Madagascar, un terrain d'expérimentation unique - Suzy Le Helley (Symrise) - Nez le mouvement culturel olfactif
Suzy Le Helley - Symrise

Madagascar, un terrain d’expérimentation unique – Suzy Le Helley (Symrise)

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Enjeu souvent crucial pour les maisons de composition, les ingrédients naturels peuvent inspirer à ces dernières des initiatives ambitieuses, où s’exprime autant leur volonté d’innover sur un plan olfactif que celle de mettre en place et de valoriser des filières pérennes et transparentes. À Madagascar, terroir unique au monde pour de nombreuses plantes à parfum comme la vanille, les équipes Symrise s’attellent ainsi à développer des ingrédients inédits. Suzy Le Helley, parfumeur, raconte l’histoire et les enjeux de cette collaboration étroite avec les paysans producteurs de l’île.

Comment est née l’idée de faire de Madagascar un lieu privilégié pour les naturels de Symrise ?
Au départ, la raison de notre présence, c’était la vanille. Originaire du Mexique, celle-ci est cultivée depuis le début du XXe siècle sur l’île, qui en est aujourd’hui le premier producteur mondial. En 2003, notre division arômes s’y est installée et, en 2014, nous avons inauguré notre propre usine d’extraction et de distillation. En parallèle, des parfumeurs se sont rendus sur place pour rencontrer certains de nos quelque 7 000 paysans partenaires et comprendre comment nous pouvions diversifier nos activités sur ce terroir unique, où poussent notamment beaucoup d’autres plantes à parfum, épices et bois. Il faut savoir que la vanille constitue pour les locaux une source de revenus soumise à des fluctuations importantes, mais aussi saisonnière : de janvier à juillet, une fois les fleurs pollinisées, il n’y a rien à faire qu’attendre… Pourtant, pendant ce temps-là, on peut cultiver et récolter beaucoup d’autres choses ! Nous avions à cœur de valoriser le temps et le sol de ces agriculteurs avec qui nous avons noué une relation de confiance.

De quelle façon cette ambition s’est-elle concrétisée ?
Sur l’île, les plantes sont déjà largement utilisées pour leurs vertus
thérapeutiques, notamment sous forme d’huiles essentielles. Beaucoup de
distillateurs locaux possédaient donc des alambics de brousse. Nous avons fait des premiers essais de distillation sur place, puis avons cherché à améliorer les pratiques afin que les essences correspondent olfactivement aux exigences de la parfumerie fine. Nous déterminons quel type de sol est le plus adapté pour telle plante, combien de temps il faut la faire sécher, comment la broyer, l’extraire… Pour cela, nous avons investi dans des terrains et des fermes où nous menons des projets d’expérimentation qui influencent directement le développement de nos produits. Nous réalisons cet apprentissage technique main dans la main avec les locaux depuis cinq ans, aiguillés par nos parfumeurs. Nous avons ainsi développé toute une collection de matières premières.

Au-delà de la vanille, que peut-on y trouver ?
Du gingembre, de la cannelle, de l’ylang-ylang, du vétiver, du patchouli, mais aussi des ingrédients plus originaux comme la feuille de baie rose, qui n’était pas utilisée en parfumerie jusqu’à présent, de la citronnelle rouge, de la Bay Saint-Thomas, ou encore un poivre que l’on distille sur place, frais, pour obtenir une essence à l’odeur verte, proche de celle du petit pois. Et nous avons enfin une mandarine unique sur le marché, obtenue par expression manuelle, qui est un bon exemple de la singularité que l’on peut apporter à une matière triviale.

Quels sont pour vous les enjeux de ces initiatives ?
Traditionnellement, Symrise est plus associé à la chimie et à la technologie qu’aux naturels. Madagascar constitue un pilier de notre stratégie de développement dans ce domaine, stratégie à laquelle nous nous consacrons de façon très engagée depuis quelques années. Il s’agit d’amplifier, d’améliorer et d’enrichir notre palette d’ingrédients, mais aussi de pérenniser des filières parfois fragiles, afin d’assurer des qualités constantes. Enfin, cela nous permet d’avoir un discours de transparence envers nos clients, ainsi que des produits traçables. Après des années où le marché des naturels a été dominé par des traders, on a de nouveau envie de savoir d’où proviennent les ingrédients, comment et par qui ces derniers sont cultivés. Madagascar nous aide à lever le voile sur les coulisses de nos naturels.

Cet entretien est tiré de :
Le Grand Livre du parfum – Pour une culture olfactive, 2e édition augmentée, 240 pages, Collectif, Nez éditions, 2020, 30€

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