’est d’abord des hommes et des femmes.

Comment se sont passées ces dix années ?

Une fois le ministère de culture convaincu d’inscrire le parfum sur la liste des projets à soutenir, l’ambassadeur français auprès de l’Unesco à dû défendre les trois savoir-faire en Pays de Grasse : la culture de la plante à parfum, la connaissance des matières premières naturelles et leur transformation, l’art de composer le parfum. Puis, il a fallu sensibiliser les acteurs diplomatiques. Pendant plusieurs années consécutives, les ambassadeurs du comité de l’Unesco se sont rendus à Grasse. On a veillé à adapter leur séjour et leur itinéraire à leurs origines. Pour l’Allemagne, par exemple, nous avons convié l’entrepreneur allemand Johann Maria Farina, un descendant direct du fondateur de l’eau de Cologne, huitième génération de l’entreprise. 

Au-delà, nous avons dû bien sûr réunir et fédérer les différents acteurs de la parfumerie, au travers notamment de la création de l’association patrimoine vivant du pays de Grasse, du recueil de nombreux témoignages, de l’organisation de colloques annuels permettant de découvrir des métiers de la parfumerie méconnus du grand public, et aussi imaginer des mesures de sauvegarde de nos métiers.

Que va permettre ce label ?

Les conséquences sont déjà palpables pour le pays grassois. De nouveaux producteurs se sont installés dans la région, des relations se sont nouées entre des acteurs de tous les métiers, producteurs et experts en transformation, par exemple; les parfumeurs se sont aussi réappropriés l’utilisation des matières premières naturelles. C’est comme s’il y avait eu une prise de conscience, une “prise de connaissance” de la richesse du patrimoine de Grasse. Les habitants du pays semblaient redécouvrir leur territoire.

Cette inscription donne une visibilité internationale à la ville de Grasse. Comment transformer l’essai ?

En créant une chaire Unesco avec l’université Sofia-Antipolis, par exemple, afin de permettre la construction de projets internationaux autour du parfum. Des producteurs indiens de l’Uttar Pradesh sont déjà venus se former ici. Des Lituaniens pourraient bientôt leur succéder. Par ailleurs, la création d’un centre de formation et de conservation des plantes à parfum a déjà débuté à Grasse. Le terrain est choisi, la serre en construction. La ville pourrait aussi choisir de faire découvrir ses coulisses, de montrer l’envers du décor. Visiter une usine qui distille la rose ou qui produit le jasmin, c’est impossible aujourd’hui ! Pourquoi ne pas se diriger vers un tourisme durable ? Un des projets déjà mis en place s’intitule les Chemins parfumés. L’un d’eux, poétique et littéraire, nous emmène à la Villa Saint-Hilaire, la bibliothèque patrimoniale de Grasse. On peut la visiter, et même y découvrir des incunables liés à la parfumerie.

À Grasse, visiter une usine de plantes à parfum, c’est impossible aujourd’hui

Cette inscription au patrimoine immatériel de l’humanité donne aussi des responsabilités, des devoirs…

Bien sûr, il existe un risque d’abus de l’usage du label, même si celui-ci est très réglementé. Nous aurons l’obligation de tenir nos engagements concernant les mesures de sauvegarde des savoir-faire, clairement définies dans un formulaire déposé par l’Etat français. Le ministère de la culture suivra régulièrement le dossier.

Un point marqué par Grasse, berceau officiel de la parfumerie, face à la Cosmetic Valley ?

Cet aspect de concurrence entre les territoires n’est pas entré en ligne de compte. C’est d’abord la parfumerie qui a gagné, elle est à présent reconnue telle qu’elle peut l’être réellement. Notre premier combat était celui contre les clichés. Non, le parfum, ce n’est pas que des marques et du marketing, c’est d’abord des hommes et des femmes. Ce sont eux, les praticiens, qui ont été récompensés.

L’ambassadeur français auprès de l’Unesco, Laurent Stefanini © : France Bleu Azur

Rencontre avec Laurent Stefanini, ambassadeur, délégué permanent de la France auprès de l’Unesco

C’est une belle victoire pour Grasse, et pour la France aussi, ça apporte beaucoup au pays de présenter d’aussi beaux dossiers de candidature auprès de l’Unesco. Le processus de sélection étant très exigeant, nous étions en dialogue permanent avec les porteurs du projet, afin d’être sûrs que le sujet soit ensuite bien compris par tous les membres du comité.

Mais le dossier était convaincant. Pourquoi ? Parce qu’il était porté par une communauté structurée. C’est une victoire collective. Le label Unesco est un label d’excellence, un peu comme les étoiles Michelin. Il va surtout aider à protéger la tradition du parfum dans le pays grassois. La région et le département devront y veiller. Cela passera aussi par des liens solides à nouer avec les marques de luxe françaises.

Propos recueillis par Béatrice Boisserie, le 30 novembre 2018

Galerie olfactive – From the land to the scents (Grasse)

Voir notre entretien avec Mélanie Munier, organisatrice de l’événement.

3 Journées entières le 7, 8 et 9 juin 2018 faisant intervenir tous les acteurs de la parfumerie : producteurs de fleurs et plantes à parfums, maisons de composition, marques et distributeurs.

Cette première Galerie olfactive a pour but de réunir en un même lieu un panel représentatif des marques de niche. Elle aura lieu dans l’ancienne maison d’arrêt de Grasse (transformée en grande serre florale et olfactive)  et mettra en relation les acteurs du marché de la parfumerie avec un public averti.

Plus de 40 marques françaises et étrangères de niche exposeront dans les cellules fleuries et parfumées de la prison. Le Palais des Congrès accueillera quant à lui un restaurant éphémère installé sur la terrasse ainsi que des conférences et des expositions.

Heures d’ouverture professionnels

Jeudi matin : 9H00 – 12H30
Vendredi matin : 9H00 – 12H30

Heures d’ouverture au public

Jeudi après-midi : 14H30 – 17H30
Vendredi après-midi : 14H30 – 17H30
Samedi : 10H30 – 17H30

 

Toutes les informations sont disponibles sur : https://www.nicom-international.com/galerie-olfactive

Nez est partenaire de l’événement.

“Nous voulons transmettre un certain esprit de liberté” – Mélanie Mugnier, organisatrice de la Galerie olfactive à Grasse

Rencontre avec Mélanie Mugnier, organisatrice d’un nouvel événement dédié au parfum de niche, à Grasse : la Galerie olfactive.

Née dans une famille d’entrepreneurs et de publicitaires, grassoise de cœur, Mélanie Mugnier, s’installe dans la ville des parfums en 2015 où elle crée l’agence d’événementiel Nicom. Depuis, elle valorise le patrimoine, la création artistique et l’économie locale. Du 7 au 9 juin, elle organise un nouvel événement dédié au parfum de niche à Grasse : la Galerie olfactive. Rencontre.

 

Vous avez acquis l’ancienne maison d’arrêt de Grasse, pourriez-vous nous parler de ce lieu ?

En 2017, avec mon compagnon Grégory Routier, nous avons racheté ce bâtiment du XIXe siècle, fermé en 1992 et encore totalement “dans son jus”. Le lieu appartenait à l’État, notre projet a été retenu car nous avons toujours mis la dynamique artistique au cœur de notre projet de réhabilitation. Nous y accueillons des évènements déclinés sous forme de galerie : Galeries éphémères en 2017, Galerie olfactive en 2018…

 

Qu’entendez-vous par “Galerie olfactive” ?

C’est un événement qui se déroulera du 7 au 9 juin prochain. La Galerie olfactive mettra à l’honneur les marques de parfums de niche, une quarantaine d’entre elles auront leur propre cellule au sein de la prison. Dans ces cellules de 9 m2, ces marques pourront faire découvrir et vendre leurs produits. On y retrouvera entre autres Amouroud, Autour du Parfum, Elixir Création, Isabelle Burdel parfumeur créateur, Jeroboam, Jovoy, Neela Vermeire, L’Orchestre parfum, Rania J, Ulrich Lang New York, Perfumery Club Russia…

A quelques mètres de la prison, en plein centre ville, le palais des congrès de Grasse accueillera des écoles et formateurs de parfums : ASFO Grasse, Cinquième sens, l’ESP (École supérieure du parfum), l’Isipca (Institut supérieur international du parfum et de la cosmétique et de l’aromatique alimentaire), l’Université Côte d’Azur et certaines maisons de compositions et de matières premières de la région.

 

En quoi la Galerie olfactive sera-t-elle artistique ?

C’est un vrai parti pris. En plus de la présentation et de la découverte de parfums, nous avons souhaité voir les plantes réinvestir un lieu clos pendant des années et qui enfermait des gens. La partie centrale de la maison d’arrêt va être transformée en grande serre florale et olfactive, et l’ensemble de la structure va être végétalisée. Nous voulons transmettre un certain esprit de liberté trois jours durant.

 

 

Végétaliser une maison d’arrêt, c’est un vrai challenge. À qui avez-vous fait appel pour cette réalisation ?

Antonia Requena, fleuriste à Grasse et propriétaire de Fleurs d’azur s’occupe de la mise en œuvre artistique. Elle sera accompagnée par de jeunes en réinsertion d’un CAPA Jardinier Paysagiste du centre de formation continue de Grasse, l’AFC Asprocep. Nous nous procurerons les plantes auprès de La Pépinière des Aspres. Nous avons toutes les ressources nécessaires à Grasse et c’est la carte que nous souhaitons jouer.

 

A qui s’adresse cet événement ?

Le public est triple : le grand public est invité à découvrir les marques de niche mises à l’honneur et des parfums uniques, présélectionnés par notre conseillère artistique Véronique Wittling.

Les étudiants et lycéens de la région qui souhaitent en savoir davantage sur les opportunités de formation en parfumerie post-BAC. Les marques de niche qui ne sont pas originaires de la région et souhaitent entrer en relation avec un nouveau public. Elles pourront également rencontrer les sociétés de matières premières et les maisons de composition grassoises pour leurs futurs développements de parfum.

 

 

Après la Galerie olfactive, que va devenir ce lieu ?

Il y a un manque drastique de logements étudiants à Grasse or la mairie a encouragé l’implantation d’écoles de parfumerie. Foqual – le Master professionnel de Chimie de Nice – a une antenne ici, l’ESP va faire sa première rentrée en septembre prochain mais ils n’ont pas assez d’hébergements. Nous entreprendrons des travaux de transformation en septembre 2018 et proposerons une quarantaine de studios pour la rentrée scolaire 2019. Pendant les vacances scolaires d’été, le lieu accueillera des résidences d’artistes avec exposition à la clé… la Galerie va donc se décliner encore sous de nombreuses formes !

Informations pratiques

La Galerie olfactive
Du 7 au 9 juin, à Grasse

Programme sur www.nicom-international.com/galerie-olfactive

A noter : Nez sera présent lors de l’événement, pour présenter une sélection de parfums de niche. Tous nos livres seront bien sûr disponibles sur notre stand !

Photos : Eléonore de Bonneval

Balades contées et parfumées par Delphine de Swardt dans les jardins du MIP

Lors des journées européennes du patrimoine, Delphine de Swardt nous convie à une balade contée et parfumée au sein des jardins du Musée International de la Parfumerie. 

Lors des Journées européennes du patrimoine, Delphine de Swardt nous convie à une balade contée et parfumée au sein des jardins du Musée international de la parfumerie. 

 

Les 16 et 17 septembre à 16h

Gratuit sur réservation au 04 97 05 58 14