Franck et Hugo (parfumerie Oriza L. Legrand Parfums, à Paris) : “Notre magasin est une machine sensorielle à remonter le temps !”

Notre série estivale d’entretiens avec les parfumeries de niche dépositaires de Nez se poursuit avec cette fois la marque Oriza L. Legrand. Franck et Hugo ont bien voulu répondre à nos quelques questions… tout en facétie !

Comment êtes-vous arrivé dans le monde du parfum ?

Franck : J’étais passionné par les créateurs de parfum et les petites maisons confidentielles. Mes recherches historiques à l’aide des archives de la Maison Oriza L. Legrand m’ont permis de mieux appréhender l’univers de la parfumerie. J’espérais qu’un jour ma passion puisse se muer en une participation active…

Hugo : Formé voilà 20 ans (!) à «  L’école » de l’Artisan Parfumeur pendant mes études commerciales en alternance, mon intérêt pour le parfum, « le beau » en général et l’Histoire en particulier, s’est aiguisé au fil de mes expériences professionnelles dans de grandes et petites structures. Après toutes ses années d’apprentissage, la Maison Oriza L. Legrand réunit tous mes centres d’intérêt : le parfum, l’art et l’histoire.

 

Oriza L. Legrand

Qu’est-ce qui selon vous caractérise votre boutique ?

Un bond en arrière de 100 ans, visuellement et olfactivement, avec cette caractéristique que nos parfums anciens sont d’une modernité incroyable. Les clients sont à l’unanimité transportés à La Belle Epoque ou dans les Années Folles dès qu’ils franchissent le pas de la porte. Notre magasin est une machine sensorielle à remonter le temps! Le calme y règne au cœur de l’un des quartiers les plus dynamiques de la capitale. Ici point de luxe tapageur et de lignes épurées… Nous avons pris le parti de l’échoppe accessible et du mobilier chaleureux, en associant l’ Art-déco à l’ Art-Nouveau avec cette touche rococo typiquement Belle Epoque.

Comment faites-vous la sélection des marques qui entrent chez vous ?

Seule notre Maison de Parfums est représentée dans notre magasin mis à part quelques accessoires complémentaires au parfum et qui se parfument : écharpes tricotées-main dans les Cévennes, faux-cols, manchettes, nœuds papillon parisiens et mouchoirs lyonnais… Tous les accessoires sélectionnés ou conçus pour nous sont fabriqués artisanalement en France avec cette éthique qui caractérise la Maison Oriza L. Legrand. Les artisans, les matières, la qualité et l’intemporalité les caractérisent. [N.D.L.R. : Eh bien sûr, Nez est également dans la boutique !]

Un ou des coups de coeur cette année ?

 Doux Songe de Gueldy… Ah ? Non nous ne sommes pas en 1911 ??? … Alors un  Oriza L. Legrand  quelle que soit la création!

Quel parfum portez-vous aujourd’hui ? 

FranckVilla Lympia, qui évoque le sable chaud et les embruns… Idéal pour seul vêtement en cette période.

Hugo : Cuir de L’Aigle Russe qui est mien parce que si éloigné de tous les Cuirs de la parfumerie: aromatique, fleuri et si évocateur de la Russie des Tzars!

Propos recueillis par mail le 27 juillet 2016

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Charlotte Châtelet (parfumerie La Maison du Parfum à Rennes) : “Aimer le parfum, c’est aimer la vie !”

Charlotte Chatelet, de la Maison du Parfums à Rennes, qui deviendra en octobre la Maison Orso, nous fait partager sa passion pour le parfum et ses récents coups de cœur.

Nous pouLa maison du parfumrsuivons notre série de l’été des parfumeries qui nous font le plaisir de distribuer notre revue. Pour ce cinquième rendez-vous, après la côte basque, retour en Bretagne avec Charlotte Châtelet, de la Maison du Parfums à Rennes, qui deviendra en octobre la Maison Orso. Elle nous fait partager sa passion pour le parfum et ses récents coups de cœur.

Comment êtes-vous arrivée dans le monde du parfum ?

Toute petite c’est ma grand mère maternelle qui me gardait, elle était passionnée par les parfums et en était une grande consommatrice, de ce fait je l’accompagnais très souvent en parfumerie (à l’époque traditionnelle) et chez Patchouli lorsqu’elle faisait ses achats (Arpège, Poison, Byzance ou Balahé entre autres), mon premier parfum était Sculpture de Nikos.

Ma maman collectionne les flacons et poudriers anciens qu’elle déniche dans les brocantes, donc j’ai toujours vu à la maison des parfums de toutes sortes (l’odeur des fonds de flacons anciens : un régal !)

J’ai toujours été fascinée par cet univers, par le langage olfactif, les émotions qui en émanent alors que nous sommes sur du non palpable, comme je le répète souvent à mes clients. Je suis passionnée par les odeurs, c’est fou la bibliothèque olfactive que l’on peut enregistrer dans notre mémoire ! Je pense qu’aimer le parfum, c’est aimer la vie et être épicurien. Après des études professionnelles en communication, j’ai fait une formation en Parfumerie Cosmétique à Rennes car l’envie était trop forte, et je suis rentrée chez Estée Lauder, quelques années plus tard j’ai ouvert ma boutique.

Qu’est-ce qui selon vous caractérise votre boutique ?

J’essaye de proposer un luxe décontracté, d’aborder le sujet avec professionnalisme et simplicité. Pour moi le parfum est relié à pleins d’univers : la mode, le design, la musique, la gastronomie… on peut donc avoir des sujets d’échanges incroyables avec les gens à partir d’une fragrance. Je dirais que c’est un mini marché cette boutique ! Le problème c’est que j’aime tellement de choses qu’il n’y a plus de place !

Comment faites-vous la sélection des marques qui entrent chez vous ?

À vrai dire, le choix ne se fait jamais seul, Lila ma sœur qui travaille avec moi depuis peu est passionnée par les accords poivrés, cuirés, et moi par les colognes. Nous faisons participer également Monsieur M. ma moitié, ou Stéphane mon meilleur ami qui est un grand perfumista. Lorsque nous choisissons une nouvelle maison nous nous demandons : à qui allons nous la proposer, comment en parler, l’histoire et la démarche de la maison…

Également lorsque je voyage je vais dans toutes les parfumeries, boutiques, concepts stores à la rencontre de mes confrères afin d’échanger sur le sujet et découvrir de nouvelles marques.

Un ou des coups de cœur cette année ?

Plusieurs !

Pour Lila :

Monsieur. de Bruno Jovanovic aux éditions Frédéric Malle, un patchouli un peu terreux et sirupeux à la fois !

Murmure des Dieux d’une nuit à Bali qui aurait presque l’odeur de la mine de crayon. C’est un parfum exceptionnellement charnel sur la peau.

Pour moi :

Il n’est pas nouveau mais je reste admirative d’Imperial Tea chez By Kilian par Calice Becker, on a l’impression de déguster une tasse de thé au jasmin avec ce petit fond amer ! Absolument incroyable

Et Shameless Seducer de Malbrum (une maison qui va venir prochainement à la boutique), un accord musc-iris-mimosa. Curieux et génial !

Quel parfum portez-vous aujourd’hui ? 

Il faut savoir que la semaine je me parfume peu, voire pas du tout, j’aime bien être neutre, olfactivement parlant,  à la boutique afin d’être entièrement disponible pour la personne que j’accompagne dans sa quête du graal olfactif. Voici mes 5 amours : Colonia Assoluta d’Acqua Di Parma, Zagara de Santa Maria Novella, Escale à Portofino de Dior,  le N°22 de Chanel et White patchouli de Tom Ford.  Aujourd’hui c’est Zagara une cologne qui magnifie la fleur d’oranger.

 

Propos recueillis par mail le 28 juillet 2016

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Paul-Henri Franzone (la parfumerie Autrement à Bayonne) : ” Notre mission ? Trouver votre propre parfum, qui correspond à votre personnalité, à votre peau, à vos envies…”

Paul-Henri Franzone, de la Parfumerie Autrement à Bayonne, a en effet bien voulu répondre à nos questions estivales. Parfumerie hybride, elle propose aussi bien des parfums de niche que mainstream. Et bien sûr, vous y trouverez également Nez !

Quelques jours après avoir publié les réponses malouines d’Alan Malgorn, nous nous tournons vers un littoral plus méridional, le Pays Basque. Paul-Henri Franzone, de la Parfumerie Autrement à Bayonne, a en effet bien voulu répondre à nos questions estivales. Parfumerie hybride, la Parfumerie Autrement propose aussi bien des parfums de niche que mainstream. Et bien sûr, vous y trouverez également Nez !

Comment êtes-vous arrivé dans le monde du parfum ?

Je suis tombé dans le monde du parfum bébé. J’ai d’ailleurs cassé beaucoup de miniatures puisque mon père les collectionnait et j’avais interdiction de les toucher, vous savez tous ce qui est interdit… En effet mon papa est pharmacien et parfumeur et tout naturellement mes études supérieures se sont passées dans l’univers de la parfumerie de luxe.

Qu’est-ce qui selon vous caractérise votre boutique ?

La caractéristique principale de notre parfumerie est l’humain, mes collaboratrices sont expertes dans la parfumerie de niche, le maquillage et le soin. Elles sont formées le plus souvent possible, notre boutique en elle-même est un mélange de parfumerie traditionnelle avec des marques comme Chanel, Guerlain, Sisley, Hermès et de parfums dits de niche moins distribués : Editions de Parfums Frédéric Malle, Houbigant, Orto Parisi, Jean Desprez, Tom Ford, Nasomatto, Lubin, Etat Libre d’Orange, Annick Goutal, Acqua Di Parma…

Notre mission est de trouver votre propre parfum, qui correspond à votre personnalité, à votre peau, à vos envies du moment, bref un vrai moment de partage…

Parfumerie Autrement - Bayonne

Comment faites-vous la sélection des marques qui entrent chez vous ?

Nous choisissons nos marques en fonction de leurs originalités, leurs tenues et de la personnalité de leurs créateurs. Nous allons à Milan, à Florence [N.D.L.R. : respectivement les salons Esxence et Pitti Fragranze], à Paris dans les salons appropriés pour nous tenir constamment à la page.

Un ou des coups de cœur cette année ?

Mon coup de cœur de l’année il y en a plusieurs !

S’il fait très chaud  je porte plutôt Eau de rhubarbe écarlate d’Hermès, à la fois amer et désaltérant il est pour moi la plus belle fragrance de l’été. Je porte aujourd’hui Quercia d’Acqua Di Parma magnifique invitation au voyage rempli de caractère…

L’hiver je peux mélanger Cologne bigarade de Frédéric Malle  et Habit rouge Dress Code de Guerlain. La première remplie d’agrumes et de fraicheur et la seconde plus enveloppante et chaude, un mélange subtil et plein de force pour les journées parfois pluvieuses en pays basque…

Propos recueillis par mail le 24 juillet 2016

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Alan Malgorn (parfumerie Charriou à Saint-Malo) : “Mon grand plaisir… passer mes journées à sentir, découvrir de nouvelles marques, de nouvelles créations”.

Nez a interrogé l’inénarrable Alan Malgorn, de la parfumerie Charriou à Saint-Malo. Il nous raconte sa passion pour le parfum et ses récents coups de coeur.

Parfumerie CharriouPour ce troisième rendez-vous estival avec ces parfumeries qui font vivre le parfum (et incidemment, distribuent notre revue), Nez a interrogé l’inénarrable Alan Malgorn, de la parfumerie Charriou à Saint-Malo. Il nous raconte sa passion pour le parfum et ses récents coups de coeur.

Comment êtes-vous arrivé dans le monde du parfum ?

J’ai toujours été passionné par le milieu de la parfumerie, bercé par les parfums de ma mère (First, Arpège, Dune….). Je collectionnais les publicités de magazines, les miniatures. A l’âge de choisir mon orientation professionnelle j’ai d’abord voulu me tourner vers le métier de nez mais malheureusement à l’époque une mauvaise orientation et surtout un niveau faible en physique chimie ont eu raison de mon rêve.

Je me suis donc lancé, j’avoue un peu à contre-cœur dans le commerce mais avec un peu de chance et de culot (un garçon en parfumerie était plutôt rare à l’époque). J’ai commencé en parfumerie à l’âge de 15 ans d’abord en stage et ma patronne me faisant confiance me fit monter les grades au fur et à mesure de mes études pour finir responsable de boutique. Cette année cela fait 22 ans que j’ai commencé dans le secteur.

Qu’est-ce qui selon vous caractérise votre boutique ?

Tout d’abord une équipe fidèle et soudée, un esprit familiale dans l’accueil et le conseil ainsi qu’une sélection équilibrée entre parfumerie mainstream et parfumerie de créateurs.

Comment faites-vous la sélection des marques qui entrent chez vous ?

En premier lieu, par la découverte de marques, de créations au gré de mes escapades parfumées et recherches tous azimuts. Je sens les créations et si la marque me touche par son discours, par ses pépites olfactives alors je fais découvrir mes recherches au reste de l’équipe.

Si la majorité de mes drôles de dames adhèrent à l’univers olfactif alors nous débutons le partenariat.

Un ou des coups de cœur cette année ?

J’ai eu en effet quelques coups de cœur tout en sachant qu’il y a un nombre assez considérable de parfums que je n’ai pas pu découvrir. Mon grand plaisir : passer mes journées à sentir, découvrir de nouvelles marques, de nouvelles créations.

  • Murmure des dieux de Une nuit a Bali et sa remarquable retranscription des offrandes balinaises en parfum. Un réel parfum de voyage.
  • Chypre 21 de James Heele, un Chypre moderne et totalement androgyne.
  • Tabac tabou de Parfum d’Empire et son sublime travail sur le Tabac.
  • Infusion mimosa de Prada, un parfum doux et solaire. Je l’avoue, j’affectionne particulièrement le travail du nez maison, Daniela Andrier.
  • Close up la prochaine création d’Olfactive Studio avec son ambre addictif.

Quel parfum portez-vous aujourd’hui ? 

Je change tous les jours. Aujourd’hui je porte Lavande Velours  de n-cigale avec Anice d’Etro. Je suis dans ma phase de superposition de parfums. J’aime la facette savon de Marveille lavandé de N-cigale et la note anisée du parfum de chez Etro.

Propos recueillis par mail le 23 juillet 2016

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Dorothée Duret (parfumerie Le Nez Insurgé, à Bordeaux) : “L’odorat est le premier langage, directement connecté à une fonction vitale.”

Dorothée Duret, de la parfumerie Le Nez Insurgé, nous dévoile son parcours, son rapport au parfum, artistique et sensible, ses coups de coeur…

dorothee-duret-nezCet été, Nez a décidé de vous faire découvrir quelques-unes des parfumeries qui nous ont fait le plaisir, dès notre premier numéro, de distribuer notre revue. Après notre entretien avec Isabelle Gallet à Toulouse, faisons un saut jusqu’à Bordeaux et donnons la parole à Dorothée Duret, de la parfumerie Le Nez Insurgé. Elle nous dévoile son parcours, son rapport au parfum, artistique et sensible, ses coups de coeur… 

Comment êtes-vous arrivée dans le monde du parfum ?

Par instinct. J’ai grandi dans différents pays d’Afrique, j’ai fait des études de style à Paris et j’ai travaillé comme visuel merchandiser un peu partout en Europe. Finalement, lassée de bouger, j’ai voulu me sédentariser et devenir mon propre patron. Un jour, j’ai eu l’opportunité de reprendre un bail commercial dans LA rue de Bordeaux [N.D.L.R. : 32, rue du Pas-Saint-Georges], ça a fait des étincelles dans tous les sens et voilà Le Nez Insurgé.

Mon intérêt pour le parfum vient essentiellement de mon attirance pour l’art. L’odorat est le premier langage, directement connecté à une fonction vitale. Il est pour moi le sens le plus réceptif à l’art. Je n’ai pas de formation en parfumerie et j’aime l’idée d’être une profane. Je fais confiance à ma sensibilité, j’essaie de ne jamais rentrer dans la comparaison et je préserve ma naïveté olfactive. Je ne prétends rien, je me fais plaisir et j’apprends tous les jours.

Qu’est-ce qui selon vous caractérise votre boutique ?

Au premier abord, le nom et l’esthétique de la boutique intriguent les passants, ils se demandent ce qu’il se passe dans cet endroit et que peut bien être un “nez insurgé”. Puis il y a la sélection pointue, toujours plus confidentielle. Les visiteurs adorent découvrir des marques qu’ils ne connaissent pas, ils viennent en explorateurs, ils veulent être surpris.

Ensuite, il y a indéniablement l’accueil, l’ambiance est très décontractée, on rit, on bouscule les tabous, on fait redescendre la pression du portefeuilles aussi car le parfum ne minaude pas, il touche.

Le parfum doit être à la portée des gens, alors ici, on n’emploie pas vraiment de termes techniques, on matérialise le parfum, on parle d’une couleur, d’une voix, d’une texture, d’un trait de caractère. Je dis souvent d’un parfum qu’il est fourbe, vaniteux, espiègle ou bien d’autres qualificatifs. Jessica qui m’accompagne à la boutique depuis quelques mois a d’ailleurs à son actif une personnification de Bubblegum Chic de Heeley en Poison Ivy (Uma Thurman dans Batman et Robin) qui claque son chewing-gum avec un air désabusé… j’adore.

Des événements sensoriels sont régulièrement organisés à la boutique. On y fait entre autres des interprétations sonores, visuelles ou gustatives des parfums. Dans tous les cas, ces événements ont une dimension artistique et créative où tous les sens convergent vers le parfum.

Nez Insurgé -

Comment faites-vous la sélection des marques qui entrent chez vous ?

Dans un premier temps, j’explore l’imaginaire des marques. Plus il est éloigné du parfum en apparence, plus ça m’intéresse. J’ai une affection particulière pour les univers mystiques et les parfums animalisés mais je suis également très touchée par la poésie des créateurs qui racontent sincèrement leur propre histoire. Ensuite, je sens les parfums et si le travail technique est cohérent, le charme opère. Les parfums doivent être habités, je veux vivre une rencontre. J’aime le parfum intellectualisé et je privilégie les maisons indépendantes.

Un ou des coups de cœur cette année ?

C’est une question cruelle, il serait trop long de lister tous mes coups de cœur cette année. Alors je dirais : Shameless seducer de Malbrum  pour sa sublime nudité, Iris cendré de Naomi Goodsir pour son mystère omniprésent, Luci ed ombre de Masque Milano pour l’excitation du danger, le loup-garou qui guette et Particules imprévisibles des Eaux primordiales pour ses contrastes et son mouvement.

Quel parfum portez-vous aujourd’hui ?

Aujourd’hui il fait 38°, je n’aime pas porter un parfum frais quand il fait chaud. C’est un peu comme repeindre tous les murs d’une pièce sombre en blanc pour trouver la lumière au lieu de sublimer l’obscurité. Alors je porte 1697 de Frapin en extrait. J’en mets peu bien entendu et je le laisse se déployer avec la chaleur. Les bois chauds et gourmands sur une peau moite, c’est génial.

Propos recueillis par mail le 21 juillet 2016

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Isabelle Gallet (parfumerie Santa Rosa, à Toulouse) : “Ma boutique est éclectique, chic, fantastique, unique et authentique !”

Cet été, Nez a décidé de vous faire découvrir quelques-unes des parfumeries qui nous ont fait le plaisir, dès notre premier numéro, de distribuer notre revue. Nous débutons cette série avec Isabelle Gallet, de la parfumerie Santa Rosa à Toulouse.

Cet été, Nez a décidé de vous faire découvrir quelques-unes des parfumeries qui nous ont fait le plaisir, dès notre premier numéro, de distribuer notre revue. Nous débutons cette série avec Isabelle Gallet qui a repris la parfumerie Santa Rosa à Toulouse en octobre 2015.

Isabelle Gallet - Parfumerie Santa Rosa - ToulouseComment êtes-vous arrivée dans le monde du parfum ?

Petit hasard de la vie ! Agent immobilier depuis 25 ans sur Toulouse, j’ai rentré la boutique Santa Rosa à vendre pour le départ à la retraite de l’ancienne propriétaire ! Coup de foudre, coup de cœur, évidence, partition déjà écrite… Appelons-le comme on veut ! Pas de réflexion aucune pour acheter cette boutique, moi la folle de parfums depuis toujours !

Qu’est-ce qui selon vous caractérise votre boutique ?

Ma boutique, très sélective dans le choix de ses parfums est éclectique, chic, fantastique, unique et authentique ! Plus sérieusement, Santa Rosa est une belle parfumerie où les clients savent qu’ils vont trouver des marques de niche, rares, des conseils, du rêve, et l’expertise de mes 2 vendeuses très régulièrement formées. J’ai la chance de vendre Frédéric Malle, Santa Maria Novella, Aesop, Byredo, Miller Harris en exclusivité et d’autres belles marques que je partage comme Annick Goutal, Acqua Di Parma, Comptoir Sud Pacifique

Comment faites-vous la sélection des marques qui entrent chez vous ?

Je rentre les marques en étant à l’affût de ce que je lis dans mes revues de presse hebdomadaires, de mes balades à Paris ou ailleurs, ou tout simplement à la boutique quand je rencontre des gens extraordinaires comme Philippe de la Parfumerie Moderne entre autres…

Un ou des coups de cœur cette année ?

Mes coups de cœur de l’année : Monsieur. de Frédéric Malle [N.D.L.R. : Monsieur. fait partie des coups de coeur de Nez#1] et Quercia de chez Acqua Di Parma.

Quel parfum portez-vous aujourd’hui ? (et en quelques mots, pourquoi ? qu’appréciez-vous dans ce parfum)

En ce moment, je porte le Patchouli de Santa Maria Novella, bel aromatique que j’adore l’été… et aussi l’hiver mais là je le mélange à d’autres… mais chut !

Vous pouvez également relire les entretiens Auparfum parus pendant l’été 2015 avec Jovoy, Sens Unique, LiquidesHaramens et Marie-Antoinette

Propos recueillis par mail le 18 juillet 2016 

Martine Hadida : “ Il faut sortir du Sephora !”

Nous avons rencontré Martine Hadida, directrice artistique et fondatrice avec son époux Armand des boutiques L’Eclaireur à Paris, également à l’initiative du salon Tranoï et de sa récente ouverture aux parfums.

martine-hadidaTranoï est un salon qui réunit quatre fois par an des créateurs de mode, sur trois lieux différents, et qui depuis son lancement en 1992 est devenu un événement incontournable, rassemblant la mode femme, homme, et depuis janvier, des parfums.

Nous avons rencontré Martine Hadida, directrice artistique et fondatrice avec son époux Armand des boutiques L’Eclaireur à Paris, également à l’initiative du salon Tranoï et de sa récente ouverture aux parfums. (La 2e édition de Tranoï Parfums a eu lieu du 25 au 27 juin dernier). 

Comment les parfums sont-ils arrivés à Tranoï ?

Nous avons décidé cette année d’inviter un espace parfum parce que cela nous manquait. Aujourd’hui avoir un salon uniquement de mode n’a pas de sens, car la mode fait désormais partie d’un lifestyle, on doit s’habiller de la tête au pieds, à l’extérieur comme à l’intérieur.

Le parfum est un grand enjeu aujourd’hui, évidemment il y a toujours les grandes maisons, les Sephora, incontournables dans le monde entier, les grands magasins, et puis un nouveau phénomène qu’on appelle les parfums niche, qui proviennent de la fantaisie, de la créativité, de l’esprit, de la spontanéité de certains créateurs.

Ce qui n’empêche pas ces créateurs de travailler avec les mêmes grands groupes que les marques plus classiques. Les marques présentes ici sont très professionnelles, on n’est pas dans une niche où on va faire un “jus de grenouille” dans son petit coin, ça reste très pro.

T-ranoi

Quels points communs observez-vous entre la mode et le parfum ?

On assiste à un parallèle entre ces parfums et la mode : il y a eu la mode avec les grandes maisons de couture – qui appartiennent souvent aujourd’hui aux grands groupes – et puis ce qu’on a appelé les créateurs, comme ceux que nous représentons ici (moins connus, moins importants ou émergents, de par leur dimension, leur distribution…). Et puis on s’est aperçu que les grandes maisons de couture avaient besoin d’aller chercher leurs créateurs dans les marques niches et c’est exactement ce qu’ils ont fait, aujourd’hui ils sont nombreux, et il n’y a plus que ça chez les marques, d’ailleurs le créateur devient plus important que la marque, à tel point que lorsqu’ils partent, on serait plus volontiers enclin à suivre le créateur plutôt que la maison !

Ce qu’on voit d’intelligent ici avec les parfums, c’est qu’il y a des regroupements, qu’on ne voit pas forcément dans la mode, où chacun travaille dans son coin. Dans le cas du parfum, il y a des groupes qui se forment, des jeunes marques, des jeunes entrepreneurs et ça fait vraiment plaisir car cela peut être une force. Ils ont une grande activité sous-marine, elle est là, elle est pas forcément visible aux yeux de tous, mais nous le savons car nous travaillons avec eux.

T-ranoÏ

Quelle est votre démarche quand vous rencontrez une nouvelle marque de parfum ?

Pour sélectionner une marque pour l’éclaireur ou Tranoï, c’est exactement la même démarche que dans la mode : d’abord le coup d’oeil général, sur l’environnement du produit, c’est très important de voir comment il est proposé, à travers la présentation, le packaging, et surtout les gens, qui savent en parler ou pas, et là on a des gens qui savent vraiment et qui vont vraiment raconter une histoire, c’est très important, surtout pour les parfums.

J’ai la chance de connaître Philippe Di Meo depuis toujours, et des histoires ils nous en racontent des belles depuis quelques années, et je crois qu’il a fait des émules !

Parfois, avez-vous des mauvaises surprises en sentant les parfums dont vous aimiez la présentation ?

Oui, ça arrive, mais je suis assez modeste et je ne dis rien, je donne juste mon avis, mais comme je sais par expérience que les goûts en parfum sont encore plus diversifiés que dans la mode, je ne suis pas tellement su

rprise en fait, je me dis que ça pourra plaire à d’autres personnes.

Ensuite, quand vous avez 5 ou 6 références dans une gamme, ça va, mais quand il y en a 12 d’un coup, en général c’est mauvais signe. Par exemple, j’ai beaucoup aimé BDK, une nouvelle marque qui vient d’être lancée (disponible chez Liquides). 

Quels sont les créateurs qui ont le mieux réussi à la fois en mode et en parfum selon vous ?

Comme des Garçons, avec sa fondatrice Rei Kawabuko, et sous la direction artistique de Christian Astuguevieille, parvient à maintenir une continuité à la fois dans ses vêtements et ses parfums.

Je porte CDG 2 depuis sa sortie, rien d’autre, c’est mon souffle de vie du matin, j’en ai besoin tous les jours.

Mon mari (Armand Hadida, fondateur de l’Eclaireur) porte Prada pour homme, c’est moi qui choisis ses parfums, et là il porte un des nouveaux parfums de Starck (qui seront lancés à la rentrée).

Tranoi

Pensez-vous que la présence croissante du parfum dans des lieux qui vendent d’autres produits puisse être un atout pour la parfumerie ?

L’Eclaireur a toujours mélangé des choses : mode, design, oeuvres d’artistes, mobilier, comme dans les salons. Les parfums s’y sont intégrés comme une évidence.

En Italie, et aux Etats Unis, on voit de plus en plus de concept stores, qui mêlent aussi différents univers, car on vient y chercher une inspiration, un mode de vie. Les gens ont besoin d’être éduqués, initiés aux belles choses, y compris olfactivement et pour ça il faut sortir du Sephora !

Des marques qui interpellent vos clients plus que d’autres ?

Nasomatto interpelle pas mal, d’abord  visuellement, avec leurs beaux bouchons, puis olfactivement.

Vos prochains projets ?

Un grand bar à parfums à la boutique Boissy d’Anglas.

Et comme L’Eclaireur adore les mélanges de genre et les collaborations, et qu’Armand est un passionné de gastronomie, nous proposons tous les mois dans la cuisine de notre boutique rue Hérold des cours de cuisine pour dix personnes dispensés par Julian Mercier, le chef de l’école de cuisine d’Alain Ducasse. Du nez au palais, il n’y a qu’un fil !

Propos recueillis le 26 juin sur le salon Tranoï Parfums