Nez, la revue… de presse – #1 – Où l’on apprend que la Suisse est peut-être bien l’autre pays du parfum…

Le numéro 1 de la revue de presse de Nez vous parle d’olfaction, de Suisse et de communication avec les dieux.

La rubrique “Nez, la revue… de presse” veut vous révéler, tous les 15 jours, l’activité effrénée qui se déploie sur internet et ailleurs autour de l’olfaction et du parfum.

Bienvenue dans ce premier numéro !

Au menu de l’actualité parfumée cette semaine : des voisins helvétiques qui n’en finissent plus de se passionner pour les odeurs, le parfum du diable, de Dieu, et la disparition du designer Serge Mansau.

Si la Suisse est plutôt réputée pour sa neutralité et son calme feutré, c’est une véritable frénésie qui semble s’être emparée du pays. L’objet de cette soudaine agitation ? Le parfum, et l’odorat sous toutes ses formes. Il faut dire que l’actualité culturelle s’y prête, avec pas moins de deux expositions sur le sujet à Lausanne en ce moment, souligne la bien nommée Nectar, une émission radio de la RTS. Elle offre à ses auditeurs une visite au Musée de la Main pour « Quel flair! odeurs et sentiments » et au Musée de design et dʹart contemporain pour « Nez à Nez, Parfumeurs contemporains », avant de donner la parole à deux parfumeurs. Isabelle Doyen retrace son parcours, depuis le « mystère du parfum » que dégageaient les femmes, et qui l’intriguait tant enfant, à sa rencontre avec Annick Goutal autour d’une idée de « rose qui sent la poire ». Quant à Lorenzo Villoresi, il s’interroge sur la part de l’artisanat et de la science dans son travail.

Sur la RTS toujours, l’émission de radio Vertigo s’intéresse de plus près au processus créatif qui mène à la naissance d’un parfum. Rodrigo-Florès Roux et Céline Ellena, dont les créations sont présentes au Mudac, disent tout sur le travail du parfumeur et le fonctionnement de l’industrie, du brief à l’importance du marketing, en passant par l’apport personnel du créateur. « Mon métier est de traduire », nous dit Céline Ellena. « Je parle une langue qui est celle de l’odorat, et j’essaie de traduire en odeur les mots que j’entends ». (Vous retrouverez d’ailleurs des entretiens avec les parfumeurs cités ici, et tous ceux présentés au Mudac, dans le livre qui réunit ces deux expositions, paru chez Nez éditions, Sentir, ressentir. Parfumeurs, odeurs et émotions.)

La photographe Virginie Otth, elle, a traduit des odeurs en images. Son travail fait l’objet d’une autre exposition, Sillages, au Photoforum Pasquart de Bienne. On y retrouve, sur ce thème olfactif, les travaux de Christelle Boulé, Olga Cafiero, Roberto Greco et Thibault Jouvent.

Au delà de cette effervescence événementielle  autour de l’olfaction, la Suisse fait figure de capitale du parfum, nous rappelle l’émission télé A bon entendeur, car les plus grandes entreprises mondiales du secteur ont leur siège dans le pays. Pour décrypter les coulisses de l’industrie, le programme de la RTS Un fait intervenir les parfumeurs Alberto Morillas et Marc-Antoine Corticchiato, mais aussi Yohan Cervi, bien connu des lecteurs de Nez et Auparfum.

Le site d’information Le Temps s’est lui aussi intéressé à cette Silicon Valley des odeurs suisse, regroupant des centaines de sociétés dans la région. Une concentration « que le canton doit à sa maîtrise de la chimie organique », écrit le quotidien, dans un « Grand Format » très riche où l’on apprend entre autres que le citron est connoté « odeur de poisson » en Chine, et que, concurrence oblige, les employés des sociétés Givaudan et Firmenich ne peuvent être en couple, tels des Roméo et Juliette du lac Léman.

D’amour et de parfum, il est aussi question au Japon, où les jeunes femmes peuvent s’offrir l’odeur de leur héros de jeu vidéo préféré, avec lequel elles entretiennent des relations amoureuse virtuelles, lit-on sur le blog hébergé par Libération Les 400 culs. « Est-il possible de commercialiser le sentiment amoureux ? », s’interroge l’auteur Agnès Giard. Oui, répond le leader du secteur : « D’une certaine manière, elles s’enveloppent dans l’odeur de cet homme comme s’il les prenait dans ses bras.» Le prochain carton prévu ? Le parfum de Ruki, un vampire « irrésistiblement sadique et séduisant », un des héros préférés des amatrices du jeu « Diabolik Lovers ».

Après le parfum du diable, c’est de celui de Dieu dont il question sur le site The Conversation. Michaël Girardin, docteur en histoire ancienne, nous raconte l’odeur du temple de Jérusalem dans l’Antiquité. La bible donne deux recettes de parfums strictement réservés à Dieu. Les citations et traductions sont trop approximatives pour espérer les reconstituer avec certitude, mais ils contenaient probablement de la myrrhe, du storax, de l’ambre, du galbanum, de l’encens. « Il existait donc une odeur du sacré, une odeur que les fidèles associaient sans doute à la présence de Dieu », souligne l’article.

crédits : PixabayCC BY-SA


Si ces parfums divins étaient brûlés, ou servaient à oindre les objets du culte, nos parfums profanes modernes ne se conçoivent pas sans flacon. Dolce Vita pour Dior, Flower pour Kenzo, Fidji pour Guy Laroche, Organza pour Givenchy, Insolence pour Guerlain, Eau des Merveilles pour Hermès, Déclaration pour Cartier, Idole pour Lubin, For Her pour Narciso Rodriguez… Serge Mansau, qui en avait créé plus de 300, vient de nous quitter. Fragrantica lui rend hommage, rappelant notamment cette citation : « Je dis souvent que faire un parfum, c’est la même chose que monter une pièce de théâtre : avec, dans le rôle du texte, la fragrance elle-même, dans celui du décor, l’étui et, à titre d’acteur vedette, le flacon. »

Et c’est ainsi que les mouillettes ne servent pas qu’à déguster les œufs !