Patricia de Nicolai - Osmothèque

L’Osmothèque – Patricia de Nicolaï, parfumeur et ancienne présidente de l’Osmothèque

Également disponible en English

Bien plus qu’une banque de formules qui ne vivrait que par et pour l’industrie, l’Osmothèque abrite des parfums qui habitent la vie et les souvenirs du grand public. Qu’ils soient encore en vente ou bien disparus, ceux-ci sont autant de fragments d’une grande mémoire collective : en les mettant à la disposition de tous, ce conservatoire international des parfums permet de découvrir un patrimoine universel mais aussi, parfois, de réactiver des émotions intimes, liées au vécu de chacun. Parfumeur et présidente de l’Osmothèque depuis 2008*, Patricia de Nicolaï détaille le fonctionnement de ce projet aussi important qu’unique en son genre, qui cherche aujourd’hui des moyens pour pérenniser son activité.

L’Osmothèque attire de nombreux visiteurs professionnels, mais aussi des amateurs. Comment ces derniers peuvent-ils accéder aux parfums qui y sont conservés ?

L’Osmothèque ne se visite malheureusement pas comme un musée. Qui sait, peut-être qu’un jour ce sera le cas ! Pour sentir des parfums, il faut s’inscrire à l’une de nos conférences, sur notre site. Lors de chacune de celles-ci, le public est amené à découvrir des créations disparues. Un participant peut également faire une demande particulière par téléphone. On lui fera alors sentir, à la fin de la séance, le parfum qu’il recherche, si nous l’avons.

De quelles ressources humaines disposez-vous ?

Nous avons une chargée de mission, une apprentie, ainsi qu’un autoentrepreneur qui nous aide à la gestion de la collection et à la préparation des conférences. Le reste du travail est assuré par des parfumeurs bénévoles, qui viennent à tour de rôle, animer les séances et assister, chaque mois, à des réunions où nous réfléchissons à l’amélioration et à la diversification de nos conférences, ainsi qu’au suivi olfactif de la collection. Aujourd’hui, nous avons plus de 4 500 parfums et assurons plus d’une centaine de conférences par an. Jamais une si petite équipe n’a été en charge d’une si grande mission ! 

Quel est votre modèle économique ?

La chambre de commerce de Paris et la Fédération des entreprises de la beauté (Febea) nous versent des subventions. Elles sont les partenaires fondateurs de l’Osmothèque avec la Société française des parfumeurs (SFP), dont l’Osmothèque émane. Récemment, la Société internationale des parfumeurs-créateurs (SIPC) a rejoint le conseil d’administration. Le reste de nos ressources provient des conférences que l’on donne, des livres et coffrets que l’on vend, ainsi que des dons, qu’il s’agisse des adhérents de la Société des amis de l’Osmothèque (SAO), d’entreprises ou de particuliers. On se débrouille avec ça, mais c’est fragile. Il nous faut plus de moyens : nous souhaitons notamment nous installer à Paris, pour gagner en visibilité, et faire grossir l’équipe. Nous représentons le patrimoine de notre profession, l’équivalent de la Bibliothèque nationale de France pour les parfums. Les marques et les maisons de composition doivent comprendre cela et nous aider de façon plus efficace.

Par quels moyens arrivez-vous à vous procurer des matières premières disparues pour reconstituer certains parfums qui en contiennent ?

Pour les matières animales qui n’existent plus, comme le musc, nous avons des stocks, ainsi que pour d’autres ingrédients devenus rares. Quant aux produits très chers, comme le jasmin pays [de Grasse] ou la rose de mai, certaines sociétés nous envoient généreusement les quelques grammes dont nous avons besoin. Nous avons un partenariat – dont la vocation est de se développer – avec le département chimie de l’université de Versailles, qui reproduit pour nous certaines molécules qui n’existent plus. Et nous pouvons aussi compter sur des maisons de composition pour nous refaire des bases disparues. Actuellement, nous les sollicitons pour nous repeser des formules anciennes de grands parfums ayant marqué leur époque, afin d’avoir à disposition des originaux frais. Givaudan a confié ce travail délicat à deux de ses parfumeurs, c’est un pas formidable pour l’avenir de l’Osmothèque. On espère que d’autres sociétés leur emboîteront le pas.

  • Notre entretien a été réalisé en mars 2020. En juillet de la même année, Patricia de Nicolaï s’est retirée de la Présidence de l’Osmothèque au profit du parfumeur Thomas Fontaine

Cet entretien est tiré de :
Le Grand Livre du parfum – Pour une culture olfactive, 2e édition augmentée, 240 pages, Collectif, Nez éditions, 2020, 30€

Commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Avec le soutien de nos grands partenaires