Edoardo Cogo (Amuga-Biblioteca Olfattiva) : « Je pense que Nez est un outil indispensable pour celui qui travaille dans ce secteur.» (en français – English – italiano)

Entretien avec Edoardo Cogo, gérant de la parfumerie Amuga – la Biblioteca Olfattiva à Bassano del Grappa (Vénétie).

(English version below – Versione italiana alla fine)

Cet entretien prolonge notre tour du monde des parfumeries de niche qui nous font le plaisir de distribuer les versions anglaise ou italienne de Nez. Nous vous emmenons cette fois en Italie en compagnie d’Edoardo Cogo, gérant d’Amuga – la Biblioteca Olfattiva à Bassano del Grappa (Vénétie).

 

Comment êtes-vous arrivé dans le monde du parfum?

Cela est arrivé sans que je m’en rende compte, sans même que je l’espère. D’abord, je dois dire que ma première rencontre avec les parfums a eu lieu chez moi, en particulier dans la chambre de ma mère durant ma pré-adolescence. Tout a commencé par le souvenir clair d’une suspension du temps quotidien. Nous étions dans les années 1980 et 1990. Je percevais et suivais un sillage qui, une fois que ma mère était préparée pour sortir, me guidait à la source de ce chemin de mystère et de séduction. Après avoir atteint les flacons de la coupable, je les observais, sans savoir lequel d’entre eux contenait cet appel. Ils me transportaient dans l’imagination lorsque je jouais avec eux entre mes doigts, me parlant d’endroits proches et lointains à la fois. Je sentais les capots, j’analysais leur étiquette et leurs noms. Donc j’ai compris après quelque temps, quand ma famille m’a suggéré d’ouvrir notre bibliothèque des senteurs, que ma relation avec ces anciens amis était faite pour révéler ma vocation inconsciente.

 

Quelles sont les spécificités de votre boutique?

La particularité de notre librairie des senteurs est sa sélection: des fragrances qui mettent en valeur les traits artistiques et stylistiques de l’auteur qui les a inventés. Je parle d’auteur et d’artiste car la parfumerie, tout comme la littérature, la musique ou la performance des arts visent à laisser une trace, l’expression sentimentale d’une idée. C’est une confession fréquente qui dépouille les valeurs de celui qui crée. En conséquence, ces parfums deviennent une réelle valeur ajoutée pour celui qui décide de le porter.

 

Quels sont vos coups de cœur, récents, ou de tout temps ?

Sans aucun doute, mes premières suggestions olfactives furent : Samsara eau de parfum de Guerlain (1989), Shalimar eau de parfum de Guerlain (1925), Poison de Christian Dior (1985), Royal Pavillon d’Etro (1989), Eau lente de Diptyque (1986), Gardenia de Penhaligon’s (1976), Victorian Posy de Penhaligon’s (1979), Frangipane de Santa Maria Novella (1828), Orchidée Blanche de L’Artisan Parfumeur (1985), Parfum Sacré de Caron (1991), Sacrebleu de Nicolaï (1993), Chanel No 5 eau de toilette de Chanel (1921), Premier Figuier de L’Artisan Parfumeur (1994). Maintenant, à l’époque de ma bibliothèque des senteurs, je ne peux pas manquer de mentionner Chypre Palatine de MDCI par Bertrand Duchaufour, Isvaraya de Indult par Francis Kurkdjian, Bois d’ascèse de Naomi Goodsir par Julien Rasquinet et Mandala de Masque Milano par Christian Carbonnel.

 

Qu’est-ce qui vous a fait choisir de vendre Nez dans votre boutique?

Je dois vous avouer que le design du magazine m’a immédiatement séduit. J’ai été étudiant en graphisme, donc je ne pouvais pas manquer de le remarquer ! Mais ce que j’apprécie vraiment dans cette revue est la liberté, le professionnalisme, et l’ampleur avec lesquels est abordé un sujet aussi complexe que celui de l’odorat. Je pense que Nez est un outil indispensable pour celui qui travaille dans ce secteur et veut avoir un point de vue excitant et actuel, mais aussi pour celui qui est passionné par les parfums et par la signification de l’odorat aujourd’hui.

Comment est-ce que vos clients y réagissent?

Avec enthousiasme et une authentique curiosité : ils ont enfin entre leurs mains un passe-partout de l’univers de la parfumerie et du sens de l’odorat.

Site de la boutique : www.amuga.it 


English version

How did you get into the perfume world?

It happened without me noticing or hoping. I must say first of all that the place where my first encounter with fragrances took place was my home. Especially my mother’s rooms, at the time of my pre-adolescence. It all starts with the clear memories of a temporal suspension from everyday life.

We were in the eighties and nineties. Perceiving those fragrant trails and following them, after my mother had prepared herself to leave, led me to the origin of that path of seduction and mystery. Once I had reached the guilty bottles I observed them, unaware of which of them contained that call. Turning them between my fingers they kidnapped my imagination, telling me about places far away and near at the same time. I smelled the caps, examined the labels and their names… I understood then, some time later, when my family proposed to me to open our Olfactory Library, that my relationship with these ancient friends was about to reveal my unconscious vocation.

 

What are the specificities of your shop?

The peculiarity of our Olfactory Library is the selection: fragrances that highlight the artistic and stylistic characteristics of the Author who created them. I am talking about Author or Artist because, as for literature, music and applied arts, perfume, if made to leave a mark, is the sentimental expression of an idea. A thick confession, which lays bare the values of those who create it. And, consequently, these perfumes become the real added value for those who choose to wear them.

 

What are your perfume crushes? Recent, or of all times? 

Without a doubt my first olfactive suggestions have been: Samsara Eau de Parfum by Guerlain 1989, Shalimar Eau de Parfum by Guerlain (1925), Poison by Christian Dior (1985), Royal Pavillon by Etro (1989), Eau Lente by Diptyque (1986), Gardenia by Penhaligon’s (1976), Victorian Posy by Penhaligon’s (1979), Frangipane by Santa Maria Novella (1828), Orchidée Blanche by L’Artisan Parfumeur (1985), Parfum Sacré by Caron (1991), Sacrebleu by Nicolai Parfumeur Createur (1993), Chanel No 5 Eau de Toilette by Chanel (1921), Premier Figuier by L’Artisan Parfumeur (1994). Now, at the time of my scent library, I cannot fail to mention: MDCI’s Chypre Palatine by Bertrand Duchaufour, Indult’s Isvaraya by Francis Kurkdjian, Naomi Goodsir’s Bois d’Ascèse by Julien Rasquinet and Masque Milano’s Mandala by Christian Carbonnel.

 

What made you choose to sell Nez in your shop?

I have to say, the look of the magazine immediately seduced me. Having studied graphic design, I couldn’t help but notice it! But what I really appreciate about this editorial contribution is the freedom and professionalism, and the breadth with which it deals with a theme as complex as the sense of smell. I think it is an indispensable tool for those who want, independently and personally, to have a stimulating and updated point of view to work in this field. And also for those who, as a true enthusiast, want to deepen and test their knowledge in the field of smell.

How do your customers react to it?

The most authentic curiosity and enthusiasm, in having finally in your hands an instrument that serves as a passepartout for both the perfumery and the universe of smell.


Website: www.amuga.it 

Versione Italiana

Come è arrivato al mondo della profumeria?

Successe senza che me ne accorgessi, né lo sperassi. Devo dire innanzitutto che il luogo dove avvenne il mio primo incontro con le fragranze è stata la mia casa. In particolare le stanze di mia madre, al tempo della mia preadolescenza. Tutto inizia dai nitidi ricordi di una sospensione temporale dal quotidiano. Eravamo negli anni ottanta e novanta. Percepire quelle scie odorose e seguirle, dopo che mia madre si fosse preparata per uscire, mi conduceva all’origine di quel sentiero di seduzione e di mistero. Raggiunti i colpevoli flaconi li osservavo, ignaro su chi di loro contenesse quel richiamo. Rigirandoli tra le dita mi rapivano la fantasia, narrandomi di luoghi lontani e vicini allo stesso tempo. Ne annusavo i tappi, esaminavo le etichette ed il loro nome… Capii allora, tempo dopo, quando mi fu proposto dalla mia famiglia di aprire la nostra Biblioteca Olfattiva, che il mio rapporto con questi antichi amici stava per rivelare una mia inconscia vocazione.

 

Quali sono le specifiche del Suo negozio?

La peculiarità della nostra Biblioteca Olfattiva è la selezione: fragranze che mettono in risalto le caratteristiche artistiche e stilistiche dell’Autore che le ha ideate. Parlo di Autore o di Artista perché come per la letteratura, la musica, e le arti applicate, anche il profumo, se fatto per lasciare un segno, è l’espressione sentimentale di un’idea. Una confessione spesso, che mette a nudo i valori di chi lo crea. E, di conseguenza, questi profumi diventano il vero valore aggiunto per chi sceglie di indossarli.

 

Qual è il profumo per cui va matto? Recente o “di tutti i tempi”? 

Le mie prime fondamentali suggestioni olfattive, figlie di quegli anni menzionati più sopra, sono senz’altro state: Samsara Eau de Parfum di Guerlain del 1989, Shalimar Eau de Parfum sempre Guerlain (1925), Poison di Christian Dior (1985), Royal Pavillon di Etro (1989), Eau Lente di Diptyque (1986), Gardenia di Penhaligon’s (1976), Victorian Posy di Penhaligon’s (1979), Frangipane di Santa Maria Novella (1828), Orchidée Blanche di L’Artisan Parfumeur (1985).

Parfum Sacré di Caron (1991), Sacrebleu di Nicolai Parfumeur Créateur (1993), Chanel No 5 Eau de Toilette di Chanel (1921), Premier Figuier di L’Artisan Parfumeur (1994). Al tempo attuale invece, ovvero al tempo della mia Biblioteca Olfattiva non posso non menzionare: Chypre Palatine di MDCI, Isvaraya di Indult, Mandala di Masque Milano, Bois d’Ascèse di Naomi Goodsir Parfums.

Cosa Le ha fatto scegliere di vendere Nez nel Suo negozio?

Devo dire che l’aspetto della rivista mi ha immediatamente sedotto. Avendo studiato graphic design non potevo non notarla! Ma ciò che davvero apprezzo di questo contributo editoriale è la libertà e la professionalità, e l’ampiezza con cui viene trattato un tema così complesso come quello dell’olfatto. Penso sia uno strumento indispensabile per chi voglia, in modo indipendente e personale, avere un punto di vista stimolante ed aggiornato per lavorare in questo settore. Ed anche per chi, da vero appassionato, voglia approfondire e mettere alla prova la sua conoscenza nell’ambito dell’olfatto.

 

Come hanno reagito i vostri clienti?

La più autentica curiosità ed entusiasmo, nell’avere finalmente tra le mani uno strumento che funge da passepartout tanto per la profumeria quanto per l’universo dell’olfatto.


Anne-Laure Hennequin : « En jouant à Master Parfums, vous bénéficiez du savoir de tous ceux qui font référence dans le domaine »

Formatrice pour des grandes marques de parfum pendant vingt ans, Anne-Laure Hennequin lance Master parfums, un quiz pour approfondir sa culture olfactive tout en s’amusant. Interview.

Formatrice pour des grandes marques de parfum pendant vingt ans, Anne-Laure Hennequin lance Master parfums, un quiz pour approfondir sa culture olfactive tout en s’amusant. Interview.

Auparfum : Qu’est-ce qui vous a amenée à créer Master Parfums ?

Anne-Laure Hennequin : La passion du parfum. Je sniffe tout depuis que je suis toute petite. Comme beaucoup de petites filles, j’avais une collection d’échantillons et de miniatures. Mais contrairement à d’autres qui étaient surtout intéressées par les jolis flacons, je les sentais, j’essayais de les reconnaître, je faisais des concours avec ma tante. Mais je n’étais pas une matheuse, et je n’ai pas été orientée vers le parfum.

Mon truc, c’était plutôt les langues, et je suis partie aux Etats-Unis puis j’ai fait une école de traduction. Comme j’avais toujours cette attirance pour le parfum, j’ai fait mon stage de fin d’études chez Clarins au service formation : j’ai traduit le manuel qui servait à former les équipes. J’ai découvert que c’était le moyen de passer un message, de transmettre une passion : j’avais trouvé ma voie. Après une formation en distribution parfums et cosmétiques (pendant laquelle je passais mes week-end comme conseillère beauté dans les grands magasins), j’ai été formatrice chez Kenzo parfums, cinq ans en France, puis quatre ans aux Etats-Unis. J’étais chargée de faire comprendre l’ADN de la marque et les nouveautés aux vendeuses. Puis j’ai eu envie de rentrer en Europe, mais pas à Paris. Et j’ai passé onze ans chez Puig à Barcelone pour m’occuper de la formation, d’abord chez Prada, puis dans tout le groupe [1].

Comment êtes-vous passée de la formation des professionnels à un jeu éducatif pour le grand public ?

A-L H : Le problème de la formation des vendeuses, c’est qu’on les forme surtout sur les nouveautés et parfois on leur apprend aussi des techniques de vente. Quand vous allez en parfumerie sélective, on vous vend les nouveautés, et de nombreuses Belles au bois dormant restent sur les étagères. C’est une approche promotionnelle axée sur l’image et la communication, et très peu axée sur le produit et ses qualités olfactives. Et c’est difficile de changer la donne.

Après avoir formé des professionnels, je me suis dit qu’il y avait quelque chose à faire pour le consommateur directement. On observe depuis quelques années un intérêt croissant pour le parfum, qui suit celui pour le goût et la cuisine apparu au début des années 2000 : en témoigne le développement des blogs, d’Auparfum, de Nez, de Fragrantica, de musées et l’extraordinaire expansion de la parfumerie de niche. Quand on dit qu’on travaille dans le parfum, les gens sont toujours intéressés. C’est quelque chose qui génère de l’émotion, qui fait appel à nos souvenirs, qui touche tout le monde, et qui reste en même temps un peu mystérieux.

J’ai donc décidé de créer un jeu, selon le principe de l’edutainment (éducation par le jeu) que j’utilisais lors de mes formations, pour donner le sentiment aux gens qu’ils s’impliquent et qu’ils retiennent mieux ce qu’on essaie de leur transmettre.

Comment expliquer que l’éducation olfactive soit aussi délaissée ?

A-L H : L’odorat est le sens auquel on accorde le moins d’importance. Non seulement l’école ne nous apporte pas de connaissances à ce sujet, mais on ne teste même pas notre odorat, alors qu’on subit des tests depuis tout petits pour vérifier notre vue ou notre ouïe. C’est le sens le plus laissé pour compte.

Dans le même temps, tout est parfumé autour de nous : les gels douche, les lessives, les magasins, les parkings, le métro… C’est complètement dichotomique de ne pas travailler cet odorat, alors même qu’il est sollicité en permanence. Pourtant c’est à la portée de tous, tout est une question d’entraînement et précisément d’éducation. Une fois éduqués, les gens se dirigent vers la qualité – même si certains ont besoin de l’image et se diront toujours « Moi ce que je veux, c’est Charlize Theron qui se baigne dans de l’or ». Master Parfums est ma petite pierre à l’édifice.

En quoi consiste le jeu ?

A-L H : C’est un quiz avec 120 questions, de l’histoire du parfum à sa conception et à sa fabrication, en passant par les matières premières et les marques et parfums emblématiques du marché. Il y a des QCM, des vrais ou faux, des photos, et tout le monde peut jouer à partir de 14 ans, qu’on soit néophyte ou connaisseur. Pour rédiger les questions, j’ai beaucoup lu : en jouant à Master Parfums, vous bénéficiez du savoir de tous ceux qui font référence dans le domaine, mais en version ludique. Nous avons pour l’instant une version française et une version anglaise (avec des questions adaptées sur des marques plus anglo-saxonnes).

Ce quiz est un premier pas, puis en avril nous développerons un format plus olfactif et encore plus interactif avec 120 nouvelles questions, et 12 senteurs qui laisseront la possibilité de créer son parfum. Il sera lancé à l’occasion d’Esxence, le salon de la parfumerie de niche à Milan. La prochaine étape sera ensuite un véritable jeu de société avec pas moins de 4 livres et 30 accords à sentir, pour approfondir encore davantage sa culture du parfum.

Master Parfums Pocket Quiz
12 euros + frais de port
En vente sur la boutique Auparfum : https://shop.auparfum.com/boutique/curiosites/master-parfums-pocket-quiz/

[1] Propriétaire également de Paco Rabanne, Jean-Paul Gaultier, Nina Ricci, L’Artisan parfumeur ou Penhaligon’s, ndlr

« J’accorde une grande importance à l’histoire et au concept car c’est là que la magie opère chez nos clients » – Quentin Blyau, propriétaire de Liquides Confidentiels à Namur

Nez est allée à la rencontre Quentin Blyau, créateur de la parfumerie Liquides confidentiels à Namur, qui nous fait le plaisir d’être l’un des distributeurs de notre revue !

Parce que nous ne serions pas grand chose sans toutes les parfumeries – et les librairies – qui distribuent notre revue, nous avons décidé de leur donner la parole et de reprendre une série entamée l’an dernier. Honneur à une nouvelle venue dans le PPB (comprendre Paysage parfumé belge !) : Liquides confidentiels qui a vu le jour il y a peu, dans la ville Namur, à l’instigation de Quentin Blyau. 

NEZ : Comment êtes-vous arrivé dans le monde du parfum ?

Quentin Blyau : Depuis la prime enfance, les odeurs occupent une immense place dans mon coeur. Chaque lieu, maison, boutique, théâtre, église étaient secrètement analysés, afin d’en imprimer les effluves dans ma mémoire. Mais le véritable déclic fut, quand chez ma tante, j’ouvrai la porte d’une salle de bain et fus hypnotisé par une baignoire remplie de vieux flacons de parfum Guerlain, Chanel, Givenchy… Je me souviens encore des heures passées à les humer un par un. C’est alors qu’est née une véritable passion pour les découvertes olfactives, et surtout,  j’ai su que j’en ferais ma profession. C’est donc après mes études de psychologie que j’ai décidé d’allier mes deux passions (la psychologie et la haute parfumerie) et d’ouvrir Liquides Confidentiels.

Qu’est-ce qui selon vous caractérise votre boutique ?

QB : Premièrement sa localisation! Je déplorais le cruel manque de parfumerie spécialisée en Wallonie (partie francophone du pays) par rapport à l’offre bruxelloise et flamande. C’est pour cela que j’ai décidé de m’installer à Namur. Ensuite, ce qui caractérise  également Liquides Confidentiels c’est le panel des marques ; nous avons voulu trouver un juste équilibre entre des maisons reconnues (Goutal Paris, Juliette has a Gun, Trudon, The Different Company, Etat libre d’Orange, Amouage…) et celles plus pointues que nous sommes les seuls à proposer en Belgique (Zoologist perfumes, Imaginary authors, Santi Burgas, Map of the Heart…). Cela nous permet de répondre aussi bien aux attentes des ”novices” qu’à celles de véritables passionnés à la recherche de nouvelles expériences.

Ce que je préfère, c’est quand un amoureux du parfum me dit qu’il n’avait jamais senti telle ou telle création, c’est toujours un plaisir partagé. De plus nous avons également notre site de vente en ligne qui permet de rechercher les parfums par notes et affinités, c’est un outil qui plait beaucoup. Au final je dirais que conseils, écoute, mise en avant des belles matières et créativité sont les maîtres mots de notre philosophie !

Comment faites-vous la sélection des marques qui entrent chez vous ?

QB : Les marques que je propose dans ma boutique sont toutes des coups de coeur. En plus de la qualité du parfum, j’accorde une grande importance à l’histoire et au concept car c’est là que la magie opère chez nos clients. J’essaie également de prendre en compte les goûts de ma clientèle en trouvant le juste équilibre entre expérimental et classique. On reçoit également pas mal de demande des clients pour retrouver leur marque préférée en boutique…malheureusement c’est difficile de contenter tout le monde, mais on y travaille!

Un ou des coups de cœur cette année ?

QB : Mortel de Trudon qui est probablement l’un de mes parfum préféré de notre sélection. Une véritable décoction d’encens mystiques et d’épices qui me transcende à chaque fois ! Plus récemment je suis également tombé amoureux de Désert suave de Liquides imaginaires, un véritable oriental mélancolique! J’attends impatiemment de le recevoir en boutique.

Quel parfum portez-vous aujourd’hui ?

QB : Actuellement, je porte Musc Tonkin de Marc-Antoine Corticchiato (Parfum d’empire), que j’accompagne toujours d’une goutte de Rien (Etat libre d’Orange). Un cocktail détonant qui me protège du froid et me porte chance.

 .  

Informations pratiques

Liquides Confidentiels
12 rue Saint-Jean
5000 Namur
Belgique
Boutique ouverte du lundi au samedi, de 10h à 18h.
Tél. : 081/ 61 51 13
[email protected]

Retrouvez ici nos points de distribution en parfumeries, ainsi qu’une sélection de librairies.

Roberto Greco : « Avec Œillères, j’ai voulu arrêter le temps »

Rencontre avec Roberto Greco, à l’occasion de l’exposition de sa série de photographies Œillères, qu’accompagne un “objet parfumant” composé par Marc-Antoine Corticchiato, le fondateur et parfumeur de Parfum d’empire.

Roberto Greco expose en ce moment à la galerie parisienne Nec Nilsson et Chiglien sa série de photographies Œillères, qui s’accompagne d’un “Objet parfumant” composé par Marc-Antoine Corticchiato, le fondateur et parfumeur de Parfum d’empire. Intriguée par le caractère hors-norme et extrême de cette composition, j’étais curieuse de lui poser quelques questions sur la genèse de cette étrange cocréation si singulière…

 

 

Nez : Comment a commencé le projet Œillères, et l’idée d’une création avec Marc-Antoine Corticchiato ?

Roberto Greco : Il y a deux ans, quand j’ai voulu réaliser cette création olfactive, je ne pensais vraiment pas que ce serait possible de le faire avec Marc-Antoine, mais j’ai quand même tenté le coup, et il a été finalement intrigué par mon projet et son univers, qui mêlait fleurs et corps. Je lui ai montré quelques photos et lui ai proposé d’interpréter à sa manière, comme une carte blanche, mais il a préféré que nous discutions ensemble des différentes possibilités qui se présentaient.

Comment avez-vous défini une direction, alors ?

Lorsque Marc-Antoine m’a demandé ce que je voulais vraiment, j’ai mentionné un floral d’un vert sombre, fané, qui jouerait la carte du pétale sec, et de la tige moite. Avec le temps, je souhaitais qu’on s’approche de la peau, d’une intimité quelque peu dérangeante, d’une “carnalité”, une véracité, sans oublier l’aspect minéral qui rappellerait les corps photographiés à la manière de sculptures de marbre. Marc-Antoine a levé les yeux au ciel, criant au délire de ma part ! Heureusement je ne l’ai pas écouté, et j’ai suffisamment cru en son génie pour suivre mon idée et la concrétiser. Pendant ces deux ans de création, c’est bien de cette “anti-fleur” dont il s’agissait.

 

 

Qu’est-ce qui a orienté les choix de matières, ensuite ?

Après de nombreux essais, Marc-Antoine a amené cette idée d’un accord autour de l’absolue de foin, de l’essence de camomille et de l’essence de styrax. Puis il a intégré l’absolue de genêt, et là on a su que c’était bon, qu’on était sur la bonne piste. Car le genêt donne cette sensation olfactive de pollen, qui incarne finalement toutes les fleurs, et non pas une en particulier, il apporte aussi un aspect miellé, qui évoque un côté daim, que je recherchais, pour reproduire l’effet peau.

Pour faire le lien avec les corps que l’on voit sur tes photos ?

Ce que j’ai voulu exprimer dans ma série, c’était l’idée d’arrêter le temps : arrêter les fleurs qui fanent, mais aussi prendre le temps de contempler un corps, quel qu’il soit, je voulais quelque chose comme un “silence qui gronde” !  C’est donc ce grondement qu’on retrouve dans l’ouverture assez violente d’Œillères, finalement. Mais après ça s’apaise, avec l’héliotrope et la fève tonka, qui apportent plus de chuchotement. Quant au styrax, qui est très présent, il débute avec un côté “pneu”, puis évolue sur un aspect plus “cire de bougie”. Il y a aussi un accord champignon qui donne un effet de craie.

 

On pense à pas mal de parfums classiques en le sentant, c’était voulu ?

Sans doute, car au départ de nos réunions avec Marc-Antoine, je lui ai amené les parfums que je portais et que j’aimais : Grey Flannel et Kouros étaient les premiers “benchmarks”, puis Cuir Mauresque et Knize Ten ont été évoqués…

Il y a une dimension très charnelle aussi, c’est vraiment humain, plus qu’animal finalement ?

Oui, ça sent la peau, c’est ce que je voulais, même s’il y a des notes animales comme du castoréum et de la civette (reconstituées), le cumin donne aussi ce côté peau moite. Et puis l’essence de camomille, qui a des facettes à la fois aromatiques, fruitées (coing), liquoreuses, foin…  elle est normalement très peu peu dosée dans les parfums, mais là, il y en a beaucoup !

Pourquoi ce nom “Objet parfumant” ?

Ce nom est une volonté de ma part, car je ne voulais faire ni un parfum, ni une eau de parfum ou une eau de toilette, ni un parfum d’ambiance… Je ne pensais même pas le vendre au départ ! Donc en fait, depuis le début, Marc-Antoine n’a pas eu de limitations sur sa formule…

Il semblerait qu’il se soit un peu “lâché” sur certains dosages, non ?

Oui, notamment sur l’absolue de foin, et les essences de camomille et de styrax, qui sont plus présentes que d’habitude, mais ça reste raisonnable, tout de même !

 

Propos recueillis en novembre 2017.

Merci à Marc-Antoine pour sa relecture et son approbation !

 

“Le nez des illustrateurs” : Rémi Malingrey, dessinateur de presse et illustrateur

Nez prolonge en ligne sa rubrique “Le nez des illustrateurs” proposée dans son troisième numéro. Nous vous proposons aujourd’hui Rémi Malingrey, interrogé par Pascale Caussat.

Pour le troisième numéro de Nez, la revue olfactive, nous avons demandé à des illustrateurs de partager avec nous leurs souvenirs et leurs références olfactives… Et nous avons eu la chance de récolter de nombreuses réponses.

Faute d’avoir pu toutes les publier dans les pages consacrées à cette rubrique dans la revue papier (p.9-11), nous leur dédions ici un espace qui vous offrira, nous l’espérons, un prolongement agréable à la lecture du “Nez des  illustrateurs”.

Nous vous présentons aujourd’hui le dernier illustrateur de notre série : Rémi Malingrey.

 

 

Dessinateur de presse et illustrateur depuis les années 80, son travail a été de nombreuses fois exposé dans des musées et galeries. Il a publié notamment Chagrin mode d’emploi  et Fumer de l’argent rend pauvre, aux éditions Verticales.

 

-Quel est ton parfum ?

Je n’en ai pas. Mettre du parfum est un geste qui ne m’est pas naturel. Je reconnais celui que j’aimerais bien quand je le croise, mais je ne fais jamais l’effort de le trouver. J’aime bien quand mes vêtements sentent le feu de bois, mes cheveux la rivière ou mes doigts la terre.

-Ta madeleine de Proust ?

C’est l’odeur du foin pour les lapins que je retournais à la fourche quand j’étais môme pour le faire sécher d’un côté puis de l’autre. Mais aussi l’odeur du poulailler, chaude et suave où naissent les poussins. Ou encore le tilleul sur la place du village. Ce n’est plus une madeleine, c’est la boîte !

-Ton pire souvenir olfactif ?

L’odeur du ventilo qui crame un jour de départ en vacances en pleine canicule dans la voiture chargée à bloc au milieu des bouchons à mille kilomètres du bateau réservé depuis six mois pour une traversée vers la Corse le lendemain matin. Le dépanneur nous a conseillé de finir pied au plancher pour ventiler le moteur le plus possible et de mettre le chauffage à fond dans les montées… On l’a fait !

-Et tes dessins, ils sentent quoi ?

Mes dessins sentent la déconne. Les couleurs qui pètent. L’élégance et la trivialité. Une odeur de cirque et de coulisses.

 

Rémi Malingrey nous a offert en prime un texte inédit que nous vous livrons ici :

Mon papy

Mon papy est épatant, la semaine dernière, il s’est offert deux gardes du corps armés pour la journée en passant par une agence moscovite, il les a fait venir dans son salon et il a fait comme les mecs dans les films, ceux qui montent avec une prostituée et qui passent la nuit avec elle sans la toucher, juste à la contempler en parlant philosophie, le truc, tu n’y crois pas une seconde, il a fait pareil avec les portes flingues, il leur a dit, les gars rangez votre artillerie et sortez vos biscoteaux, on va aller secouer le mirabellier dans le verger du fond, tu penses, les mecs, ils se sont dits, il nous fait le coup de l’intello avec la pute, mais ils n’ont pas moufté et ils ont secoué proprement les branches du vieil arbre, l’une après l’autre, pour mon papy et ils ont rempli un beau cageot de mirabelles dorées, oranges même, mûres à point, prêtes pour la tarte et papy il a dit, on rentre à la maison, le four est chaud la pâte est prête, y a plus qu’à rouler, alors ils ont dénoyauté les mirabelles puis ils ont passé leurs mains collantes sous le robinet d’eau claire, la tarte est allée au four et papy est sorti fumer une pipe pendant que les deux ruskofs comparaient leurs calibres, un Beretta 89, l’année de la chute du mur et un Popov 1890, l’année de la naissance de Groucho Marx, mais bientôt la maison s’est remplie de cette odeur indicible comme on dirait qu’elle se remplit de bonheur, le parfum des fruits juteux qui cèdent à la chaleur sur la pâte sucrée qui caramélise doucement, papy a dit aux deux petites frappes qu’il allait être l’heure de gagner leur croûte, vous sortez vos pétards les gars et vous ne laissez plus rentrer personne, il a sorti la tarte du four, puis il s’en est coupé une part et s’est laissé glisser dans ses souvenirs d’enfance quand cette même odeur envahissait la maison, envahissait tout son esprit, tous les pores de sa peau et pénétrait même jusque dans son short, que la vie était simple et que rien ne pouvait lui arriver puisqu’il avait dix ans et l’éternité devant lui et à cette pensée, papy verse une larme de bonheur, il enfonce son dentier dans sa part de tarte encore fumante, les épaules secouées par une émotion enfantine, alors vous comprenez faudrait pas que quelqu’un déboule à ce moment précis et gâche l’émotion de papy, c’est sacré l’émotion d’un papy, c’est pour ça qu’il se paye deux portes flingues papy, pour pouvoir sangloter peinard sur sa part de tarte aux mirabelles sans que personne déboule inopinément.

 

 

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Franco Wright (Lucky Scent) : “Je peux porter jusqu’à cinq parfums”

(Article in French and English)
Nez donne la parole aux parfumeries qui distribuent la version anglaise de notre revue. Deuxième étape de notre tour du monde : Lucky Scent à Los Angeles, USA.

(see the English version after the French part)

Cet entretien prolonge notre tour du monde des parfumeries de niche qui nous font le plaisir de distribuer la version anglaise (et parfois aussi française) de Nez. Pour cette deuxième étape, nous vous proposons une virée californienne, à Los Angeles, pour découvrir Lucky Scent en compagnie de Franco Wright. 

Comment êtes vous-entrés dans le monde du parfum?

C’était un peu par accident; mon associé Adam et moi avions lancé une agence de design en 1999, dans laquelle nous faisions principalement du web design et de la publicité. Étant donné que nous créions déjà des sites internet pour de nombreux clients, nous avons eu l’idée de créer notre propre site de e-commerce spécialisé dans le luxe. Au départ, j’ai suggéré un site avec exclusivement des sacs à main, des chaussures et des parfums… Mais Adam m’a ramené à la réalité, et nous avons décidé de nous consacrer aux parfums. L’une de nos inspirations a été l’Eau de Cologne Comme Des Garçons qui était justement introuvable sur le net, et nous avons commencé à partir de là. Notre tout premier client était notre livreur FedEx !

Quelles sont, selon vous, les spécificités de votre boutique?

Notre objectif était de créer une boutique de parfums à la fois accueillante et passionnante, un lieu où l’on voudrait flâner, découvrir les parfums et discuter. Nous avons finalement réussi à créer une joyeuse communauté, dans un lieu où l’on ne pousse pas à l’achat.

Comment sélectionnez-vous les marques que vous vendez dans votre boutique ?

C’est toujours une question compliquée, il n’y a pas de réponse facile ! Chaque marque que nous choisissons doit généralement respecter une multitude de critères. Chaque année, on assiste à la création de nombreuses marques, ce qui rend le choix d’autant plus difficile.

Avez-vous eu un ou plusieurs coup(s) de coeur cette année ?

MEM de Bogue Profumo est spectaculaire, et Nuit de Bakélite est une interprétation révolutionnaire de la tubéreuse.
J’ai également un faible pour toutes les créations de Comme Des Garçons, donc avoir leurs rééditions en magasin est une joie.

Quel parfum portez-vous aujourd’hui ?

Je suis entouré de parfums toute la journée, je sens et essaye des dizaines de parfums qu’on nous propose; donc j’ai tendance à porter ce que j’ai en face de moi sur le moment, parfois

Je peux porter jusqu’à cinq parfums. En revanche, le soir et le week-end, j’ai besoin d’une pause et c’est à ces moments là qu’opère le charme de Molecule 01 d’Excentric Molecules.

Qu’est-ce qui vous a convaincus de distribuer la revue “Nez”?

Tout d’abord, le design de la revue est magnifique : les illustrations, la typographie… C’est ce qui m’a attiré dans un premier temps, mais le contenu s’est avéré être passionnant ; je dis donc bravo à la rédaction de Nez pour ce travail incroyable !

Comment vos clients y réagissent-ils?

Nous avons rapidement écoulé notre première commande, sans même annoncer officiellement que nous distribuions Nez. Je dirais donc  que les clients sont très enthousiastes !

Franco Wright and Adam Eastwood, founders of Lucky Scent

English version

Franco Wright (Lucky Scent) : “I tend to wear what’s in front of me at that moment; sometimes it can be as many as 5 different fragrances”

This interview continues our world tour of the niche perfumeries that honored us by becoming retailers of our magazine. For our third stop, we invite you to a Californian trip, to Los Angeles, to discover Lucky Scent with Franco Wright.

How did you get into the world of perfume?

It was a bit of an accident— both Adam (by business partner) and I had started a design agency back in 1999— mostly doing web design and advertising. So this idea came about doing an luxury site “on the side” and since we were building sites for so many clients— why not try our hand at e-commerce? Initially I suggested a site focusing solely on handbags, shoes and perfumes…  but Adam brought me down to reality and we settled on fragrances… and interestingly enough one of the inspirations was a CDG eau de cologne that we couldn’t find online…. so it went on from there. Our very first customer was our Fedex delivery driver!

According to you, what are the specificities of your shop?

Our goal was to create a fragrance boutique both thrilling and inviting; a place you’d want to hang out and explore perfumes and enjoy conversation;  in turn we’ve created a really fun community in a setting free from pushy sales tactics.

How do you choose the brands that you sell in your shop?

That’s always a hard question, there is no easy answer! Every brand we choose usually has to meet a multitude of criteria before we bring it in. Each year the market is getting more saturated so the curation process is becoming much more challenging.

Have you had any crushes this year?

Bogue’s MEM is spectacular.  Naomi Goodsir’s Nuit de Bakélite is a groundbreaking take on tuberose. And I have a soft heart for all things comme des garçons, so having their re-releases back in stock is a real joy.

What perfume do you wear today?

Being around fragrance all day long… smelling and testing dozens of submissions, I tend to wear what’s in front of me at that moment; sometimes it can be as many as 5 different fragrances.  But at night and on weekends… I need a break and that’s where Molecule 01 works its charm.

What made you choose to sell “Nez” in your shop?

First, the magazine is beautifully designed…. the illustrations, typefaces… that’s what drew me in; but the content turned out to be the real treat; so I say bravo to the Nez team for incredible work!

How do your customers react to it?

We’ve quickly sold out of our first order – without formally announcing Nez.  So I’d say… it’s going GREAT!

“Le nez des illustrateurs” : François Warzala, graphiste et illustrateur

Nez prolonge en ligne sa rubrique “Le nez des illustrateurs” proposée dans son troisième numéro. On continue avec François Warzala, graphiste et illustrateur, interrogé par Pascale Caussat.

Pour le troisième numéro de Nez, la revue olfactive, nous avons demandé à des illustrateurs de partager avec nous leurs souvenirs et leurs références olfactives… Et nous avons eu la chance de récolter de nombreuses réponses.
Faute d’avoir pu toutes les publier dans les pages consacrées à cette rubrique dans la revue papier (p.9-11), nous leur dédions ici un espace qui vous offrira, nous l’espérons, un prolongement agréable à la lecture du “Nez des  illustrateurs”.

Aujourd’hui, c’est François Warzala qui révèle ses secrets olfactifs…

 

Illustrateur et graphiste français qui a fondé sa propre agence de design et de communication visuel. Il nous avait enchantés avec sa bande dessinée politique sur la réalité de la vie politique de Bertrand Delanoë, en exercice à l’époque, Monsieur Bertrand ou la vraie vie du maire de Paris (Seuil).

Portugal enfance FWarzala

 

-Quel est ton parfum?

Bien que, la plupart du temps, je ne me parfume pas, j’ai parfois porté Habit rouge de Guerlain ou Allure pour homme de Chanel. Sinon, j’aime beaucoup Angéliques sous la pluie de Jean-Claude Ellena chez Frédéric Malle.

-Ta madeleine de Proust?

L’odeur du mimosa et des pins. Quand j’étais enfant, j’ai passé du temps au Portugal et il y avait une maison au bord de la mer où nous allions régulièrement le week-end. Autour, il y avait des pins dont on récoltait la sève et je me rappelle des petites boules jaunes des fleurs de mimosa du jardin. Aujourd’hui, dès que je sens une de ces deux odeurs, je me retrouve transporté dans le passé et un sourire apaisé me vient spontanément aux lèvres.

-Ton pire souvenir olfactif?

Une odeur particulière de la cantine quand j’étais enfant, ressemblant étrangement à celle des caniveaux ou du chien mouillé. Une odeur froide aux relents d’eau croupie qui laisse un goût métallique dans la bouche. À vomir.

-Et tes dessins, ils sentent quoi?

Ça dépend. Il y a bien sûr l’odeur du papier, de l’aquarelle ou de la gouache mais, quand je travaille les couleurs sur ordinateur, il n’y a plus rien. Alors, l’odeur des dessins, je dirais plutôt que c’est celle qui surgit dans mon imagination, celle qui accompagne ce que je représente. En fait, j’aimerais que mes images sentent la poésie.

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“Le nez des illustrateurs” : Le Collectif Ensaders

Nez prolonge en ligne sa rubrique “Le nez des illustrateurs” proposée dans son troisième numéro. On poursuit avec les membres du Collectif Ensaders, interrogés par Pascale Caussat.

Pour le troisième numéro de Nez, la revue olfactive, nous avons demandé à des illustrateurs de partager avec nous leurs souvenirs et leurs références olfactives… Et nous avons eu la chance de récolter de nombreuses réponses.
Faute d’avoir pu toutes les publier dans les pages consacrées à cette rubrique dans la revue papier (p.9-11), nous leur dédions ici un espace qui vous offrira, nous l’espérons, un prolongement agréable à la lecture du “Nez des  illustrateurs”.

C’est aujourd’hui le Collectif Ensaders qui répond à nos questions.

Collectif Ensaders

Il s’agit de la réunion unique de trois illustrateurs ( Yann Bagot, Kevin Lucbert et Nathanaël Mikles) dont la singularité est celle d’un véritable travail collectif parfois au sein même d’une feuille. C’est une vision poétique et enchanteresse de ce métier qu’ils proposent et où leur mot d’ordre est le suivant: “Nous sommes pour un monde absurde et le réenchantement du réel. Nous réveillons les mythes car nous savons que les mystères existent encore”. Vous avez pu les croiser au détour d’une page du magazine M Le Monde, lors de la participation à une fresque collective l’année dernière au Musée Passager à Cachan et l’illustration du livre Qui rira Paiera, aux Editions Solo Ma Non Troppo pour ne citer qu’un petit bout de leur actualité.

 

-Quel est votre parfum ?

Nous ne mettons plus de parfum depuis la fin du collège, toutefois certains membres du collectif prétendent n’en avoir jamais utilisé… Mais cela ne nous empêche pas d’avoir du nez et des idées sur la question. Nous souhaitons même créer notre propre parfum : Parfumos, le parfum qui sent certaines fleurs. Un bouquet de plaisir et de surprises, un parfum pour tous, une fragrance raisonnable, un bouillon capiteux, tout feu tout flamme, mi-figue mi-raisin, pour ne plus jamais passer inaperçu.

-Votre madeleine de Proust ?

L’odeur douce des pâtes en train de cuire nous rappelle simultanément notre tendre enfance et le déjeuner de la veille à l’atelier. L’odeur de chlore aux abords d’une piscine municipale, souvenirs de ploufs tsunamiques et de cavalcades épiques au bord du bassin jusqu’à ce que retentisse la douce voix du maître-nageur furieux. L’odeur des marrons chauds vendus dans la rue en hiver.

-Votre pire souvenir olfactif ?

Les cahiers neufs dans les allées des supermarchés en septembre. L’odeur âcre de n’importe quel rayon parfum de grande surface, lorsque chaque odeur tente de couvrir l’autre. On n’en sort jamais indemne ! L’odeur de renfermé chez papy et mamie qui n’ouvraient jamais leurs fenêtres. L’odeur stérile et inquiétante de l’hôpital nous rappelle qu’au détour des couloirs rincés abondamment à l’eau de javel, la maladie et la mort rôdent…

-Et vos dessins, ils sentent quoi ?

Parmi les mille senteurs de joie qu’ils évoquent… Une usine de bonbons construite sur un cimetière indien, un rôti d’ours blanc sur la banquise, la danse du plastique au fond des mers, une banane flambée à la poudre à canon, une panse de brebis farcie aux sushis, le Sahara après la pluie, une forêt pendant le brame du cerf, le bitume fraîchement répandu sur un champ de fraises, une meule de foin dans un vestiaire de rugby, de l’éther renversé sur une veste en cuir, un restaurant universitaire sur Alpha du Centaure, une écurie enduite de miel, un fer à souder brûlant planté dans un gâteau d’anniversaire, un poulpe farci avec du savon, l’incendie d’une usine de poupées Barbie…

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Entretien avec Ashraf Osman, fondateur de Scent Art Net

Il y a quelque temps, nous avions envoyé des questions à Ashraf Osman, architecte de formation et spécialiste de l’art olfactif. Fondateur du site Scent Art Net (ex Scent Culture Institute), membre de l’Art and Olfaction Institute et juge pour les Art and Olfaction Awards, il nous a livré, de manière intime et détaillée, son parcours, ses projets présents et futurs.

Il y a quelque temps, nous avions envoyé des questions à Ashraf Osman, architecte de formation et spécialiste de l’art olfactif. Fondateur du site Scent Art Net (ex Scent Culture Institute), membre de l’Art and Olfaction Institute et juge pour les Art and Olfaction Awards, il nous a livré, de manière intime et détaillée, son parcours, ses projets présents et futurs.

 

© Saskia WIlson-Brown

 

Je suis originaire de Beyrouth, au Liban. Avec un père médecin et une mère pharmacienne, on attendait de moi que je devienne médecin. J’ai donc obtenu un diplôme en “pre-med biology” à l’université américaine de Beyrouth, mais j’ai quitté l’école de médecine après le premier semestre. Je voulais devenir réalisateur, mais mes parents n’étaient pas d’accord. Nous avons trouvé un compromis et je suis allé aux États-Unis pour étudier l’architecture. Là-bas, j’ai obtenu un diplôme d’études supérieures dans le Nord de l’État de New-York. J’ai ensuite travaillé en tant qu’architecte pendant environ 10 ans à Philadelphie. Les dernières années là-bas, j’ai aussi commencé à enseigner un cours interdisciplinaire sur les bases du design à l’Université de Philadelphie et j’ai fait des rencontres qui ont suscité mon intérêt pour l’art olfactif et le design.

 

Enfant, j’avais développé un attrait tout particulier pour les parfums : je sentais les produits dans la pharmacie de ma mère, j’arrivais à reconnaître les parfums des gens qui passaient, et quand j’étais étudiant, j’achetais des parfums dans un petit magasin près du lycée, etc. Pourtant, je n’avais pas plus que quelques parfums dans ma collection. Puis, en 2008, j’ai découvert le livre de Luca Turin et Tania Sanchez, Parfums : le guide de A à Z dans une librairie de Philadelphie. Il m’a ouvert les portes vers le monde naissant de la parfumerie de niche, qui m’était complètement étranger. J’ai commencé à lire de plus en plus sur les parfums, des livres, des blogs et j’ai dépensé la plus grosse partie de mes revenus dans des échantillons et des decants, voire des flacons.

 

Cette année-là, j’ai eu l’occasion de visiter l’exposition intitulée Odor Limits, de Jim Drobnick et Jennifer Fisher au Monell Chemical Senses Center à Philadelphia. C’était la première du genre dans le monde et aussi ma première rencontre avec l’art olfactif. Quelques années plus tard, j’ai assisté à un symposium sur l’odorat dans le design, intitulée Headspace, organisée par le Parsons’ New School for Design à New-York en partenariat avec le Museum of Modern Art (MoMA), International Flavors & Fragrances (IFF), Coty, et Seed. Cette conférence rassemblait pour la première fois des designers, des universitaires, des scientifiques, des artistes et des parfumeurs de premier plan pour explorer ce nouveau territoire du design.

L’année suivante, j’ai décidé de concrétiser mon intérêt pour l’olfaction de façon plus formelle, à travers des études de commissaire d’exposition avec une attention en particulier sur l’art olfactif, à l’Université des arts de Zurich (ZHdK), en Suisse. La majeure partie du travail de recherches que j’ai mené à l’époque à abouti à la publication d’un article : Historical Overview of Olfactory Art in the 20th Century (“Panorama olfactif de l’art olfactif au XXe siècle”). La partie la plus récente de la recherche, attentive à l’art olfactif dans le nouveau millénaire a donné naissance au site Scent Art. Pourtant, j’ai trouvé que le monde de l’art était plus réticent aux odeurs que ce à quoi je m’étais attendu, et cela m’a poussé à élargir mes horizons de pensée et ainsi me tourner vers l’art engagé. Cela m’a amené à créer Artinect, une société de conseil visant à “connecter l’art et les gens, aussi bien virtuellement que physiquement”.

 

© Saskia Wilson-Brown

 

À peu près à la même époque, j’ai rencontré le Dr. Claus Noppeney, de l’Université pour les Sciences appliquées de Berne, en Suisse, qui menait également des recherches sur les aspects culturels de l’odorat. En 2014, nous avons créé le Scent Culture Institute (SCI) (devenu depuis Scent Art Net), en collaboration avec quelques collègues de différentes disciplines, qui partageaient cet intérêt culturel. L’un de nos premiers projets a été l’Urban Scent Walk (“La balade olfactive urbaine”), à l’occasion de la Biennale de Berne, qui consistait en une visite du centre historique de la ville à travers l’olfaction. Peu de temps après était créé le Scent Culture News (devenu Scent Art News), un site web qui diffuse des informations sur des événements culturels, économiques et sociaux liés à l’olfaction. Il était évident que ce domaine était en train de connaître un certain épanouissement et ce site était un outil pour en garder la trace.

 

Il a été pour nous complètement naturel d’initier une collaboration avec notre équivalent à Los Angeles, plus anciennement établi : l’Institute of Art and Olfaction (IAO), menée par la formidable Saskia Wilson-Brown. Ce partenariat est né d’une collaboration dans le cadre des Art and Olfaction Awards, l’activité principale de l’IAO. Nous avions ensemble analysé cet événement et présenté nos conclusions à Esxence, à Milan, le principal salon international consacré à la parfumerie artistique. J’étais pour ma part impliqué en tant que conseiller et juré pour le “Sadakichi Award for Experimental Work with Scent”, le premier prix dédié à l’art olfactif et au design dans le monde.

 

En janvier 2017 s’est terminé une série d’expositions olfactives en quatre parties, qui s’est déroulée sur une année et dont j’ai été le commissaire au Kunstmuseum de Thun, ici, en Suisse. Intitulée Schnupperschau, cette série expérimentale explorait les collections du musée à travers le prisme de l’odorat, en se concentrant à la fois sur les matériaux de la création artistique, sur le contenu et de l’œuvre et sur des collaborations socialement engagées, avec la communauté, un parfumeur et enfin avec un artiste.

 

Sur le plan universitaire, nous sommes heureux d’avoir participé à l’ouvrage Designing With Smell: Practices, Techniques And Challenges (Routledge, 2017), à travers un chapitre intitulé “Culturalizing Scent: Current Steps towards Integrating the Sense of Smell in Art and Design Education”. Je suis impatient de commencer à mettre en œuvre cette approche à travers un cours dispensé au Art Sense(s) Lab du département des Beaux-Art de l’Université PXL-MAD à Hasselt, en Belgique. Le programme de ce master, dirigé par le célèbre artiste olfactif Peter de Cupere, est le premier dans son genre. Il offre une formation à la fois académique et artistique consacrée aux sens “inférieurs” (ou comme je préfère les appeler, les sens intimes) : l’odorat, le goût et le toucher.

Je travaille actuellement sur le projet Scent of Exile, une exposition d’art olfactif et “parfumistique”, en partenariat avec Givaudan. À partir d’un écrit du poète palestinien, Mahmoud Darwish, ce projet interroge la mémoire, l’identité et la nostalgie associés aux odeurs des villes et des lieux désormais inaccessibles. Il vise à mettre en lumière l’émergence de l’art olfactif en tant que pratique artistique contemporaine et veut explorer les frontières et les points de contact (overlap) entre les pratiques de la parfumerie et de l’art olfactif.

 

 

 

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Serge Laugier (parfumerie Le Paravent à Lyon) : “J’ai imaginé cette adresse cossue et relaxante dédiée aux voyages olfactifs.”

Serge Laugier, le créateur de la parfumerie Le Paravent à Lyon, nous emmène dans un beau voyage olfactif et nous parle de sa passion et de ses coups de cœur.

serge LaugierPour ce septième rendez-vous de notre série de l’été consacrée aux parfumeries qui distribuent notre revue, nous vous proposons de découvrir la parfumerie Le Paravent à Lyon. Serge Laugier, son créateur, nous emmène dans un beau voyage olfactif et nous parle de sa passion et de ses coups de cœur.  

Comment êtes-vous arrivé dans le monde du parfum ?

Les parfums et les arômes ont tenu une place importante dans mon enfance et mon adolescence. Mon père a longtemps travaillé pour une grande maison viticole de la vallée du Rhône, et j’ai moi-même suivi une formation hôtelière m’offrant l’accès aux restaurants et hôtels les plus prestigieux. Mes meilleurs souvenirs de cette époque sont presque tous rattachés aux parfums et aux saveurs. Puis, après une belle carrière de directeur commercial, j’ai décidé en 2011 d’ouvrir ma boutique de décoration à Lyon. J’ai ainsi découvert la manufacture Cire Trudon et ses merveilleuses bougies parfumées. Le coup de foudre fut immédiat et le succès aussi ! Comme une évidence, j’ai ensuite orienté mon activité sur la parfumerie alternative et c’est une merveilleuse histoire qui se poursuit !

Qu’est-ce qui selon vous caractérise votre boutique ?

Niché au cœur de la presqu’ile dans le quartier des galeries d’Art, j’ai imaginé cette adresse cossue et relaxante dédiée aux voyages olfactifs. Le Paravent propose des marques qualitatives et presque toutes françaises. Le plaisir de recevoir des visiteurs « passionnés des parfums » m’offre souvent de merveilleuse rencontres, de belles émotions ! Récemment, un site de vente en ligne en lien avec les réseaux sociaux vient d’être lancé, c’est un prodigieux outil pour créer des liens et garder le contact avec nos clients !

Comment faites-vous la sélection des marques qui entrent chez vous ?

La sélection est l’aboutissement d’une passionnante réflexion d’équipe. C’est un peu comme lorsque l’on tombe amoureux ! Il y a d’abord le coup de cœur lors de la découverte de la gamme des parfums, puis de la démarche et de l’histoire que véhicule la marque. Le feeling avec les créateurs, les nez et les équipes commerciales est aussi très important. Puis s’ajoute une réflexion moins émotionnelle et plus stratégique : que va apporter cette nouvelle marque à notre clientèle ? En quoi est-elle unique (et donc précieuse) ? Comment la présenter au mieux dans la boutique ? Mon but est de proposer une sélection aussi riche que possible dans laquelle chaque client pourra se reconnaître.

Un ou des coups de cœur cette année ?

La Cologne nocturne de la belle maison Le Galion m’a ébloui par sa mystérieuse élégance ! Une eau de parfum hespéridée aux notes boisées et aromatiques absolument addictive ! Mais je retiens aussi L’Île Pourpre, la dernière création de Liquides imaginaires. Un parfum d’une belle complexité, admirablement équilibré, qui évoque si bien les notes fruitées et les épices boisées d’une île fabuleuse…

Quel parfum portez-vous aujourd’hui ? 

Aujourd’hui, je porte 1270 de Frapin qui me fait retrouver la période olfactive de mon adolescence ! Une pure merveille avec ses arômes d’oranges confites, de miel et de fleurs de vigne, réchauffées par l’immortelle, une vraie dégustation olfactive ! Une création absolument enivrante. Mais je porte souvent Année Folles de La Parfumerie Moderne. Tellement chic et pourtant loin d’être classique avec ses accords subtils de patchouli, de lavande et de géranium… une réussite totale imaginée par Marc-Antoine Corticchiato !

Propos recueillis par mail le 14 août 2016

Vous pouvez également relire les entretiens Auparfum parus pendant l’été 2015 avec Jovoy, Sens UniqueLiquides, Haramens et Marie-Antoinette