La fabrication d'un parfum - Cristina Castellanos (Iberchem) - Nez le mouvement culturel olfactif
Cristina Castellanos - Iberchem

La fabrication d’un parfum – Cristina Castellanos (Iberchem)

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Une fois que la création d’un parfumeur est validée par une marque, comment passe-t-on au parfum produit à grande échelle ? Quelles sont les étapes de la pesée ? À quel moment interviennent les contrôles qualité ? Directrice des opérations chez Iberchem à Murcie, dans le sud-est de l’Espagne, Cristina Castellanos nous détaille le processus de fabrication au sein de cette société de composition espagnole spécialisée dans la parfumerie fine et fonctionnelle.

Avant la fabrication, comment contrôlez-vous les matières premières ?

Les ingrédients subissent une série de tests quand ils arrivent à l’usine. On les soumet à une évaluation organoleptique pour vérifier leurs qualités olfactives, puis on mesure leurs propriétés physiques, comme la densité ou l’indice de réfraction, qui doivent correspondre à des standards. On les analyse enfin à l’aide d’un chromatographe permettant de vérifier la pureté de leur composition, notamment la présence de molécules comme les allergènes, qui ne doivent pas dépasser un certain niveau préalablement établi. Le stockage est ensuite un enjeu essentiel pour que les matières premières gardent leurs propriétés. Les agrumes sont conservés au froid, par exemple.

Quels sont les défis engendrés par la production d’un parfum à grande échelle ?

La fabrication du concentré est un processus relativement simple, qui est réalisé à température ambiante et sous pression atmosphérique. La principale difficulté tient à la quantité et la diversité des matières premières utilisées dans une formule. Il faut manipuler et mélanger une multitude d’ingrédients naturels et synthétiques, les uns liquides, comme une huile essentielle de néroli, d’autres solides, notamment la vanilline ou la coumarine qui se présentent sous la forme de cristaux, et enfin certains visqueux, comme les molécules de santal synthétique, par exemple. Lors du processus de fabrication, toutes les matières passent à l’état liquide : celles qui le sont déjà sont intégrées à température ambiante, les autres sont chauffées.

Quelles normes de sécurité et de qualité doivent être respectées lors de la pesée ?

De nombreux produits sont utilisés, il est donc important d’éviter toute contamination : nous sommes tenus de nous assurer que le concentré ne contient aucune trace de composés qui ne doivent pas y figurer. Dans ce but, nous employons un système de canaux indépendants pour amener la plupart des matières premières jusqu’au robot qui effectue la pesée. Quant aux ingrédients qui ne sont pas utilisés assez fréquemment pour nécessiter un canal spécifique, ils sont pesés à la main, avec des outils à usage unique, pelles ou pipettes. Toujours pour éviter la contamination, nous sommes très vigilants sur le nettoyage des installations. Les contenants employés sont en acier inoxydable, un matériau inerte. Après la fabrication, les cuves dans lesquelles le concentré a été stocké subissent un lavage complet à l’aide d’eau chaude et de détergent inodore, puis un processus de séchage par air comprimé. 

La traçabilité est l’autre point crucial de la fabrication. Chaque matière première est identifiée par un code-barres qui est scanné lors de son utilisation. S’il y a une erreur d’ingrédient ou de quantité, le système informatique arrête la production automatiquement. Une fois la pesée terminée, un rapport final récapitule le numéro de lot des matières, leur date de production et de péremption, afin que toutes les informations puissent être retrouvées en cas de problème. 

De quelle manière s’assure-t-on de préserver l’authenticité de la création du parfumeur ?

À la fin du processus de fabrication, le concentré est soumis à plusieurs tests organoleptiques et chromatographiques afin de vérifier sa conformité d’un point de vue qualitatif et quantitatif. La dernière étape voit l’intervention du parfumeur qui évalue, au nez, la fidélité du concentré à la formule de départ en le comparant à un échantillon standard pesé en laboratoire.

Cet entretien est tiré de :
Le Grand Livre du parfum – Pour une culture olfactive, 2e édition augmentée, 240 pages, Collectif, Nez éditions, 2020, 30€

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