Olga Alexandre

Olga Alexandre : « Les odeurs permettent d’éveiller certaines réponses émotionnelles »

Diplômée en neuropsychiatrie et biochimie fine, Olga Alexandre a mis au point une méthode de thérapie olfactive qu’elle a nommée OSTMR (Olfactory Stimulation Therapy and Memory Reconstruction). Elle a aussi créé, avec son mari, une parfumerie de niche à Bruxelles, Parfum d’Ambre, dirige le laboratoire Kansole Lux, et enseigne à l’Ecole supérieure du Parfum (ESP). Autant de raisons pour Nez de s’entretenir avec elle !

Comment avez-vous commencé à vous intéresser aux odeurs et aux parfums ?

Quand nous avons créé Parfum d’Ambre avec mon mari en 2012, j’étais une grande passionnée de parfums de niche depuis des années. J’aimais leur prise de risque, le fait d’amener les gens à ressentir des sensations inhabituelles. Une des premières marques qui a retenu mon attention a été Miller Harris, puis Comme des garçons. Dans notre galerie de parfums rares, nous apprenons à sentir autrement : je ne parle jamais de pyramide olfactive par exemple. Nous nous intéressons à ce que la personne ressent en face d’un parfum, ce qu’il lui procure, où il peut l’amener. Quand j’ai commencé à animer des ateliers pour décrypter le langage des odeurs, je me suis aperçu que ces dernières pouvaient réveiller des traumas. Et j’ai commencé à m’intéresser à l’influence des odeurs sur nos comportements.

Pouvez-vous nous expliquer la méthode OSTMR ?

C’est une méthode de coaching et de thérapie olfactive qui repose sur l’idée que les odeurs peuvent être utilisées pour un travail sur soi et sur ses émotions, mais aussi dans un but thérapeutique, pour traiter la douleur, les problèmes de mémoire, etc. Nous commençons à construire notre mémoire olfactive avant même notre naissance, in utero. C’est pourquoi des odeurs, que j’appelle stimuli, associées à des souvenirs parfois très anciens, permettent d’éveiller certaines réponses émotionnelles, d’identifier nos problèmes ou blocages, et de les résoudre.

Comment se déroule une séance ?

Tout dépend de la pathologie, mais le principe général reste le même. Je teste d’abord le seuil de perception de la personne, puis je lui fais sentir des stimuli. Ça peut être la banane, l’herbe coupée, l’odeur après la pluie, mais aussi des odeurs abstraites comme celle du silence, de l’envol, ou du labyrinthe, qui sont créées par des parfumeurs. A chaque stimulus, j’écoute les gens, j’observe leur attitude corporelle, leurs réactions émotionnelles, et même leur rythme cardiaque. Celui qui fait réagir nous donne une clé d’accès à ce qu’il faut travailler.

À qui votre méthode s’adresse-t-elle ?

On peut traiter le stress, les troubles anxieux, la dépression, le burn out, les phobies, les TOC, les troubles alimentaires, le syndrome de stress post-traumatique, mais aussi utiliser la méthode dans le cadre de soins palliatifs…

C’est ce que vous avez fait avec des enfants gravement malades pendant trois ans : en quoi consiste le projet « Parfum des Anges » ?

C’est un projet humanitaire, basé sur la thérapie OSTMR, que j’ai mené en Biélorussie, à l’hospice pour enfants de Minsk. Il s’agit de créer des stimuli sur mesure pour chaque enfant malade, et chaque membre de sa famille. Cela permet d’accompagner les enfants, dont on améliore la qualité de vie, en facilitant leur sommeil, en stimulant leur appétit, en diminuant leur stress et leur perception de la douleur. Mais aussi les parents, en améliorant l’état psycho-émotionnel de la famille. Pour créer ces compositions, j’ai travaillé avec des parfumeurs comme Bertrand Duchaufour, Marc-Antoine Corticchiato, Michel Roudnitska, Geza Schoen, Antonio Alessandria, Karine Chevallier ou Spyros Drosopoulos, et avec des étudiants de l’ESP, où je donne des cours de parfumerie thérapeutique. Nous utilisons des matières premières naturelles dont on connaît l’effet thérapeutique, mais aussi des matières de synthèse : l’aromachologie est un des aspects de la méthode OSTMR, mais ce n’est pas tout, la mémoire olfactive est primordiale.

Pouvez-vous nous donner des exemples de quelques-uns de ces stimuli ?

Il y avait parmi les patients une petite fille de 10 ans qui devait subir une opération, et qui était tellement anxieuse qu’elle tombait malade à chaque fois avant que celle-ci puisse avoir lieu. Nous avons créé un stimulus rappelant ses souvenirs de petite enfance, un bouquet floral de jasmin et d’osmanthus avec des touches de framboise et de cerise, légèrement gourmand, acidulé et rassurant. Il lui a permis de se sentir en sécurité et d’entrer dans un état de relaxation profonde qui a facilité l’opération.

Daria – Après son opération – Parfum des Anges

Je pourrais aussi vous parler de ce petit garçon qui souffrait d’atrophie musculaire sévère, et qui devait faire des séances avec un kiné pour étirer ses membres. Grâce à un stimulus, il a pu commencer à faire des séances plus longues et sans prendre d’antidouleurs : il ne percevait plus la douleur de la même façon. C’était cette fois un accord vert, frais, de feuillage gras, de figue, d’évasion. Il nous avait dit : « Avant, je ne savais pas comment sentait le printemps ; maintenant je le sais ». La capacité des parfumeurs à interpréter des émotions avec justesse est extraordinaire.

Avez-vous d’autres projets pour continuer à développer la méthode OSTMR ?

Nous allons en effet mettre en place des protocoles pour enfants malades en France et en Belgique. Et depuis 2018, je propose une formation à la méthode OSTMR en partenariat avec l’ESP. Jusqu’ici, elle était destinée aux psychologues cliniciens et psychothérapeutes. A partir du 15 octobre, elle sera aussi ouverte aux professionnels du parfum, comme les aromathérapeutes et parfumeurs.

Propos recueillis le 5 septembre 2019

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

bonjour,
Mon mari m’avait offert une séance dans cette parfumerie de niche. J’avais réellement envie de changer du parfum qui m’accompagnait depuis très longtemps. Je me suis retrouvée dans une séance tout à fait bizarre d’approche pseudo-psy qui ne m’a rien révélée sur ce que j’aimais et qui m’a été tout à fait désagréable vu le questionnement trop intime. Je pensais vivre un moment léger et de senteurs nouvelles. J’en suis ressortie assez dépitée. Je n’ai absolument rien contre l’approche psy quand médicalement on en éprouve le besoin et quand on décide de faire la démarche mais pas dans une recherche de parfum. Je ne nie pas que les odeurs nous rapprochent de nos émotions mais je doute quant à la qualité d’une psychothérapie liée à cette démarche.