Concours Corpo35 : et les lauréats sont…

Pour la troisième édition de ce concours destiné aux jeunes parfumeurs, les candidats ont planché sur le thème de l’impressionnisme avec une matière première imposée : la rose de mai, ou rose centifolia. C’est Batiste Humeau, étudiant à l’Ecole supérieure du parfum, qui a remporté le 1er prix.

Depuis 2016, le concours Corpo35 permet à de jeunes parfumeurs de présenter leur création à un jury de professionnels du monde du parfum. Créé à l’initiative de Cécile Vialla, co-fondatrice avec son mari de la parfumerie 35 rue Damiette à Rouen, et de la marque Maison de parfum Berry, il a pour but de « diffuser la culture du parfum et faire éclore de nouveaux talents ».

Cette année, ce sont pas moins de 133 candidats et candidates de 20 nationalités qui ont postulé pour participer à la troisième édition du concours, organisée en partenariat avec Firmenich.

Armand de Villoutreys, Président, Parfumerie et Ingrédients – Firmenich

La maison de composition suisse a fourni les matières premières, et a permis aux participants de se rendre à Grasse assister à la cueillette et à la transformation de la rose de mai. Après un processus de création de six mois, le jury, présidé par la créatrice Dora Baghriche, a récompensé le 20 juin dernier cinq lauréats.

1er prix : Batiste Humeau avec Artis

Etudiant à l’Ecole supérieure du parfum, il a été primé pour son accord de rose centifolia et de cèdre Alaska, habillé de notes de menthe poivrée, miel, poivre de Sichuan et absolue vanille. « Une modernité et une technicité folles », s’est enthousiasmée Dora Baghriche.

2e prix : Fanny Ginolin avec Perception

L’étudiante en deuxième année du master Arômes Parfums et Cosmétiques de l’Université du Havre a ourlé sa rose de miel de Provence, un départ vert et frais contrastant avec des notes de fond plus animales.

3e prix : Mouna Chanaoui avec Caprifoglio nero

Cette dipômée de l’Isipca, désormais assistante parfumeur chez Atelier Fragranze Milano auprès de Luca Maffei, a travaillé la rose pour donner texture et volume à un bouquet de fleurs blanches dominé par le chèvrefeuille, aux nuances vanillées, lactées, et miellées.

4e prix : Valentin Navet avec Pétale sur la cime

Etudiant en Master Arômes, Parfums et Cosmétiques à l’Université du Havre, il a créé une rose orientale en l’associant au clearwood (un ingrédient évoquant un patchouli débarrassé de ses notes terreuses et moisies) et aux notes épicées du poivre de Sichuan.

5e prix : Saif Parvez avec Grace

Ce parfumeur junior chez Bell Flavors and Fragrances, passé par l’Isipca, a imaginé une rose ambrée et résineuse, annoncée par des notes fraîches d’agrumes et de menthe, et laissant un sillage de notes poudrées et musquées.

« Nous avons eu des candidats exceptionnels venus de tous les continents, des matières premières Firmenich magnifiques et un thème qui a permis de mettre en lumière la rose centifolia de Grasse », s’est réjouie Cécile Vialla lors de la remise des prix. 

Les cinq lauréats verront leurs parfums produits et commercialisés à la parfumerie 35 rue Damiette à Rouen et sur son site internet (85 euros/50 ml chaque, et 145 euros/100ml pour le vainqueur Artis)

Si vous voulez tenter votre chance pour l’édition 2020, il est encore temps de vous inscrire sur le site du concours : les candidatures sont ouvertes jusqu’au 30 septembre. Les participants auront cette fois pour mission de célébrer les « fleurs emblématiques du pays de Grasse ».

Manifeste pour une culture olfactive, par Caro Verbeek (fr-en-it)

Ce discours a été prononcé par Caro Verbeek, historienne de l’art, à l’Oude Kerk (vieille église) d’Amsterdam, le 2 mai 2019 en clôture de la cérémonie annuelle des Art & Olfaction Awards, dans une atmosphère de parfum de rose.

You will find the english version after the French version
Troverai la versione italiana dopo la versione inglese

Ce discours a été prononcé par Caro Verbeek, historienne de l’art, à l’Oude Kerk (vieille église) d’Amsterdam, le 2 mai 2019 en clôture de la cérémonie annuelle des Art & Olfaction Awards, dans une atmosphère de parfum de rose.

« Tout mon génie est dans mes narines »

Cette phrase, si forte et si évocatrice, sonne comme ce qu’aurait pu dire un artiste contemporain (comme Peter de Cupere ou Sissel Tolaas). Mais ce sont les mots de l’un des philosophes les plus influents de l’ère moderne : Friedrich Nietzsche (1844 – 1900).

L’explication de sa déclaration était double.

En premier lieu, le philosophe se référait à la théorie dite du miasme. Avant que le biologiste Pasteur découvre que les virus et les microbes propagent des maladies, on avait pour habitude de croire que la puanteur pouvait transmettre des maladies. L’effluve émis par une personne était censé apporter des informations sur son état.

Ensuite, et plus important encore, Nietzsche – qui était assez rebelle – répondait à une croyance répandue chez les penseurs des Lumières, qui prétendait que le sens de l’odorat (et les autres supposés « sens inférieurs », comme le goût et le toucher) ne pourraient jamais mener à une expérience esthétique ou à la connaissance, au même titre que la vue et l’ouïe, car ces sens ne permettaient pas la contemplation.

Cependant, Nietzsche était un fervent défenseur de l’intuition en tant que pourvoyeur suprême de connaissances, non pas en opposition avec l’intellect et la raison mais les englobant. L’odorat et l’intuition étaient des concepts fortement mêlés (dans de nombreuses langues, il n’y a qu’un seul mot pour les deux notions, comme le flair en français et fiuto en italien).

Un contemporain de Nietzsche était également convaincu que sans les sens, et je dis bien tous les sens, il n’y avait pas moyen de comprendre le monde.

Il s’agit de la célèbre spécialiste de l’éducation Maria Montessori (1870 – 1952).

Montessori a déclaré « Les sens sont les organes de préhension des images du monde extérieur, nécessaires à l’intelligence, comme la main est un organe de préhension des choses matérielles nécessaires au corps ». Même le jugement moral serait impossible. Sans perception sensorielle, il est en effet impossible de comprendre la relation entre les mots et les objets, entre notre existence intérieure et extérieure. Elle a fait toucher, sentir, goûter et même peser des objets à ses jeunes élèves en les invitant à faire le lien entre leur expérience, leur vocabulaire et leurs émotions.

Ces deux figures emblématiques – Nietzsche et Montessori – n’étaient cependant pas les premières à émettre l’idée que la perception, et l’odorat en particulier, pouvaient mener à une connaissance plus profonde. L’une d’elles venait d’un tout autre domaine, plutôt inattendu : la religion.

Hildegard von Bingen était une mystique du XIIe siècle, très connue et respectée, et ce bien qu’elle fût une femme. Elle savait lire et écrire, et elle était considérée comme une intellectuelle. Cette abbesse bénédictine allemande était par ailleurs écrivain, compositrice, philosophe et visionnaire. Bien que rétrospectivement, on pourrait plutôt dire “olfactionnaire”.

Voici l’une de ses pensées les plus fortes :

« Par notre nez, Dieu montre la sagesse qui se trouve, comme un sens parfumé de l’ordre, dans toutes les œuvres d’art, comme nous devrions le savoir par notre capacité à sentir ce qui est mis en ordre par la sagesse ».

L’un des phénomènes olfactifs auxquels elle se référait était ce que l’on appelait « l’odeur de sainteté », une aura invisible dégagée par des saints que l’on pensait avoir une âme pure, gagnée par la prière et l’ascèse (ne pas manger, ni boire). Cette odeur était l’expression terrestre d’une caractéristique divine et d’un signe envoyé par Dieu, suivant le principe théologique que tout ce qui était terrestre (ou satanique) sentait mauvais, alors que tout ce qui était divin sentait bon.

La plus célèbre sainte qui mourut dans une odeur de sainteté fut Thérèse d’Avila, plus connue pour la sculpture que Gian Lorenzo Bernini réalisa des centaines d’années plus tard, L’Extase de sainte Thérèse d’Avila, capturant une de ses visions dans la pierre avec une expression orgasmique éternelle sur son visage.

Au moment de sa mort, ceux qui se trouvaient à son chevet déclarèrent que la chambre était emplie de l’odeur des roses qui saturait tout le bâtiment. Le couvent sentait comme si des cascades de fleurs invisibles se déversaient par les fenêtres. Sa tombe aurait gardé le parfum des roses pendant huit mois. Et tout le monde savait et sentait, rien qu’en inhalant, que Thérèse était une sainte de l’ordre le plus élevé.

Quelque 600 ans après Hildegard von Bingen, les parfums n’étaient pas seulement considérés comme les plus hautes manifestations de la présence divine, mais apprendre des odeurs pouvait aussi sauver des vies.

L’historien Alain Corbin a reconstitué l’histoire sociale de la France du XVIIIe siècle avec une perspective olfactive, un « un regard du nez ». Médecins, infirmiers et autres professionnels de l’époque étaient alors employés par la ville pour détecter, décrire et éliminer les odeurs nauséabondes et dangereuses de la capitale française afin de protéger la santé publique. Cela montre que ces professionnels possédaient un vocabulaire olfactif vaste et plus ou moins objectif.

Je mentionne tous ces exemples historiques en raison du fait que :

  1. un manque apparent de vocabulaire olfactif,
  2. le rôle prétendument insignifiant de l’odorat dans la société au cours de l’histoire,
  3. la nature subjective de l’odorat,
  4. la position inférieure de l’olfaction dans la hiérarchie classique des sens et en conséquence,
  5. l’absence de l’olfaction dans le débat historique, philosophique et esthétique

sont souvent mentionnés dans les premières phrases des articles comme des raisons de la suppression, du discrédit, voire de l’isolement de l’odorat dans l’art et la science.

Rétrospectivement, nous avons l’impression que l’odorat a toujours été traité de cette façon, qu’il a toujours été classé parmi les sens les plus inférieurs et que nous n’avons jamais eu de mots pour décrire ce que nous sentons.

Si nous continuons à communiquer sur le sens de l’odorat de cette façon, nous mettons l’accent – peut-être involontairement – sur la position inférieure de l’olfaction et contribuons à la maintenir ainsi.

Des institutions comme The Institute for Art and Olfaction, des artistes, des universitaires, des critiques, des scientifiques et des conservateurs ont permis de mettre l’odorat en lumière.

Il ne serait donc pas exagéré de parler d’une renaissance olfactive. Mais cette renaissance est relative. Parce qu’elle se déroule encore trop souvent dans des espaces et des communautés cloisonnés.

Lorsque nous parlons de renaissance, cela suppose qu’il y a eu une époque où l’olfaction était auparavant célébrée. Et nous savons maintenant que c’était le cas.

Si, avec ces données historiques à l’esprit, nous proposons le sens de l’odorat comme un élément important au fil des siècles dans la vie des médecins, des mystiques, des enseignants, des philosophes, des artistes et de la société en général, il devient plus facile de promouvoir l’olfaction auprès de ceux qui ne sont pas encore conscients de son potentiel.

J’aimerais faire quelques modestes suggestions pour aboutir à cela :

  1. À tous les chercheurs (y compris moi-même) : cesser d’utiliser le mot ” inférieur ” comme adjectif pour le sens de l’odorat, du goût et du toucher, et parler à la place de sens “intime” ou “proche”.
  2. Aux historiens de l’art : cesser d’utiliser l’adjectif “olfactif” dans “l’art olfactif” à long terme, participer à des colloques qui ne sont pas centrés sur le sens de l’odorat pour sensibiliser ceux qui ne sont pas familiers avec le sujet.
  3. Aux chimistes, conservateurs et restaurateurs : établissons un cours et des lignes directrices sur les façons d’utiliser l’odorat dans les musées des beaux-arts et d’éliminer la peur de l’odorat chez les professionnels des musées.
  4. À tous les artistes et parfumeurs : continuez à faire ce que vous faites ! Vous êtes le moteur d’une révolution.
  5. À tous : rappelons-nous que l’odeur n’a jamais existé en dehors de l’art, de la société en général, de religion et de philosophie, mais qu’elle en constituait un élément fondamental.

Ainsi, l’olfaction peut enfin faire partie intégrante de l’histoire de l’art.

En attendant : inspirons et expirons la connaissance, rétablissons l’ordre parfumé, ouvrons grand nos narines !

A SOFT MANIFESTO ON SCENT CULTURE

Recited at the Oude Kerk by Caro Verbeek, in Amsterdam, on May 19th 2019, during the annual Art & Olfaction Awards, surrounded by the scent of roses.

«I can sniff out the truth»

Such a strong and evocative sentence. Although it sounds like something a contemporary artist (like Peter de Cupere or Sissel Tolaas) could have said, these are the exact words of one of the most influential philosophers of the modern era. Friedrich Nietzsche (1844 – 1900).

The explanation for his statement was twofold.

In the first place the philosopher referred to the so called miasma theory: before the discovery of biologist Pasteur that viruses and microbes spread diseases, people used to believe stench could transmit diseases. The aroma someone exhaled conveyed a lot of information on a person’s condition.

Secondly, and more importantly, Nietzsche – who was quite rebellious – responded to a dominant belief among Enlightenment thinkers that smell (and the other so-called lower senses, taste and touch) could never lead to aesthetic experience or knowledge like sight and hearing could, because these senses don’t allow for contemplation. Nietzsche however was a firm advocate of intuition as the supreme provider of knowledge, not opposed to but encompassing intellect and ratio. Smelling and intuition were highly intertwined concepts at this time (in many languages there is only one word for the two notions, such as flair in French and fiuto in Italian).

A contemporary of Nietzsche was also convinced that without the senses, and I mean all of them, there was no way of understanding the world.

I am talking about the famous education specialist Maria Montessori (1870 – 1952).

Montessori stated that without training the senses the world be unknowable to mankind. Even moral judgment would be impossible. Without sensory perception, it is after all impossible to understand the relationship between words and objects, between our inner and external existence. She made her young students touch, smell and taste and even weigh objects and relate their findings to vocabulary and to emotions.

These two iconic figures – Nietzsche and Montessori –  weren’t even the firsts – to support the thought that sensing, and smelling in particular could lead to profound knowledge.

And one of them comes from an entirely different unexpected field. Namely from religion.

Hildegard von Bingen was a 12th century, highly respected and well-known mystic, even though she was a woman. She was able to read and write and considered an intellectual. In fact, besides being a mystic this German Benedictine Abbess was a writer, composer, philosopher and visionary. Although retrospectively one might rather say ‘olfactionary’.

One of her most striking thoughts was, and I quote:

«By our nose God displays the wisdom that lies like a fragrant sense of order in all works of art, just as we ought to know through our ability to smell whatever wisdom has to arrange»

One of the olfactory phenomena she was referring to was the so-called ‘odour of sanctity’, an invisible aura exuded by saints thought to have a pure soul, obtained by prayer and asceticism (not eating and drinking). This odour was an earthly expression of a divine characteristic and a sign sent by god, following the theological principle that everything earthly (or satanic) smelled foul, whereas everything divine was fragrant.  

The most famous saint who died in an odour of sanctity was Teresa d’ Avila, best known for the  sculpture Bernini created hundreds of years later, capturing one of her visions in stone, with an eternal orgasmic expression on her face (more on that tomorrow during Odorama, Scent from Heaven).

The moment she died her bedside attendants said the room filled with the scent of roses that grew to saturate the building.  The convent smelt like it had erupted into bloom and cascades of invisible blossoms poured from the windows. Her grave held the scent of roses for eight months. And everyone knew and felt, just by inhaling, that Teresa was a Saint of the highest order.

Some 600 years after Hildegard von Bingen’s era, scents weren’t only considered the highest manifestations of divine presence,  learning from smells could even save lives here on earth.

Alain Corbin reconstructed the social history of 18th century France through the perspective of the nose, or with an olfactory gaze. Physicians and medics and other professionals at the time were employed by the city to detect, describe and eliminate the foul and dangerous smells of the French capital to safeguard public health. This means that these professionals entertained a vast and more or less objective olfactory vocabulary.

The reason I mention all these historical examples is because:

  1. a apparent lack of olfactory vocabulary,
  2. smell’s supposedly historical insignificant role in society,
  3. the subjective nature of smell,
  4. olfaction’s low position in the classical hierarchy of the senses and subsequently ,
  5. olfaction’s  absence in historical philosophical and aesthetic debate,

are often mentioned in the opening sentences of articles as reasons for the suppression, underestimation or even seclusion of the sense of smell in art and science. We retrospectively seem to think that smell has always been treated this way, that we never had any words to describe what we smell, and was always ranked as one of the lowest senses.

If we keep communicating about the sense of smell this way, we are – perhaps unintentionally –  actually emphasizing and helping sustain olfaction’s inferior position.

Institutions such as the Institute for Art and Olfaction, artists, scholars, critics, scientists and curators have put the sense of smell on the map.

It wouldn’t be exaggerated to speak of an olfactory renaissance.

But this renaissance is a relative one. Because it is still often taking place in encapsulated spaces and communities.

When we talk about a ‘rebirth’ (the actual meaning of ‘renaissance’), this presupposes there has been an era in which olfaction was celebrated before. And we now know it was.

If – with this historical knowledge in mind – we advocate the sense of smell as something that has been held in high regard throughout the ages by doctors, mystics, educationalists, philosophers, artists and society at large it would be much easier to elevate the status of olfaction among the people who are still oblivious of smell’s agency and capacity.

I would like to do a few modest suggestions to possibly obtain that:

  1. To all scholars (including myself):  stop using the word ‘lower’ as an adjective for the sense of smell, taste and touch, and speak of ‘intimate’ or ‘proximate’ senses instead.
  2. To art historians: stop using the adjective ‘olfactory’ in ‘olfactory art’ in the long run and participate in symposiums that don’t revolve around the sense of smell as to grow awareness among those that aren’t familiar with the subject.
  3. To chemists, curators and conservators: let’s set up a course and guidelines for how to use smell in museums of fine art and take away the fear of smell among museum professionals.
  4. to all artists and perfumers: keep doing what you do! You are the vehicle of a revolution.
  5. To everyone: emphasize that smell WAS NOT excluded from art, society at large, religion and philosophy, but a fundamental part of it.

That way olfaction can finally be included as a fundamental and self-evident part of the history of art.

In the meantime: let’s inhale and exhale knowledge, let’s restore the fragrant sense of order, let’s sniff out the truth today.

UN SOFT MANIFESTO PER LA CULTURA DELL’OLFATTO

Pronunciato all’Oude Kerk di Amsterdam il 2 maggio 2019 per l’annuale Art & Olfaction Awards, ambientato in un profumo di rose.

« Tutto il mio genio è nel mio naso »

È una frase forte ed evocativa. Avremmo potuto attribuirla ad un artista contemporaneo, come Peter de Cupere o Sissel Tolaas. Invece sono le parole di Friedrich Nietzsche (1844 – 1900), uno dei filosofi più noti dell’età moderna.

L’affermazione di Nietzsche si fa spiegare in due modi.

In primo luogo il filosofo si riferiva alla cosiddetta teoria del miasma. Prima della scoperta del biologo Pasteur che le malattie vengono diffuse da virus e microbi, si pensava che fossero trasportate da puzze: gli odori emanati dal corpo umano trasmettevano informazioni sulle condizioni di una persona.

In secondo luogo, e ben più importante, il ribelle Nietzsche respingeva l’idea dominante tra i filosofi dell’Illuminismo che l’olfatto – come gli altri cosiddetti sensi inferiori, gusto e tatto – non consente alcuna forma di contemplazione, e che non può condurre ad un sapere o un’esperienza estetica come la vista e l’udito. Nietzsche favoriva l’intuizione come suprema fonte di conoscenza: non in opposizione all’intelletto e la ragione, ma come contenitore di quest’ultimi. In quel periodo, olfatto e intuizione erano concettualmente intrecciati: non è per caso che in molte lingue questi concetti si esprimono con una sola parola (si pensi a flair in francese e fiuto in italiano).

Una contemporanea di Nietzsche era convinta che senza i sensi – e intendo tutti i sensi – non c’era modo di capire il mondo.

Mi riferisco alla famosa psicologa dell’educazione Maria Montessori (1870 – 1952).

Montessori affermò che il mondo è inconoscibile per gli esseri umani se non attraverso i sensi. Perfino il giudizio morale diventa impossibile. Senza la percezione sensoriale è impossibile comprendere la relazione tra parole e oggetti, tra la nostra esistenza interiore ed esteriore. La Montessori incitava i suoi giovani studenti a toccare, annusare, assaggiare e persino pesare oggetti, e a tradurre le loro esperienze in parole ed emozioni.  

Questi due personaggi iconici, Nietzsche e Montessori, non erano i primi a sostenere l’idea che la percezione sensoriale – e l’olfatto in particolare – potessero indurre a una forma di conoscenza profonda.

Uno dei loro predecessori proviene da un campo completamente diverso e inaspettato, vale a dire la religione.

Hildegard von Bingen era una mistica del 12° secolo, molto rispettata e ben nota benché fosse donna. La badessa benedettina tedesca era in grado di leggere e scrivere, ed era considerata un’intellettuale: era scrittrice, compositrice, filosofa e visionaria. Forse faremmo meglio a chiamarla ‘olfattoria’.

Ecco uno dei suoi pensieri più marcati:

« Attraverso il naso Dio ci mostra la saggezza nelle opere d’arte come un fragrante senso d’ordine, così come dovremmo conoscere attraverso la nostra capacità di annusare qualsiasi cosa messa in ordine dalla saggezza »

Uno dei fenomeni olfattivi a cui si riferiva è il cosiddetto ‘odore di santità’: un’aura invisibile trasmessa da santi dall’anima pura, frutto di preghiere e ascetismo (astinenza di cibi e bibite). Quest’odore era l’espressione terrestre di un carattere divino, il segno di Dio: rispecchia quel principio teologico che attribuisce le puzze al mondo terrestre (o satanico), e le fragranze al mondo divino.

La persona più famosa a morire avvolta dall’odore di santità fu Teresa d’Avila. Divenne nota per la sua celebre scultura, creata dal Bernini alcune centinaia d’anni dopo: egli catturò una delle sue visioni in pietra, cogliendo l’eterna espressione orgasmica sul suo viso (ne parlerò più tardi durante Odorama, Scent from Heaven).

I suoi assistenti al letto ricordavano che nel momento in cui Teresa morì, la stanza si riempiva di un profumo di rose che si amplificava fino a saturare l’edificio. Il convento odorava di infiorate; come se cascate di fiori invisibili si riversassero dalle finestre. La tomba emanava un profumo di rose per otto mesi: bastava inalare l’odore per sapere che Teresa era una santa di primo ordine.

Circa 600 anni dopo Hildegard von Bingen, i profumi erano le più alte manifestazioni della presenza divina, e non solo: la conoscenza degli odori poteva salvare vite terrestri.  

Nella sua ricostruzione della storia sociale della Francia del XVIIIo secolo, Alain Corbin usa la prospettiva del naso, o uno sguardo olfattivo. Racconta come medici ed altri professionisti dell’epoca erano impiegati dalla città per rilevare, descrivere ed eliminare i cattivi odori della capitale francese per salvaguardare la salute pubblica. Facevano uso di un vasto vocabolario olfattivo dall’aria positivista.

Il motivo per cui menziono tutti questi esempi storici è perché :

  1. l’apparente mancanza di un vocabolario olfattivo ,
  2. l’attribuzione limitata del ruolo dell’olfatto nella nostra società,
  3. il carattere soggettivo dell’olfatto,
  4. la scarsa importanza dell’olfatto nella gerarchia classica dei sensi, e
  5. l’assenza dell’olfatto nel dibattito storico, filosofico ed estetico

sono spesso citati nelle introduzioni di articoli di ricerca come motivi o cause della soppressione, la sottovalutazione o anche l’isolamento dell’olfatto nell’arte e nella scienza. Molti credono che l’olfatto sia sempre stato trattato in questo modo; che non abbiamo mai avuto parole per descrivere ciò che odoriamo; e che l’olfatto è da sempre considerato come uno dei sensi più bassi.  

Se continuiamo a trattare dell’olfatto in questo modo, non facciamo altro che sottolineare e sostenere, involontariamente o meno, la posizione inferiore dell’olfatto.  

Organizzazioni quali l’Istituto d’Arte e Olfatto (Institute for Art and Olfaction), ma anche artisti, studiosi, critici, scienziati e curatori hanno messo l’olfatto in evidenza.  

Non sarebbe esagerato parlare di una rinascita olfattiva.  

Pertanto si tratta di un rinascimento relativo, confinato in spazi e comunità racchiuse.

Parlare di ‘rinascimento’ nel suo significato originale suppone che ci sia stata un’epoca in cui si celebrava l’olfatto. Adesso sappiamo che era proprio così.  

Se – con questo dato storico in mente – proponiamo l’olfatto come elemento importante nel corso dei secoli nelle vite di medici, mistici, pedagogisti, filosofi, artisti e società in generale, diventa più facile promuovere la cultura degli odori tra coloro che sono ancora ignari delle loro implicazioni e potenzialità.

Vorrei dunque fare alcuni modesti suggerimenti a questi fini :

  1. Agli studiosi in generale (inclusa me stessa): finiamola di usare l’aggettivo ‘inferiore’ per i sensi dell’olfatto, del gusto e del tatto, e parliamo invece di sensi ‘intimi’ o ‘prossimi’ .
  2. Agli storici dell’arte: smettiamola, a lungo termine, di usare l’aggettivo ‘olfattivo’ in ‘arte olfattiva’, e partecipiamo a colloqui e simposi al di fuori della cultura dell’olfatto per far crescere una nuova consapevolezza tra coloro che non hanno familiarità con gli odori.
  3. Ai chimici, ai curatori e ai conservatori: sviluppiamo un corso e delle linee guida su come usare l’olfatto nei musei delle belle arti, e familiarizziamo i professionisti museali con gli odori.
  4. Agli artisti e i profumieri: continuate così! Siete i veicoli di una rivoluzione .
  5. A tutti: ricordiamoci che l’odore NON è mai esistito al di fuori dell’arte, della società in generale, della religione e della filosofia; al contrario, è una parte fondamentale di esse.

In questo modo l’olfatto può essere finalmente incluso come elemento evidente e fondamentale della storia dell’arte.

Nel frattempo: inspiriamo ed espiriamo conoscenza, ripristiniamo il fragrante senso dell’ordine, annusiamo oggi la verità.

Traduzione italiana di Marcello Aspria

Nez éditions récompensé aux FiFi Awards 2019

Nez éditions a été récompensé lors des FiFi Awards par le Prix spécial du Board, lors d’une cérémonie qui a réuni à la Salle Wagram (Paris), le 13 juin dernier, l’ensemble de l’industrie du parfum.

Ce prix, remis pour la première fois cette année, distingue un événement, un professionnel ou une initiative qui valorise le parfum dans son ensemble et met en valeur ses qualités et ses savoir-faire.

Il vient récompenser la seule maison d’édition spécialisée dans l’olfaction et le parfum « pour ses projets éditoriaux ambitieux et innovants, graphiquement très aboutis. En explorant de nouveaux territoires de l’olfaction, Nez éditions fait oeuvre de pédagogie pour essayer de rendre le parfum accessible à tous les publics, professionnels comme néophyte. »

Une telle reconnaissance, accordée par un acteur institutionnel de premier plan tel que  la Fragrance Foundation, conforte les créateurs de Nez, et le collectif qui les entoure, dans leur rôle d’animateurs culturels de la filière parfum qu’ils occupent depuis maintenant 3 ans, aussi bien à destination du grand public que des professionnels, en France et à l’étranger.

Nez éditions

Nez éditions est une maison d’édition indépendante, créée par Dominique Brunel, Mathieu Chevara et Jeanne Doré, qui propose une offre éditoriale exigeante mais accessible, distribuée en librairie et dans de nombreuses parfumeries (www.bit.ly/NezWorld)

Catalogue

Sur internet
www.nez-larevue.frwww.instagram.com/nezlarevuewww.facebook.com/nezlarevue

Voir le palmarès complet : http://www.fragrancefoundation.fr/2019/06/fifi-awards-2019-voici-le-palmares-revele-le-13-juin-a-paris/

La Fragrance Foundation a pour mission de valoriser les plus beaux talents et la créativité de la parfumerie ; de promouvoir ses valeurs culturelles et artistiques, l’expertise de ses métiers, et de faire rayonner le parfum à travers différentes actions au sein même de la profession et à destination du grand public. – www.fragrancefoundation.fr

Photo : Fragrance Foundation

Simppar 2019, une référence en la matière !

Avant de finir dans votre flacon de parfum, les ingrédients mènent une vie infiniment trépidante. Qu’ils soient naturels ou de synthèse, issus d’un champ de rose en France ou en Turquie, ou du laboratoire d’un industriel américain, suisse ou allemand, ils sont d’abord cultivés ou créés de toutes pièces, puis extraits, distillés, épurés, pour être ensuite comparés, testés, évalués, enfin, négociés, échangés… et « palettisés » par le parfumeur !

Aurélie Dematons, globe-trotteuse qu’aucun défi n’effraie – comme se rendre pour nous Porte de Champerret (Paris) – vous relate sa plongée au cœur du salon français de référence, où se retrouvent tous les deux ans parfumeurs, producteurs et maisons de composition : le Simppar (Salon international des matières premières pour la parfumerie). Organisé par la SFP (Société française des parfumeurs) les 5 et 6 juin derniers, il a de nouveau été lé théâtre de rencontres et de découvertes édifiantes.


Mardi 4 juin 2019, veille du salon, 23h39, sms de Dominique (Brunel)

« Tu fais quelque chose sur le Simppar ?
00h54 : euh…je vais sentir ???
00h56 : tu nous raconteras, un truc genre drôle, à la première personne ? (j’improvise, j’avoue…)
00h57 : c’est l’heure d’improviser, sérieusement ?»

Alors, je découvre que chez Nez, on improvise à toute heure, et me retrouve embarquée dans le compte rendu de ces 2 jours de marathon. Le Simppar reste pour tous les nez parisiens Le rendez-vous, sans le faste du Beauty World à Dubaï, ni le froid clinique de « In cosmetics », un salon où l’on peut sentir en toute simplicité les dernières trouvailles et tendances de l’industrie, et surtout retrouver compères et (ex-)collègues dans les allées. Preuve que le concept plaît, la fréquentation ne cesse d’augmenter (plus de 2000 visiteurs cette année, une centaine de stands exposants, 22 pays représentés) mais « nous resterons à taille humaine » assure Thierry Duclos, organisateur de l’événement pour la SFP !

Jour 1 Mercredi 5 juin, 10h00

Le salon ouvre ses portes, mais il y a tellement de monde, (pire que devant Fenty, le nouveau magasin de Rihanna) que je me félicite d’être en retard. Je n’ai pas eu le temps de petit-déjeuner, cela risque d’orienter ma façon de sentir… Voici la sélection d’une gourmande.

Je me rôde le nez chez Bontoux, avec la douce voix de Marine qui me parle de leur programme à Madagascar : vanille, cannelle, ylang… J’y découvre aussi un bourgeon de cassis décoloré qui tient bien la route chat-pristi ! et surtout leur sauge ! Hummm, terrible ! très facettée, à la fois fraîche et gustative, un vrai régal !

Chez Takasago, sobriété japonisante : accueil avec pistache au wasabi, et KitKat au thé vert. Euh, merci, il est un peu tôt pour les expériences culinaires, je me contenterai du travail sur la chiralité (lorsqu’une molécule n’est pas superposable à son image dans son miroir, comme deux mains par exemple), expertise chère à la maison : le Biomuguet et le Biocyclamol.

Du muguet, on en trouve aussi chez Firmenich, (lorsqu’on arrive à se faire un passage sur le stand, toujours bondé). La maison présente son travail autour de l’étude «Beyond muguet », mais c’est sur les agrumes que l’on salivera, citron, orange en process Tetrarome, mon amie Anne-Sophie, fraîchement arrivée chez Firmenich, scotchera sur le citron et ne le lâchera plus.

14h, une cohue se presse à l’entrée ? des glaces chez Robertet ? Il pleut des cordes dehors, ça va me réchauffer !  Quatre parfums réalisés en collaboration avec les ingrédients Robertet : ambrette, poivre, genièvre, bourgeon de cassis (chat alors, encore ?). Je trouve trois autres complices de chez Payan pour se partager les glaces et tout goûter, l’ambrette-framboise et le genièvre-citron vert sont vraiment délicieux.

Glace aromatisée sur le stand Robertet - (photo : Aurélie Dematons)
Glace aromatisée sur le stand Robertet – (photo : Aurélie Dematons)

J’en profite pour sentir l’Hedyflor, une petite fleur jaune de Madagascar dont l’odeur  rappelle le jasmin avec un petit effet plastique-cheveux-de-Barbie. Doux et discret, mais lorsque Sophie, la « maman » du process, sort de son sac la concrète, c’est beaucoup plus basilic et puissant (à suivre donc). Toujours à manger; mais cette fois dans les “restes” : le beurre de cacao. Une fois l’actif théobromine isolé pour la cosmétique, le beurre est recyclé en un extrait qui rappelle la poudre Van Houten. Faire les poubelles, oui, mais avec goût !

Translation d’un mètre sur le stand Payan Bertrand, ambiance street art pour ressentir les process  de distillation moléculaire de vétiver, de patchouli et surtout le patchouli concentré : un version intéressante et « vintage » proposée à partir de feuilles acheminées à Grasse à l’ancienne (et non directement traitées sur place). On y retrouve l’effet Patchouli de Réminiscence ! Pour titiller les papilles, c’est la fève tonka qu’il faut sentir : en version hyper gourmande, effet spéculoos.

Ambiance Street Art sur le stand de Payan-Bertrand (photo : Aurélie Dematons)
Ambiance Street Art sur le stand de Payan Bertrand (photo : Aurélie Dematons)

Je croise un parfumeur à la retraite qui me raconte qu’elle a passé ses 3 premiers mois de liberté à dormir, « je crois que je travaillais beaucoup trop ! ».

Chez Symrise, je m’installe avec Sandrine, Karine et Pamela pour sentir les ingrédients parfaits pour digérer : Aldron, aux étonnantes notes de sanitaires indiens, le lactoscatone, mi-lait, mi-indole, le Terranol, (terreau, ciment, poussière) « Oh ça me rappelle ma note pour la grotte Chauvet » raconte Karine qui l’avait utilisé pour parfumer la grotte paléolithique, petite sœur de Lascaux ; dernier ingrédient sorti : le cyclodumal acetate (fleuri, vert, plastique), et plein d’autres molécules encore, toutes renouvelables à plus de 50%. Des molécules à fort impact et pointues à utiliser, mais avec le talent de leurs parfumeurs, ce sera merveilleux !

Au menu chez Symrise (photo : Aurélie Dematons)
Au menu chez Symrise (photo : Aurélie Dematons)

Chez Mane, miam, les touches annoncent la couleur, ce sera vif ! Hyper stimulation de la langue avec les poivres Forest Pepper (qui n’est d’ailleurs pas un poivre) et son effet orange-baies roses et le Timur (pamplemousse, soufré), puis un peu de douceur avec le mélilot (sweet clove), plus foin, tabacé.

Stimulation des couleurs et des odeurs chez Mane (photo : Aurélie Dematons)
Stimulation des couleurs et des odeurs chez Mane (photo : Aurélie Dematons)

18h, il commence à refaire chaud ! Vite une eau de concombre à déguster chez Capua en écoutant le charmant accent sicilien ambiant. À intégrer dans une note cocktail, c’est vrai ça maintenant, on trouve du concombre partout dans les boissons ! Et aussi leur petit grain bergamotier, bien frais, assez acétate de linalyle.

18h30, petit tour chez Nactis, pour re-sentir la base Ambrarome originale et tant attendue après l’incendie qui a provoqué deux ans de rupture. Mon cœur s’enflamme ! euh, je veux dire, je suis contente de le re-sentir. Et c’est l’occasion de déguster quelques ingrédients du catalogue : le très sympa méthyl-anisate, aux notes mimosa-anis. Et l’éthyl-nonanoate, idéal pour faire une note champagne…

19h00 – Champagne, Champagne… mais d’ailleurs, c’est l’heure du cocktail ! Malgré quelques déboires côté sonorisation, je devine que Florian Gallo vient de gagner le prix international du Parfumeur-Créateur de la SFP  ! Bravo !

Florian Gallo - Récipiendaire du Prix international du parfumeur-créateur  (©Aurélie Dematons)
Florian Gallo – Récipiendaire du Prix international du parfumeur-créateur (photo : Aurélie Dematons)

Petits fours, je retrouve derrière le bar le serveur mythique de la SFP qui ressemble à Zidane. Les choses ne changent pas ici. Un parfumeur à la retraite me dit qu’il est bien content de se mettre à son compte pour faire ses propres créations. Un autre parfumeur à la retraite m’annonce que depuis qu’il a pris sa retraite de la SFP, il en profite pour être jury pour l’évaluation de roses… Difficile de quitter le métier…

Jour 2 Jeudi 6 juin, 10h00

Dès potron-minet, je file sur le stand IFF, côté molécules, elles sont ici aussi renouvelables (soit des molécules ayant plus de 50% de carbones renouvelables) : Edenolide, Aquaflora et surtout le Prismantol, lacté, ambré, gingembre, miam ; puis le Cassifix, une note dont la structure moléculaire annonçait une note ambrée et qui s’est finalement avérée un cassis ! Ah ah, mystère de la chimie ! Côté LMR (Laboratoire Monique Rémy, la branche ingrédients naturels d’IFF), on montre les programmes des nouvelles plateformes en  France, Inde, Egypte. Encore du bourgeon de cassis, décidément, c’est l’année !

IFF – Un peu plus près de la nature ! (photo : Aurélie Dematons)

Astier nous donne envie de croquer le vétiver avec sa variété Uruguay, complètement cacahuète, et épice nos plats avec la Cascarille, (écorce d’arbre du Salvador aux notes poivrées, coriandre, gingembre ) et aussi son curcuma, bien vert croquant. Enfin un patchouli original du Burundi très cacao.

Chez PCW, il faut sentir le persil, la feuille de coriandre, (j’adore, mais encore très puissant le lendemain, attention, mon cahier sent très fort le vert) et l’infusion de safran, pour changer de la safraléine !

Albert Vieille offre un très beau jeu de 7 familles spécial ingrédients que je vais essayer dans le train ce week-end avec les enfants. On y retrouve la Tanaisie bleue qui m’évoque (mais c’est très personnel et parce que je n’ai pas eu le temps de déjeuner non plus) un beau plat de pâtes avec du basilic et des tomates séchées. On retrouvera d’ailleurs aussi l’ingrédient chez Biolandes, avec des accents différents (mais qui m’évoque toujours des pâtes à la tomate-basilic).

Les 7 familles par Albert Vieille (photo : Aurélie Dematons)

J’ai fini les acteurs classiques, mais mais… où est donc Givaudan ? Il faut aller chez IES et Albert Vieille pour sentir leurs ingrédients maintenant !

Il me reste un peu de temps pour faire quelques fournisseurs du monde, cette année, beaucoup de Bulgares, des Indiens, des Australiens, et des Chinois ! Je vais tester Guilin Four Season Sunshine au nom prometteur. Je me sens comme sur le marché de Canton devant des étals aux marchandises inconnues issues de la médecine traditionnelle : Radix Angelicae (note de poivre métallique), le Fructus Tsaoko, comment décrire ? un jus de réserve de pharmacopée chinoise ? ; le Dendranthema indicum, un œillet-banane cuite… Bref, après toutes ces notes médicinales, je me sens déjà mieux.

C’est chez Hashem Brothers que je sens les dernières notes appétissantes : absolue épinard, absolue artichaut (très bon), absolue riz brun (enfin une note riz qui ne sent pas le riz cuit pyraziné), absolue olive (sympa mais un peu gras) et l’absolue feuille de mangue (très verte).

Guilin Four Season Sunshine (photo : Aurélie Dematons)

Je quitte le salon repue, même s’il reste bien d’autres fournisseurs à visiter, deux jours c’est trop court ! Dire qu’il faudra attendre encore deux ans. Je repense à tous ces parfumeurs à la retraite qui viennent juste pour le plaisir et me demande si je viendrai aussi en touriste curieuse, dans quelques années ? Sûrement.

Photo d’illustration de l’article : Aurélie Dematons

Art & Olfaction Awards 2019, le palmarès

Hier soir a eu lieu la sixième édition des Art & Olfaction Awards organisée cette année à Amsterdam, par l’association américaine The Institute for Art and Olfaction. Palmarès.

Si Amsterdam nous a accueillis avec un petit rayon de soleil perçant à travers les gros nuages gris, il faisait bien frais à notre arrivée à l’intérieur de la Oude Kerk ( « vieille église ») où se tenait cette année la remise des prix. Mais la beauté de la plus ancienne église de la ville,  avec ses volumes impressionnants, son orgue baroque monumental, et ses vitraux multicolores nous a presque fait oublier la température le temps de la cérémonie.

L’orgue de Oude Kerk, Amsterdam

Saskia Wilson Brown a fondé The Institute for Art and Olfaction il y a sept ans pour promouvoir une parfumerie indépendante, artisanale et en lien avec des pratiques artistiques. Les Awards sont constitués de six remises de prix, dont un nouveau : les prix Independant, Artisan et Aftel récompensent des parfums ; le prix Sadakichi, un artiste pour son œuvre ; un prix est attribué à une personnalité pour sa contribution à la culture olfactive et enfin le nouveau prix Septimus Piesse récompense désormais une personne qui a fait preuve d’un esprit visionnaire dans sa démarche expérimentale ou créative, avec une portée internationale.

Pour être en compétition dans les catégories Independant et Artisan, les marques ou les parfumeurs doivent envoyer leurs échantillons à l’Institut, qui les transmettent ensuite aux membres des deux premiers jurys (quelques centaines d’échantillons pour chaque catégorie). Le sélection finale est ensuite évaluée par le jury final, et à l’issue de ce vote, deux gagnants ex-aequo par catégorie seront désignés.

Les jurys sont composés de parfumeurs, journalistes, blogueurs, artistes de pays divers. Toute évaluation est effectuée en aveugle, uniquement accompagnée de petits textes d’intention, rédigés par les marques, qui peuvent aider à arbitrer les choix.

Le prix Aftel, qui récompense un parfumeur artisanal qui ne fait appel à aucune autre structure externe, le prix Sadakichi et le prix Septimus Piesse sont chacun attribués par un comité spécial.

Et les vainqueurs sont….

Dans la catégorie Artisan, le premier à monter sur scène est le parfumeur allemand Sven Pritzkoleit, fondateur de la marque SP Parfums, pour Powder & Dust, co-créé avec la youtubeuse Yana Lysenko (Tommelise). Le parfum joue sur des accords cosmétiques et tendres de mimosa, violette, vanille avec des notes poudrées et fruitées, évoquant un rouge à lèvre.

Sven Pritzkoleit et Yana Lysenko, pour Powder & Dust

Le deuxième prix revient à Hiram Green pour Hyde, un parfum 100% naturel (comme toutes ses créations, par ailleurs d’une exécution remarquable). Un puissant accord fumé de bouleau, labdanum et cuir est associé à des notes florales et baumées, presque médicinales, dans une structure chyprée cuirée, avec beaucoup de complexité et de finesse, bien loin des mixtures d’huiles essentielles de certaines marques « naturelles ».

Hiram Green, pour Hyde

La categorie Indépendant a tout d’abord récompensé Colorado, une édition limitée d’American Perfumer, maison fondée par Dave Kern, qui a fait appel à Dawn Spencer Hurwitz, connue pour sa marque DSH, qui est elle aussi originaire de cet état. Elle a retranscrit l’idée d’une promenade en forêt aux milieux des conifères, avec des notes boisées de pin, cèdre, santal, résineuses, camphrées, balsamiques, crémeuses, dans une atmosphère naturaliste et réconfortante.

Dave Kern et Dawn Spencer Hurwitz pour Colorado

Le deuxième prix a été remis à Rich Mess, créé par Ryan Richmond, un directeur artistique et designer basé à Brooklyn, dont c’est le premier parfum, en collaboration avec la parfumeur Christophe Laudamiel. Du cuir enrobé dans un accord vert et lactonique de figue, rhubarbe, avec des accents crémeux et épicés fleur blanche. Explosif et réjouissant.

Christophe Laudamiel et Ryan Richmond pour Rich Mess

Le prix Mandy Aftel a été décerné à Maderas de Oriente Oscuro, créé par Paul Kiler pour sa marque PK Perfumes, et que je n’ai pas eu le plaisir de sentir.

Le prix Sadakichi a été remis à l’artiste brésilienne Josely Carvalho pour son œuvre Diary of Smells: Glass Ceiling, dont une partie a été présentée dans le septième numéro de Nez par Clara Muller. Elle a collaboré pour cette œuvre avec le parfumeur Leandro Petit de Givaudan.

Le prix de la contribution à la culture olfactive a été décerné à Sissel Tolaas pour l’ensemble de sa carrière. Cette dernière étant au Groenland en ce moment pour une recherche, c’est Judith Gross, (VP – marketing de la création et du design d’IFF –International Flavors & Fragrances) qui la représentait, la maison de composition américaine l’ayant soutenue dans ses projets depuis quinze ans. L’artiste norvégienne présente en ce moment à Berlin – où elle vit – l’exposition « 22 – Molecular Communication », jusqu’au 24 juin.

Enfin, le nouveau prix Septimus Piesse – du nom du parfumeur du XIXe siècle connu notamment pour ses recherches sur l’analogie entre musique et parfums – a été attribué à Frederik Duerinck, membre du collectif Polymorf (qui s’était déjà vu décerner le prix Sadakichi en 2015 pour Famous Deaths). L’artiste, cinéaste et designer néerlandais a récemment développé un projet d’intelligence artificielle appliquée à la création de parfum, baptisé « Alternate Realities », déjà présenté à New York, et qui sera exposé au Phi Center à Montréal de mai à septembre et en juin à Sheffield (Royaume-Uni). Ce dispositif interactif de parfumerie algorithmique permet de concevoir en direct une formule de parfum sur la base d’un questionnaire de personnalité et s’améliore sur la base du feedback des visiteurs.

Rendez-vous en 2020 pour la huitième édition des Awards, à Los Angeles, où nous aurons le plaisir de lancer le neuvième numéro de Nez… en anglais bien sûr !

Firmenich se penche sur l’avenir des naturels en réunissant parfumeurs et producteurs

Alors que la demande de matières premières naturelles ne cesse d’augmenter, la maison de composition cherche à développer pour ses créateurs une palette durable et responsable. Reportage.

Quoi de commun entre la culture du patchouli au cœur de l’île de Java en Indonésie et celle de l’orange dans le Rio Grande Do Sul au Brésil ? Alors que les marques jouent de plus en plus la carte de la traçabilité, du développement durable et de l’équitable, bien plus qu’on pourrait le penser au premier abord. C’est en partant de cette idée que la maison de composition Firmenich a imaginé en 2014 « Naturals Together ». Le programme fédère des producteurs de matières premières naturelles qui garantissent un approvisionnement responsable et une sécurisation des filières grâce à des engagements environnementaux et en direction des communautés agricoles (garantie d’achat, prix plancher, construction d’écoles…)

Elisa Aragon – Nelixia

Tous les ans, Firmenich réunit ces fournisseurs, et leur donne l’opportunité de partager leurs questionnements et leurs solutions. « Nous sommes un catalyseur », affirme Dominique Roques, directeur du sourcing des naturels de l’entreprise suisse, et à l’origine du programme. « Nous avons créé une sorte de consortium ou de syndicat de producteurs. Nous sourçons des matières dans le monde entier, pourquoi se centrer uniquement sur le Maroc ou l’Inde ? Il s’agit de matières différentes, de pays différents, mais quand on les met ensemble, ça fonctionne. Et l’initiative profite à tout le monde : à eux, à nous, comme à nos clients. »

Début avril à Malaga, cette réunion des producteurs « Naturals Together » était pour la première fois couplée avec celle des parfumeurs Firmenich venus des centres de création de Paris, Singapour, Dubaï ou New York. Un moyen de réunir les deux bouts de la chaîne. « C’est extraordinaire de voir les producteurs rassemblés », s’enthousiasme Nathalie Lorson, maître parfumeur. « On connaît bien sûr les matières, mais quand on les écoute raconter la culture et les récolte, on se rend compte de tout ce qu’il y a derrière nos petites fioles et qu’on a tendance parfois à oublier. »

Dominique Roques – Directeur du sourcing des naturels – Firmenich

La rencontre commence par une séance de questions-réponses. Les consommateurs et donc le marché réclament de plus en plus d’ingrédients naturels, comment répondre à cette nouvelle demande dans de bonnes conditions ? « Les besoins en lavandin ont augmenté de 50% l’année dernière », note Michel Krausz, directeur de la SCA 3P (Société Coopérative Agricole des Plantes à Parfum de Provence), qui rassemble des producteurs de lavande, lavandin, sauge sclarée, estragon et hysope (une plante aromatique ressemblant à de la lavande, mais au parfum rappelant celui de la menthe). « Nous sommes arrivés à une limite dans la région », juge-t-il. La solution trouvée ? La relocalisation, avec des plantations dans le Sud-Ouest et dans le centre de la France. « Mais ce n’est pas si simple. Le problème est l’investissement nécessaire. Le ticket d’entrée est très élevé, avec la distillerie et les machines à récolter », ajoute-t-il.

« Répondre à la demande actuelle est déjà un challenge », estime de son côté Zahra Osman Guelle, directrice de Neo Botanika, qui produit de la myrrhe et de l’encens au Somaliland. Les récoltes pâtissent du manque d’infrastructures et de l’exode rural. « C’est une activité très difficile, pas très attractive, et c’est déjà compliqué de trouver des employés. Les populations, et surtout les jeunes, préfèrent tenter leur chance en ville. Nous essayons de multiplier les projets pour diversifier leurs sources de revenus et les convaincre de rester. » Elisa Aragon, qui dirige Nelixia au Guatemala et produit notamment cardamome, baume du Pérou et styrax, se retrouve face à la même désaffection des jeunes générations : « Pour leur donner envie de continuer, il faut les payer suffisamment bien sûr, mais il faut aussi les rendre fiers, leur donner de la visibilité. » Bien souvent, les cueilleurs ne savent pas ce que deviendra leur précieuse récolte.

Zahra Osman Guelle – Directrice de Neo Botanika (Somaliland)

Dans un deuxième temps, chaque producteur présente aux parfumeurs ses qualités de matières premières, qu’elles soient déjà au catalogue Firmenich, ou qu’il espère les faire rentrer prochainement. Jasmin, tubéreuse et lotus d’Inde, baie rose de la Réunion, santal d’Australie, rose, fleur d’oranger, camomille du Maroc, vanille fendue de Madagascar (récoltée à maturité avancée, elle a des facettes de fruits confits)… Au stand Capua, l’expert calabrais des agrumes depuis 1880, on retrouve Nathalie Lorson qui s’émerveille d’une nouvelle fraction légère de bergamote : « Elle est plus pétillante, plus fraîche, plus verte que l’essence de bergamote, c’est magnifique. » Un futur ingrédient de sa palette ? Le chemin est encore long. « Si on est séduit au premier abord, on essaie ensuite en composition, puis nos acheteurs vérifient le sourcing, la reproductibilité, le processus d’industrialisation… Il faut compter 6 mois pour qu’une nouvelle matière entre chez nous », explique-t-elle. La créatrice a aussi particulièrement apprécié l’essence de vétiver d’Haïti d’Agri Supply. Un joyau boisé, terreux, vert, aux accents de pamplemousse, essentiel pour l’économie du pays. « Le vétiver est la ressource principale du sud de l’île. La dizaine de distillerie fait vivre 27 000 familles », souligne Roxanne Léger.

Nathalie Lorson – Parfumeur – Firmenich

Chez Sebat, le spécialiste turc de la rose Damascena, qui vient de lancer de nouvelles plantations au Pakistan et fait des essais de rose Centifolia en Bulgarie, on se réjouit de ces échanges avec les parfumeurs : « C’est très intéressant d’avoir leur avis sur notre production. Nous rencontrons beaucoup de clients, mais ils n’ont pas les mêmes connaissances : la plupart n’aiment même pas sentir les matières brutes… » Le maître parfumeur Olivier Cresp abonde : « Ils nous proposent des choses, on sent, on leur fait des retours, c’est vraiment passionnant. » Lui a eu un coup de cœur pour la mandarine marocaine, « très zestée, très aldéhydée, juteuse ». « C’est une relation qui s’instaure, un véritable partenariat, et pas seulement une relation de fournisseur et client », conclut-il.

Crédits photos : John Millar

Nez, la revue… de presse – #3 – Où l’on apprend qu’obésité et dépistage des maladies peuvent aussi n’être que des histoires de flair

Au menu de notre revue de presse, pourquoi l’odeur du goudron mouillé peut être relaxante, le mouvement #metoo vu par l’industrie du parfum, et la future ligne beauté de Hermès.

Vous qui lisez Nez le savez déjà, mais il est toujours bon de le rappeler : notre odorat a une influence considérable sur notre existence, odeurs et parfums exerçant sur nous leurs pouvoirs. Le Figaro s’intéresse ainsi aux odeurs pouvant favoriser la relaxation et le bien-être. Un effet connu depuis l’Antiquité. Le kyphi, un des plus célèbres parfums égyptiens, était déjà utilisé pour détendre, rappelle l’historienne et anthropologue Annick Le Guérer. Aujourd’hui, notre connaissance du cerveau valide le bien-fondé de cette pratique. « Les bonnes odeurs sont traitées par une zone – le cortex olfactif, en particulier l’amygdale – qui contient énormément de neurones qui traitent les émotions, explique Roland Salesse, ancien directeur du laboratoire de neurobiologie de l’olfaction à l’Inra. Quand on sent ces « bonnes odeurs », le circuit du plaisir, du bien-être, est activé ». De quoi expliquer pourquoi une odeur de tarte aux pommes ou de goudron mouillé, selon nos souvenirs olfactifs, ont le pouvoir de faire baisser la fréquence de notre respiration et la température de notre peau, signe de calme.

Comment les odeurs agissent sur le cerveau et nous procurent du plaisir, c’est précisément la sujet de thèse de Laura Chalençon – autrement dit « Mécanismes neuronaux responsables de la valeur hédonique des odeurs et ses altérations au cours du vieillissement ». La doctorante en neuroscience à l’université Lyon 1 participe au concours « Ma thèse en 180 secondes », et Lyon Capitale relaie sa vidéo de présentation, avec pour mot d’ordre : « Prenons du plaisir ! ». (Non sans opportunisme, rappelons que le thème du dossier central du numéro 6 de Nez était précisément consacré à l’influence des odeurs sur le corps et l’esprit.)

Laura Chalençon © Aurélien Idéale

Les odeurs ont le pouvoir de nous donner du plaisir, mais peut-être aussi… de nous faire grossir. Selon une étude récente réalisée par l’université de Berkeley, des souris soumises à un régime « fast food » avec un odorat normal voient leur poids doubler, alors que celui de leurs congénères privées d’odorat n’augmente que de 10%. Et quand les premières perdent à leur tour leurs capacités olfactives pour les besoins de la science, leurs poids diminue. L’odorat influerait non seulement sur l’appétit, mais aussi sur le métabolisme. L’anosmie, remède contre l’obésité ? Il faut rappeler que les troubles de l’olfaction sont aussi associés à des phénomènes d’anxiété voire de dépression.

Toujours dans le domaine de la médecine, les odeurs ont un autre pouvoir qui intéresse la recherche : celui de permettre le dépistage de certaines maladies, comme certains cancers. Des chercheurs de l’université de Manchester ont mis en évidence 17 molécules odorantes marqueuses de la maladie de Parkinson, d’après une étude parue dans la revue ACS Central Science. Pour ces travaux, ils ont collaboré avec Joy Milne, une Écossaise à l’odorat particulièrement développé, dont le mari est mort de la maladie de Parkinson, et qui a permis d’identifier l’odeur de la maladie dans un échantillon de patients. Une piste sérieuse pour développer une méthode de détection précoce, simple et rapide.

Dans le secteur du luxe, parfums et cosmétiques ont un autre pouvoir : celui de représenter d’importants relais de croissance. Hermès lancera en 2020 une ligne beauté incluant maquillage et soins en plus de la gamme parfums existante. En 2014, la division Parfums avait amorcé une diversification via le lancement de parfums pour la maison et d’une ligne de produits pour le bain, rappelle Fashion Network.

Un pouvoir que le parfum n’a pas, relève Fragrantica, ou pas encore, c’est celui de traduire le mouvement féministe né de #metoo. Du nouvel Interdit de Givenchy à Twist de Miu Miu, publicités et jus qui revendiquent sans cesse irrévérence et transgression se cantonnent à un conformisme qui confine au conservatisme. « Il semble que la lutte pour les droits des femmes soit plus un prétexte pour vendre un idéal féminin que pour servir une quelconque diversité », souligne Miguel Matos.

De diversité, il est en revanche de plus en plus question concernant les modes d’application du parfum, note Le Temps. Si depuis les années 80 et la disparition progressive des extraits de parfum, le spray est roi, les versions concentrées présentées sous forme de roll-on gagnent du terrain depuis deux ans. Petit format à petit prix et objet nomade, il colle à de nouveaux usages, selon le quotidien suisse.

Comte de Grasse

Autre grande tendance répondant à une nouvelle demande : celle des parfums naturels. « Bien conscientes que les filles sont de plus en plus réticentes à l’idée d’appliquer des matières inconnues sur la peau, les maisons de parfums sont nombreuses à jouer la carte du green » , nous dit Vogue. L’occasion d’évoquer notamment la ligne de colognes du Couvent des Minimes, qui a refondu son offre l’année dernière pour proposer des créations 100% vegan et composées à 98% d’ingrédients d’origine naturelle.

C’est peut-être l’amorce d’une future tendance : une distillerie, Comte de Grasse, s’est installée dans la capitale du parfum distinguée par l’Unesco, à l’emplacement d’une ancienne usine de parfums. Déjà commercialisé, son premier produit, le gin 44°N est créé à l’aide de techniques d’extraction traditionnelles de la parfumerie, combinées à des technologies de distillation modernes (distillation sous vide et utilisation d’ultrasons). Une démarche qu’on peut rapprocher de celle de la Distillerie de Paris, qui vient de lancer une gamme d’eaux de parfum travaillées à partir de coupes de distillation de rhum, de whisky ou de gin.

Et c’est ainsi que les mouillettes ne servent pas qu’à déguster les œufs !

Retour sur le congrès Olfaction & Perspectives 2019

Au menu du congrès Olfaction et perspectives, tour du monde parfumé, nez électronique et… odeurs de fromage.

L’odorat et l’olfaction vus à travers le prisme des innovations scientifiques, de la culture, des enjeux de santé, mais aussi d’éducation : la 4e édition du congrès Olfaction et perspectives avait lieu le 14 mars dernière, à l’initiative de la Cosmetic Valley et de l’Isipca. Au programme, des présentations de chercheurs et de professionnels du secteur pour faire le point sur l’avancée des connaissances concernant ce sens de moins en moins méconnu.

La journée a commencé avec un état de l’art des innovations pour l’extraction des matières premières naturelles pour la parfumerie par Xavier Fernandez, chimiste spécialisé dans les substances odorantes et professeur à l’Université de Nice Côte d’Azur, et Xavier Brochet, directeur de l’innovation pour les naturels chez Firmenich. Le plébiscite du naturel, le respect de l’environnement et le développement durable devenant des préoccupations de plus en plus importantes pour les consommateurs et un argument commercial pour les marques, l’industrie cherche des solutions plus vertes pour extraire ces matières. De la recherche de nouveaux solvants alternatifs (utilisés pour obtenir absolues, concrètes et résinoïdes), notamment issus de la valorisation de déchets, à l’utilisation d’ultrasons ou de micro-ondes pour rendre plus performantes l’action des solvants ou la distillation (utilisée pour obtenir les essences), « les techniques existent, mais restent pour le moment confidentielles ».

Denis Poncelet, consultant et spécialiste de la microencapsulation, a ensuite évoqué les applications au parfum de ce « piégeage » d’une molécule au sein de microparticules (scratch and sniff, textiles parfumés…).

Toujours dans le domaine des innovations scientifiques et technologiques, Jean-Marie Heydel, professeur de biochimie et de biologie moléculaire à l’Université de Bourgogne, a fait part de ses travaux sur la biotransolfaction. Ses recherches tendent à montrere que les enzymes de biotransformation présents dans notre nez, qui ont un rôle détoxifiant et servent à protéger tissu olfactif, bulbes olfactifs et cerveau, auraient également un rôle dans notre perception olfactive.

Eugénie Briot
Eugénie Briot : « Pourquoi notre cerveau accepte-t-il que dans les publicités pour le parfum, les fleurs tombent du ciel et les gens volent ? Parce le parfum est un attribut divin » -Image : Cosmetic Valley, Cécile Muzard

Le parfum, attribut divin

Les présentations ont pris un tour sociologique et culturel avec Eugénie Briot, historienne et responsable des programmes de l’école de parfumerie de Givaudan – et membre du Collectif Nez -, et Aurélie Dematons, fondatrice de Le Musc & la Plume, agence de conseil en création de parfums. « Pourquoi notre cerveau accepte-t-il que dans les publicités pour le parfum, les fleurs tombent du ciel et les gens volent ? Parce le parfum est un attribut divin », a expliqué la première. Le marketing reprend à son compte les pouvoirs qui lui sont attribués depuis l’Antiquité. Historiquement instrument de communication entre les hommes et les dieux, le parfum devient dans la publicité un outil de communication entre les hommes, c’est-à-dire de séduction. Vu comme un médicament jusqu’aux découvertes de Pasteur, il soigne désormais les maux de l’âme, de Gabrielle à La vie est belle. Dans tous les cas, « se parfumer, c’est s’élever au dessus de sa condition de mortel pour toucher à l’univers des Dieux ».

Aurélie Dematons a fait l’année dernière un tour du monde des plantes à parfums en famille, allant à la rencontre de producteurs comme de consommateurs, du « silence olfactif japonais » à la « saturation odorante indienne ». L’occasion de mesurer les différences culturelles de perception d’un pays à l’autre : parfum et odeurs sont avant tout associés aux cérémonies religieuses en Inde, à la médecine en Chine, à des rites païens dans les Andes… et à la consommation de produits d’hygiène et alimentaires aux Etats-Unis.

Aurélie Dematons
Aurélie Dematons – Un tour du monde des plantes à parfums -Image : Cosmetic Valley, Cécile Muzard

L’après-midi, les intervenants se sont penchés sur les aspects santé et bien-être liés à l’odorat. « La joie, le bonheur, l’amour, seraient-ils contagieux via notre nez ? » Nathalie Broussard, responsable de la communication scientifique chez Shiseido, a évoqué le rôle de l’olfaction dans les émotions positives, une étude de la marque montrant que sentir une odeur corporelle correspondant à un état de bien-être provoque chez le cobaye une microrelaxation.

« Ça sent la crêpe »

Puis dans un registre médical, Gérald Valette, chirurgien et oncologue au CHRU de Brest, et Édouard Vaury, responsable développement de la société de marketing olfactif Exhalia, ont présenté leur projet de borne digitale de dépistage des troubles olfactifs, destinée à permettre une prise en charge plus précoce des maladies neuro-évolutives, et Sylvia Cohen-Kaminsky, immunologiste et directrice de recherche au CNRS, a partagé les dernières avancées concernant le nez électronique. Cet outil qui analyse l’haleine des patients pourrait révolutionner le diagnostic de certaines maladies, l’hypertension artérielle pulmonaire ou certains cancers par exemple, provoquant la libération de composés organiques volatiles spécifiques par les malades et donc une « signature olfactive » particulière.

Dernier thème abordé : celui de l’éducation et de l’apprentissage. Maryse Delaunay-El Allam, maître de conférences en psychologie à l’Université de Caen, a exposé ses recherches sur les connaissances olfactives des enfants. Il apparaît que dès la période néonatale, ils discriminent les odeurs et manifestent des préférences, puis apprennent au fil des ans à les catégoriser voire à les identifier – souvent en se référant à la source de l’odeur, ce qui fait dire par exemple à une petite fille que la fleur d’oranger « ça sent la crêpe ». Sophie Nicklaus, directrice de recherche à l’INRA et spécialiste de la construction des préférences alimentaires du jeune enfant, a quant à elle montré que l’olfaction était déterminante dans la construction de ces préférences : la néophobie alimentaire, c’est-à-dire le rejet des aliments nouveaux, est ainsi davantage liée à l’odeur de certains aliments (poisson, fromage…) qu’à leur saveur.

Roland Salesse, à l’origine du Laboratoire de Neurobiologie de l’olfaction de l’INRA, a conclu la journée en insistant sur la nécessité d’une éducation olfactive, à la fois enjeu de santé via l’alimentation et la médecine, outil de développement cognitif (sentir exerce la concentration et la mémoire), et source de plaisir esthétique – une importance dont les lecteurs du site de Nez sont probablement déjà convaincus.

Plus d’informations :

Nez, la revue… de presse – #2 – Où l’on apprend que la madeleine de Proust sent désormais plutôt l’assouplissant

Au menu de notre revue de presse, des femmes au parfum, Frédéric Malle qui nous parle de l’odeur du métro, et la puissance des souvenirs olfactifs.

Nous célébrions il y a quelques jours la journée internationale du droits des femmes, mais une question cruciale n’est toujours pas résolue : Germaine Cellier, Annick Ménardo, Mathilde Laurent ou Isabelle Doyen sont-elles des parfumeuses ? Des parfumeures ? L’Académie française vient en tout cas de se prononcer en faveur de la féminisation des noms de métiers, une révolution sous la Coupole. Mais qui ne règle pas le problème qui nous occupe. Comme le souligne l’article, « les noms en « eur » peuvent se féminiser grâce au « e » (« docteure »), sauf lorsqu’un verbe correspond au mot (« chercheur-euse »). » Le verbe parfumer existe, certes, mais correspond-il à la fonction du parfumeur… au point de devoir dire parfumeuse, comme l’on dit coiffeuse, chercheuse, patineuse ? Ou parlera-t-on plutôt de parfumeure, comme auteure, ingénieure, professeure ? Nez, de son côté, n’a toujours pas pris parti.

L’auteure Dominique Bona, membre de la commission d’étude sur la féminisation des noms de métiers dont le rapport a été adopté, dans son habit d’académicienne à Paris, en octobre 2014. KENZO TRIBOUILLARD / AFP

Elle n’était pas parfumeure, ni parfumeuse, mais c’est une des femmes qui a sûrement eu le plus d’influence sur la parfumerie contemporaine : Gabrielle Chanel a fait l’objet d’un documentaire de Jean Lauritano diffusé sur Arte (et disponible jusqu’au 1er mai). « Les guerres de Coco Chanel » retrace le parcours de la jeune modiste, devenue le symbole d’une élégance à la française, et confronte la légende à ses zones d’ombre. Ainsi de cette « guerre du parfum » qui pendant le second conflit mondial oppose la créatrice, collaboratrice zélée et antisémite (de plus en plus) avérée, aux frères Wertheimer, les propriétaires juifs de la société des Parfums Chanel. Cette lutte se solde pour elle par une défaite, mais la fait finalement accéder à la richesse : ses parfums lui rapporteront jusqu’à sa mort un million de dollars par an.

Elle sera peut-être à l’origine du futur n°5 : une autre femme se lance en parfumerie, Carine Roitfeld. L’ex-rédactrice en chef du Vogue français a annoncé durant la Fashion week parisienne la création de sa ligne de parfums grâce à une campagne d’affichage la dévoilant nue. L’ex-prêtresse du porno chic a travaillé avec trois parfumeurs pour créer sept compositions incarnant sept amours dans sept villes « iconiques ». A découvrir en mai.

Campagne Wild Posting Carine Roitfeld Parfums

C’est un homme, et « Le Figaro Madame » l’a interrogé sur les parfums pour hommes. Dans une interview à l’hebdomadaire féminin, Frédéric Malle se réjouit notamment que « cette idée idiote qui consiste à croire qu’on est plus masculin si on se laisse aller est en train de disparaître ». L’éditeur de parfums se confie également sur ses souvenirs olfactifs, de l’odeur du métro parisien (« C’est l’odeur de mon enfance ») à l’Eau sauvage de Dior (« J’ai grandi en portant ce parfum »).

De souvenirs olfactifs, il est aussi question dans le Ted Talk donné par la parfumeure américaine Holladay Saltz, qui a fondé la marque de niche Apoteker Tepe. Interrogeant régulièrement des gens sur leurs madeleines de Proust, elle s’est rendue compte que beaucoup d’entre eux citaient… des détergents, assouplissants et autres produits d’entretien. Ce qui la conduit à s’interroger sur l’influence des marques sur notre mémoire olfactive, nos émotions, nos comportements, et même notre cerveau.

« Demain, toutes les marques s’empareront du pouvoir du parfum », prophétise d’ailleurs le fondateur de l’agence de marketing olfactif Emosens sur le site Influencia. « Alors que l’on connaît parfaitement et depuis longtemps les effets de l’odorat sur la mémoire et l’humeur, c’est paradoxalement le sens qui a été, jusque-là, le moins exploité commercialement », note-t-il. Confidentiel il y a encore quelques années, le marketing olfactif gagnerait de plus en plus de terrain, jusqu’aux cliniques et aux appartements témoins, dans un monde « où prime l’expérience ».

Les nouvelles attentes des consommateurs sont en train de redistribuer les cartes du marché de la parfumerie, comme le souligne un état des lieux très complet publié sur le site The Good Life. Entre la parfumerie sélective qui tend à s’essouffler, plombée par un manque d’inspiration et une distribution qui montre des signes de faiblesse, et les marques de niche qui connaissent une croissance soutenue, le fossé va-t-il se combler ? La voie du succès est en tout cas ouverte pour des projets hybrides comme les parfums H&M, marchant dans les pas de Jo Malone, mais à prix fast fashion.

Pour terminer cette revue de presse, un podcast du site Perfumer and Flavorist consacré à l’anosmie (en anglais), à l’occasion de la journée mondiale consacrée à ce trouble de l’olfaction, qui avait lieu le 27 février. L’universitaire Nancy Rawson y évoque notamment les dernières avancées de la science pour protéger et restaurer notre odorat, et l’importance de faire travailler et de cultiver son nez.

Et c’est ainsi que les mouillettes ne servent pas qu’à déguster les œufs !

Virginie Roux : « La Place veut donner du sens au parfum »

Rencontre avec Virginie Roux, créatrice d’un espace culturel dédié au parfum : La Place.

S’offrir un flacon d’une marque tellement niche qu’on ne la trouve nulle part ailleurs en France, assister à la performance d’une danseuse inspirée par des parfums, écouter une conférence sur les femmes parfumeurs, participer à une séance de méditation olfactive… Autant de possibilités offertes par La Place. Niché depuis septembre dans une rue discrète du quartier Montorgueil à Paris, cet espace hybride entre parfumerie, galerie d’art et espace de conférences a été imaginé par Emmanuel Pierre, architecte et designer, et Virginie Roux, fondatrice de la marque Au pays de la fleur d’oranger. Elle a répondu aux questions de Nez.

La Place, Art et parfum

Comment définissez-vous La Place ?

C’est une sorte d’incubateur pour des créatifs talentueux, mais aussi une galerie d’art, un think tank, un centre culturel et artistique… Notre concept est évolutif, comme une installation ! L’idée qui nous a guidés, c’est que l’union fait la force. Après avoir fondé ma propre maison, Au pays de la fleur d’oranger, je rencontrais beaucoup de petites marques sur des salons qui me disaient « J’aimerais avoir une boutique à Paris, mais c’est impossible ». Nous avons tous les mêmes problèmes de communication et de finance. Il faut donc mutualiser. J’ai décidé de créer ce lieu avec Emmanuel en se distinguant de ce qui existe déjà : nous ne sommes pas une simple parfumerie, mais nous voulons donner du sens au parfum. En le confrontant à divers arts (sculpture, peinture, photo, mais aussi danse, musique, poésie), et en organisant des événements autour de la culture olfactive, des conférences, des ateliers, des expositions, des vernissages… Cela fait de La Place un lieu de rencontre, un lieu pour être visible, pour s’exprimer, pour recevoir sa clientèle. De ces rencontres, il y a des projets communs qui naîtront. Nous essayons d’être une référence, « the place to be ». Notre concept hybride intrigue beaucoup de grandes marques qui viennent voir ce que nous proposons.

Quels sont les prochains événements à venir ?

Nos expositions durent à peu près un mois : après les œuvres de la sculptrice Cristina Marquès et du peintre Ray Renaudin consacrées à la vibration, nous accueillons à partir du 3 mars la photographe Anna Shumanskaia, qui a travaillé sur la nudité au féminin. L’exposition donnera lieu à des performances les 8, 16 et 21 mars.

Côté olfactif, dès le 6 mars, Eléonore de Staël, parfumeur qui avait remporté le premier concours Corpo 35 et qui travaille en 100% naturel, nous proposera une approche ludique sur le thème du voyage intérieur. Quelle résonance peut avoir le parfum dans notre quotidien ? Il y aura douze matières premières à découvrir, associées à certaines vertus (l’ancrage pour le vétiver, la joie pour l’ylang ylang…) et quatre créations d’Eléonore élaborées entre autres avec ces matières. Le jeu sera de retrouver quel parfum correspond à quelle vertu. Le 12 mars, sa mère, qui est professeur de yoga, animera une séance de méditation olfactive pour préparer le corps à recevoir le parfum.

Puis en mai nous avons prévu une exposition avec des œuvres de sept artistes dédiées à la fleur et au parfum, et une autre sur la Provence, ce qui permettra de parler de Grasse et du classement des savoir-faire liés aux parfums au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco.

Et concernant les conférences ?

Nous recevrons à nouveau l’historienne Annick le Guérer, qui nous parlera des épices dans le parfum le 7 mars à 18h, et des routes de l’encens le 9 avril à 18h. Eléonore donnera pour compléter son exposition une conférence sur le parfum au naturel 9 mars à 18h. Jérôme Dinand nous apprendra tout sur l’Asie et l’art du flacon le 26 mars à 18h. Je précise que toutes nos conférences sont gratuites.

Comment êtes-vous arrivée dans le monde du parfum ?

Il a fallu tout un cheminement, parce que je suis juriste à la base ! D’ailleurs aujourd’hui je continue à conseiller des start up dans des domaines hors parfum, notamment tournées vers l’Afrique.

Mais ma famille était productrice de fleur d’oranger et de rose en pays grassois, et j’ai créé ma marque Au pays de la fleur d’oranger il y a vingt ans. Quand j’ai commencé, on me regardait avec de grands yeux : la tendance à l’époque était plutôt à la rose, et on parlait très peu de fleur d’oranger. Surtout, dans l’imaginaire de la plupart des gens, la Côte d’Azur, ça reste la lavande. Alors qu’elle pousse bien plus haut… Le pays de Grasse, ce sont plutôt les agrumes, le jasmin, la rose, le mimosa, l’oranger. Je voulais amener les gens dans ce terroir. Au début je faisais des cosmétiques, de l’alimentaire, puis j’ai lancé mes propres créations avec des parfumeurs, en gardant cette idée de mise en valeur d’un terroir, puis en menant une réflexion sur la filiation, à travers l’Eau de Madeleine, hommage à ma grand-mère, ou L’Eau de Gina, ma mère d’origine italienne. La thématique du droits des femmes et de leur liberté est aussi une constante, avec l’Eau de Virginie lien vers AOA 2018, une tubéreuse contrastant avec un mimosa très animal, Liberté Bohème, Poudre de Liberté… On retrouve finalement la juriste.


La Place
9 rue Française
75002 Paris

Du mardi au samedi 13h15-20h15, le dimanche 14-18h

La liste des marques à retrouver à La Place : Au Pays de la fleur d’oranger, July of St Barth, Absolument parfumeur, Maison Micallef, Paul Emilien, Rose et Marius, Hersip, Rosendo Mateu, Promenade à Auvers, Coquillete Paris, Affinessence, Pont des arts, Elementals, Scentys, State of Mind, Le Jardin retrouvé, Eutopie.

Et les publications de Nez éditions bien sûr !