Nez, la revue… de presse – #7 – Où l’on apprend que les espadrilles peuvent sentir bon

Au menu de notre revue de presse : le vétiver d’Haïti, la fleur d’oranger de Vallauris, les parfums de Chypre et l’Osmothèque de Versailles.

Cette semaine, la revue de presse vous fait voyager. Vers la lointaine Haïti d’abord, grâce à un reportage de la chaîne Martinique la 1ere sur le vétiver. Tourné après le passage de l’ouragan Matthew qui a ravagé la côte sud de l’île en octobre 2016, il se penche sur ces « grandes touffes d’herbes qui recouvrent toutes les pentes des collines », poussent où rien ne pousse, et résistent à tout, y compris aux cyclones. Des champs autour de Debouchette aux distilleries des Cayes, la racine de vétiver fait vivre 60000 personnes, et est devenue vitale pour l’économie du pays, qui en est le premier producteur mondial. La finesse de son essence boisée, terreuse, légèrement fumée, aux accents de pamplemousse, en fait la favorite des parfumeurs depuis la quasi disparition du vétiver Bourbon de la Réunion.

Voyage encore vers Chypre, qui a inauguré un parc éducatif sur le thème du parfum, rapporte l’agence Associated Press. Plus de 4000 ans avant la création du Chypre de François Coty, qui a donné son nom à une famille olfactive, l’île était réputée dans toute la Méditerranée pour la qualité de ses créations, convoitées jusqu’en Égypte. Les fouilles de l’archéologue italienne Maria Rosaria Belgiorno ont permis de mettre au jour une des plus anciennes fabriques de parfums du monde, datant de l’âge de bronze. Le parc s’inspire de ses travaux pour présenter au visiteur les matières premières utilisées à l’époque, les différentes techniques d’extraction et de production, et même la reconstitution d’un « laboratoire », où on peut distiller herbes et ingrédients locaux dans des jarres d’argile traditionnelles.

Voyage toujours, plus près de nous, à Vallauris, près de Grasse, où Chanel veut relancer la filière de la fleur d’oranger, nous dit France 3. Il y a un siècle, plus de 300 producteurs cultivaient le bigaradier, ou oranger amer, dont les fleurs permettent d’obtenir l’essence de néroli et l’absolue de fleur d’oranger. Il en reste aujourd’hui moins d’une trentaine, dont la famille Mul, qui travaille en partenariat avec Chanel depuis 1987. La marque de couture souhaite développer cette production devenue très confidentielle, et passer de 5 tonnes de fleurs récoltées chaque année à 50 d’ici 10 ans. Elle a lancé dans ce but un programme de plantation de 600 arbres d’ici 2020.

Voyage enfin, mais dans le temps cette fois, avec l’Osmothèque, ce conservatoire de la parfumerie unique au monde que Grazia a visité à Versailles. Fondée en 1990 par Jean Kerléo, parfumeur de la maison Jean Patou, cette « Bibliothèque nationale » du parfum s’est donnée pour mission de recenser tous les parfums existants, mais aussi ceux qui ont marqué l’histoire mais ne sont plus commercialisés (ou ne l’ont jamais été). Grâce au travail des osmothéquaires, il est ainsi possible de découvrir des reconstitutions du parfum de Pline l’Ancien, de l’eau de la reine de Hongrie, premier parfum à base d’alcool, créé au XIVe siècle, ou du fameux Chypre de Coty, parmi plus de 800 grands disparus.


Les odeurs peuvent être associées aux voyages, on vient de le voir, mais elles font aussi partie de notre quotidien. Nous sommes nombreux à apprécier les effluves chaleureux d’un bon café, que nous en buvions ou non. Mais les accros à la caféine en perçoivent le parfum plus rapidement que les autres, selon une étude du département de psychologie de l’Université de Portsmouth parue dans la revue Experimental and clinical Psychopaharmacology. Mieux : plus ils ont envie de café, plus leur odorat s’aiguise. Des conclusions qui pourraient aider à concevoir des thérapies pour les personnes dépendantes au tabac ou au cannabis.

Tout aussi banale mais généralement moins appréciée : l’odeur de pieds. Dans les années 80, les Nuls mettaient les espadrilles au banc des accusés dans un clip resté célèbre. Trente ans plus tard, une marque de Perpignan riposte grâce à « l’espadrille qui sent bon ». Depuis l’année dernière, Payote propose des modèles dont la toile intègre des microcapsules diffusant une fraîche et saine odeur de pamplemousse, lit-on sur le site de France 3. Nouveauté de cette année : un « Espaspray » qui allie notes de pamplemousse, menthe verte et muscs blancs, « pour retirer ses espadrilles en toute confiance ».

Les odeurs ont toujours fait partie de notre quotidien, mais elles l’envahissent littéralement maintenant que tout est parfumé, pointe Lavanya Ramanathan dans le Washington Post. Hôtels, gares, boulangeries, boutiques, parcs de loisir, voire immeubles d’habitation… Pourquoi le parfumage devient-il la règle dans de plus en plus d’espaces ? Parce que « les odeurs sont les ninjas du marketing », souligne Spence Levy, le fondateur de l’agence de marketing olfactif Air Esscentials. « Les gens sont bombardés de messages visuels. Nous avons trouvé un autre moyen de créer une empreinte dans leur cerveau. » Mais cela n’explique pas le développement exponentiel du marché des parfums d’ambiance et bougies parfumés dont nous imprégnons nous-même nos intérieurs. Karen Dubin, fondatrice de la communauté Sniffapalooza, a sa petite idée : « Le parfum est et a toujours été la promesse d’une vie meilleure ».

Et c’est ainsi que les mouillettes ne servent pas qu’à déguster les œufs !

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