Saskia Wilson Brown

Démocratiser la culture olfactive – Saskia Wilson-Brown, Institute for Art and Olfaction

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Lorsqu’on est amateur de parfums, ou simplement curieux, comment acquérir une culture olfactive ? Par quels moyens satisfaire sa soif de connaissances dans un domaine resté longtemps mystérieux et dédaigné par les universitaires ? De nombreuses initiatives se développent depuis le milieu des années 2000. Parmi elles, l’Institute for Art and Olfaction, basé à Los Angeles, aux États-Unis. Saskia Wilson-Brown, sa fondatrice et directrice, détaille ses actions multiples, mais toutes tournées vers le même objectif : la démocratisation de l’olfaction et du parfum.

Quel est votre parcours ?

Je ne suis pas parfumeur, mais artiste. Je suis arrivée à Los Angeles pour travailler dans la production de films, où j’ai passé plusieurs années. Puis j’ai lu le livre de Chandler Burr sur le chercheur et critique de parfums Luca Turin, L’Homme qui entend les parfums (Autrement, 2004), ce qui m’a amenée à créer l’Institute for Art and Olfaction en 2012. C’est une association destinée à la démocratisation de l’olfaction et du parfum, ainsi qu’à la promotion d’une parfumerie indépendante, artisanale et en lien avec des pratiques artistiques. Cela existait pour tous les autres arts, mais pas pour le parfum. À l’époque, c’était encore un monde très fermé. En Californie, il n’y avait aucune ressource pour les personnes désireuses d’apprendre sur le sujet. 

Que propose l’Institute for Art and Olfaction ? 

Nous avons plusieurs branches d’activité. D’abord la formation, à destination du grand public, pour expliquer le monde du parfum, son fonctionnement, découvrir les matières premières, comprendre le potentiel culturel du parfum… Nous proposons pour cela des cours, conférences et ateliers animés par des parfumeurs, mais aussi des chercheurs, notamment des historiens, car nous avons de nombreuses universités prestigieuses dans la région. Les débutants peuvent commencer par des séances de quelques heures, lors desquelles ils sentent des ingrédients. Nous offrons également des formations d’un niveau plus avancé, toujours pour le grand public mais plutôt pour les passionnés, qui durent entre une et onze semaines. 

Quelles sont les autres initiatives de l’association ? 

Une partie de notre activité est consacrée à l’expérimentation créative liée à l’olfaction, par le biais de projets artistiques. Nous collaborons avec des musées et des artistes pour introduire les odeurs et le parfum dans leur pratique. Et nous organisons aussi des événements. Nous remettons chaque année des prix pour la parfumerie artistique dans le cadre des Art and Olfaction Awards. Ils récompensent à la fois des parfumeurs, des créateurs de marques indépendantes et des directeurs artistiques, mais aussi des artistes travaillant avec les odeurs, venus du monde entier. Notre salon, la Biennial Scent Fair, a lieu tous les deux ans. Et notre Experimental Scent Summit (organisé avec l’artiste Klara Ravat) propose une fois par an une journée de présentations et d’ateliers dans l’esprit des TED Talks, avec des artistes, des historiens, des parfumeurs…

Pourquoi la pédagogie est-elle si importante dans le domaine de l’olfaction et du parfum ? 

Parce qu’elle permet d’offrir un propos différent des discours marketing qui sont habituellement associés au sujet. Et surtout parce que le parfum est un art, et que tout le monde a le droit d’avoir accès à toutes les formes d’art : à la peinture, à la musique, au cinéma, à la littérature, tout comme au parfum. C’est une sphère qui peut sembler très française, ou même parisienne, et un peu fermée, mais le parfum est un phénomène mondial, qui doit être intelligible pour tous. 

Cet entretien est tiré de :
Le Grand Livre du parfum – Pour une culture olfactive, 2e édition augmentée, 240 pages, Collectif, Nez éditions, 2020, 30€

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