Retour sur le congrès Olfaction & Perspectives 2019

L’odorat et l’olfaction vus à travers le prisme des innovations scientifiques, de la culture, des enjeux de santé, mais aussi d’éducation : la 4e édition du congrès Olfaction et perspectives avait lieu le 14 mars dernière, à l’initiative de la Cosmetic Valley et de l’Isipca. Au programme, des présentations de chercheurs et de professionnels du secteur pour faire le point sur l’avancée des connaissances concernant ce sens de moins en moins méconnu.

La journée a commencé avec un état de l’art des innovations pour l’extraction des matières premières naturelles pour la parfumerie par Xavier Fernandez, chimiste spécialisé dans les substances odorantes et professeur à l’Université de Nice Côte d’Azur, et Xavier Brochet, directeur de l’innovation pour les naturels chez Firmenich. Le plébiscite du naturel, le respect de l’environnement et le développement durable devenant des préoccupations de plus en plus importantes pour les consommateurs et un argument commercial pour les marques, l’industrie cherche des solutions plus vertes pour extraire ces matières. De la recherche de nouveaux solvants alternatifs (utilisés pour obtenir absolues, concrètes et résinoïdes), notamment issus de la valorisation de déchets, à l’utilisation d’ultrasons ou de micro-ondes pour rendre plus performantes l’action des solvants ou la distillation (utilisée pour obtenir les essences), « les techniques existent, mais restent pour le moment confidentielles ».

Denis Poncelet, consultant et spécialiste de la microencapsulation, a ensuite évoqué les applications au parfum de ce « piégeage » d’une molécule au sein de microparticules (scratch and sniff, textiles parfumés…).

Toujours dans le domaine des innovations scientifiques et technologiques, Jean-Marie Heydel, professeur de biochimie et de biologie moléculaire à l’Université de Bourgogne, a fait part de ses travaux sur la biotransolfaction. Ses recherches tendent à montrere que les enzymes de biotransformation présents dans notre nez, qui ont un rôle détoxifiant et servent à protéger tissu olfactif, bulbes olfactifs et cerveau, auraient également un rôle dans notre perception olfactive.

Eugénie Briot
Eugénie Briot : « Pourquoi notre cerveau accepte-t-il que dans les publicités pour le parfum, les fleurs tombent du ciel et les gens volent ? Parce le parfum est un attribut divin » -Image : Cosmetic Valley, Cécile Muzard

Le parfum, attribut divin

Les présentations ont pris un tour sociologique et culturel avec Eugénie Briot, historienne et responsable des programmes de l’école de parfumerie de Givaudan – et membre du Collectif Nez -, et Aurélie Dematons, fondatrice de Le Musc & la Plume, agence de conseil en création de parfums. « Pourquoi notre cerveau accepte-t-il que dans les publicités pour le parfum, les fleurs tombent du ciel et les gens volent ? Parce le parfum est un attribut divin », a expliqué la première. Le marketing reprend à son compte les pouvoirs qui lui sont attribués depuis l’Antiquité. Historiquement instrument de communication entre les hommes et les dieux, le parfum devient dans la publicité un outil de communication entre les hommes, c’est-à-dire de séduction. Vu comme un médicament jusqu’aux découvertes de Pasteur, il soigne désormais les maux de l’âme, de Gabrielle à La vie est belle. Dans tous les cas, « se parfumer, c’est s’élever au dessus de sa condition de mortel pour toucher à l’univers des Dieux ».

Aurélie Dematons a fait l’année dernière un tour du monde des plantes à parfums en famille, allant à la rencontre de producteurs comme de consommateurs, du « silence olfactif japonais » à la « saturation odorante indienne ». L’occasion de mesurer les différences culturelles de perception d’un pays à l’autre : parfum et odeurs sont avant tout associés aux cérémonies religieuses en Inde, à la médecine en Chine, à des rites païens dans les Andes… et à la consommation de produits d’hygiène et alimentaires aux Etats-Unis.

Aurélie Dematons
Aurélie Dematons – Un tour du monde des plantes à parfums -Image : Cosmetic Valley, Cécile Muzard

L’après-midi, les intervenants se sont penchés sur les aspects santé et bien-être liés à l’odorat. « La joie, le bonheur, l’amour, seraient-ils contagieux via notre nez ? » Nathalie Broussard, responsable de la communication scientifique chez Shiseido, a évoqué le rôle de l’olfaction dans les émotions positives, une étude de la marque montrant que sentir une odeur corporelle correspondant à un état de bien-être provoque chez le cobaye une microrelaxation.

« Ça sent la crêpe »

Puis dans un registre médical, Gérald Valette, chirurgien et oncologue au CHRU de Brest, et Édouard Vaury, responsable développement de la société de marketing olfactif Exhalia, ont présenté leur projet de borne digitale de dépistage des troubles olfactifs, destinée à permettre une prise en charge plus précoce des maladies neuro-évolutives, et Sylvia Cohen-Kaminsky, immunologiste et directrice de recherche au CNRS, a partagé les dernières avancées concernant le nez électronique. Cet outil qui analyse l’haleine des patients pourrait révolutionner le diagnostic de certaines maladies, l’hypertension artérielle pulmonaire ou certains cancers par exemple, provoquant la libération de composés organiques volatiles spécifiques par les malades et donc une « signature olfactive » particulière.

Dernier thème abordé : celui de l’éducation et de l’apprentissage. Maryse Delaunay-El Allam, maître de conférences en psychologie à l’Université de Caen, a exposé ses recherches sur les connaissances olfactives des enfants. Il apparaît que dès la période néonatale, ils discriminent les odeurs et manifestent des préférences, puis apprennent au fil des ans à les catégoriser voire à les identifier – souvent en se référant à la source de l’odeur, ce qui fait dire par exemple à une petite fille que la fleur d’oranger « ça sent la crêpe ». Sophie Nicklaus, directrice de recherche à l’INRA et spécialiste de la construction des préférences alimentaires du jeune enfant, a quant à elle montré que l’olfaction était déterminante dans la construction de ces préférences : la néophobie alimentaire, c’est-à-dire le rejet des aliments nouveaux, est ainsi davantage liée à l’odeur de certains aliments (poisson, fromage…) qu’à leur saveur.

Roland Salesse, à l’origine du Laboratoire de Neurobiologie de l’olfaction de l’INRA, a conclu la journée en insistant sur la nécessité d’une éducation olfactive, à la fois enjeu de santé via l’alimentation et la médecine, outil de développement cognitif (sentir exerce la concentration et la mémoire), et source de plaisir esthétique – une importance dont les lecteurs du site de Nez sont probablement déjà convaincus.

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