Nez China – 2018

A l’occasion du salon China Beauty Expo qui se tenait à Shanghai en 2018, Nez a proposé au public une édition spéciale, dédiée au parfum et la culture olfactive en Chine.

Nez has been able to provide the attendees of the China Beauty Expo trade fair, held in Shanghai in 2018, this special edition, dedicated to perfume and olfactory culture in China (in English and in Chinese).

Chinese Version

English Version

Edoardo Cogo (Amuga-Biblioteca Olfattiva) : « Je pense que Nez est un outil indispensable pour celui qui travaille dans ce secteur.» (en français – English – italiano)

Entretien avec Edoardo Cogo, gérant de la parfumerie Amuga – la Biblioteca Olfattiva à Bassano del Grappa (Vénétie).

(English version below – Versione italiana alla fine)

Cet entretien prolonge notre tour du monde des parfumeries de niche qui nous font le plaisir de distribuer les versions anglaise ou italienne de Nez. Nous vous emmenons cette fois en Italie en compagnie d’Edoardo Cogo, gérant d’Amuga – la Biblioteca Olfattiva à Bassano del Grappa (Vénétie).

 

Comment êtes-vous arrivé dans le monde du parfum?

Cela est arrivé sans que je m’en rende compte, sans même que je l’espère. D’abord, je dois dire que ma première rencontre avec les parfums a eu lieu chez moi, en particulier dans la chambre de ma mère durant ma pré-adolescence. Tout a commencé par le souvenir clair d’une suspension du temps quotidien. Nous étions dans les années 1980 et 1990. Je percevais et suivais un sillage qui, une fois que ma mère était préparée pour sortir, me guidait à la source de ce chemin de mystère et de séduction. Après avoir atteint les flacons de la coupable, je les observais, sans savoir lequel d’entre eux contenait cet appel. Ils me transportaient dans l’imagination lorsque je jouais avec eux entre mes doigts, me parlant d’endroits proches et lointains à la fois. Je sentais les capots, j’analysais leur étiquette et leurs noms. Donc j’ai compris après quelque temps, quand ma famille m’a suggéré d’ouvrir notre bibliothèque des senteurs, que ma relation avec ces anciens amis était faite pour révéler ma vocation inconsciente.

 

Quelles sont les spécificités de votre boutique?

La particularité de notre librairie des senteurs est sa sélection: des fragrances qui mettent en valeur les traits artistiques et stylistiques de l’auteur qui les a inventés. Je parle d’auteur et d’artiste car la parfumerie, tout comme la littérature, la musique ou la performance des arts visent à laisser une trace, l’expression sentimentale d’une idée. C’est une confession fréquente qui dépouille les valeurs de celui qui crée. En conséquence, ces parfums deviennent une réelle valeur ajoutée pour celui qui décide de le porter.

 

Quels sont vos coups de cœur, récents, ou de tout temps ?

Sans aucun doute, mes premières suggestions olfactives furent : Samsara eau de parfum de Guerlain (1989), Shalimar eau de parfum de Guerlain (1925), Poison de Christian Dior (1985), Royal Pavillon d’Etro (1989), Eau lente de Diptyque (1986), Gardenia de Penhaligon’s (1976), Victorian Posy de Penhaligon’s (1979), Frangipane de Santa Maria Novella (1828), Orchidée Blanche de L’Artisan Parfumeur (1985), Parfum Sacré de Caron (1991), Sacrebleu de Nicolaï (1993), Chanel No 5 eau de toilette de Chanel (1921), Premier Figuier de L’Artisan Parfumeur (1994). Maintenant, à l’époque de ma bibliothèque des senteurs, je ne peux pas manquer de mentionner Chypre Palatine de MDCI par Bertrand Duchaufour, Isvaraya de Indult par Francis Kurkdjian, Bois d’ascèse de Naomi Goodsir par Julien Rasquinet et Mandala de Masque Milano par Christian Carbonnel.

 

Qu’est-ce qui vous a fait choisir de vendre Nez dans votre boutique?

Je dois vous avouer que le design du magazine m’a immédiatement séduit. J’ai été étudiant en graphisme, donc je ne pouvais pas manquer de le remarquer ! Mais ce que j’apprécie vraiment dans cette revue est la liberté, le professionnalisme, et l’ampleur avec lesquels est abordé un sujet aussi complexe que celui de l’odorat. Je pense que Nez est un outil indispensable pour celui qui travaille dans ce secteur et veut avoir un point de vue excitant et actuel, mais aussi pour celui qui est passionné par les parfums et par la signification de l’odorat aujourd’hui.

Comment est-ce que vos clients y réagissent?

Avec enthousiasme et une authentique curiosité : ils ont enfin entre leurs mains un passe-partout de l’univers de la parfumerie et du sens de l’odorat.

Site de la boutique : www.amuga.it 


English version

How did you get into the perfume world?

It happened without me noticing or hoping. I must say first of all that the place where my first encounter with fragrances took place was my home. Especially my mother’s rooms, at the time of my pre-adolescence. It all starts with the clear memories of a temporal suspension from everyday life.

We were in the eighties and nineties. Perceiving those fragrant trails and following them, after my mother had prepared herself to leave, led me to the origin of that path of seduction and mystery. Once I had reached the guilty bottles I observed them, unaware of which of them contained that call. Turning them between my fingers they kidnapped my imagination, telling me about places far away and near at the same time. I smelled the caps, examined the labels and their names… I understood then, some time later, when my family proposed to me to open our Olfactory Library, that my relationship with these ancient friends was about to reveal my unconscious vocation.

 

What are the specificities of your shop?

The peculiarity of our Olfactory Library is the selection: fragrances that highlight the artistic and stylistic characteristics of the Author who created them. I am talking about Author or Artist because, as for literature, music and applied arts, perfume, if made to leave a mark, is the sentimental expression of an idea. A thick confession, which lays bare the values of those who create it. And, consequently, these perfumes become the real added value for those who choose to wear them.

 

What are your perfume crushes? Recent, or of all times? 

Without a doubt my first olfactive suggestions have been: Samsara Eau de Parfum by Guerlain 1989, Shalimar Eau de Parfum by Guerlain (1925), Poison by Christian Dior (1985), Royal Pavillon by Etro (1989), Eau Lente by Diptyque (1986), Gardenia by Penhaligon’s (1976), Victorian Posy by Penhaligon’s (1979), Frangipane by Santa Maria Novella (1828), Orchidée Blanche by L’Artisan Parfumeur (1985), Parfum Sacré by Caron (1991), Sacrebleu by Nicolai Parfumeur Createur (1993), Chanel No 5 Eau de Toilette by Chanel (1921), Premier Figuier by L’Artisan Parfumeur (1994). Now, at the time of my scent library, I cannot fail to mention: MDCI’s Chypre Palatine by Bertrand Duchaufour, Indult’s Isvaraya by Francis Kurkdjian, Naomi Goodsir’s Bois d’Ascèse by Julien Rasquinet and Masque Milano’s Mandala by Christian Carbonnel.

 

What made you choose to sell Nez in your shop?

I have to say, the look of the magazine immediately seduced me. Having studied graphic design, I couldn’t help but notice it! But what I really appreciate about this editorial contribution is the freedom and professionalism, and the breadth with which it deals with a theme as complex as the sense of smell. I think it is an indispensable tool for those who want, independently and personally, to have a stimulating and updated point of view to work in this field. And also for those who, as a true enthusiast, want to deepen and test their knowledge in the field of smell.

How do your customers react to it?

The most authentic curiosity and enthusiasm, in having finally in your hands an instrument that serves as a passepartout for both the perfumery and the universe of smell.


Website: www.amuga.it 

Versione Italiana

Come è arrivato al mondo della profumeria?

Successe senza che me ne accorgessi, né lo sperassi. Devo dire innanzitutto che il luogo dove avvenne il mio primo incontro con le fragranze è stata la mia casa. In particolare le stanze di mia madre, al tempo della mia preadolescenza. Tutto inizia dai nitidi ricordi di una sospensione temporale dal quotidiano. Eravamo negli anni ottanta e novanta. Percepire quelle scie odorose e seguirle, dopo che mia madre si fosse preparata per uscire, mi conduceva all’origine di quel sentiero di seduzione e di mistero. Raggiunti i colpevoli flaconi li osservavo, ignaro su chi di loro contenesse quel richiamo. Rigirandoli tra le dita mi rapivano la fantasia, narrandomi di luoghi lontani e vicini allo stesso tempo. Ne annusavo i tappi, esaminavo le etichette ed il loro nome… Capii allora, tempo dopo, quando mi fu proposto dalla mia famiglia di aprire la nostra Biblioteca Olfattiva, che il mio rapporto con questi antichi amici stava per rivelare una mia inconscia vocazione.

 

Quali sono le specifiche del Suo negozio?

La peculiarità della nostra Biblioteca Olfattiva è la selezione: fragranze che mettono in risalto le caratteristiche artistiche e stilistiche dell’Autore che le ha ideate. Parlo di Autore o di Artista perché come per la letteratura, la musica, e le arti applicate, anche il profumo, se fatto per lasciare un segno, è l’espressione sentimentale di un’idea. Una confessione spesso, che mette a nudo i valori di chi lo crea. E, di conseguenza, questi profumi diventano il vero valore aggiunto per chi sceglie di indossarli.

 

Qual è il profumo per cui va matto? Recente o “di tutti i tempi”? 

Le mie prime fondamentali suggestioni olfattive, figlie di quegli anni menzionati più sopra, sono senz’altro state: Samsara Eau de Parfum di Guerlain del 1989, Shalimar Eau de Parfum sempre Guerlain (1925), Poison di Christian Dior (1985), Royal Pavillon di Etro (1989), Eau Lente di Diptyque (1986), Gardenia di Penhaligon’s (1976), Victorian Posy di Penhaligon’s (1979), Frangipane di Santa Maria Novella (1828), Orchidée Blanche di L’Artisan Parfumeur (1985).

Parfum Sacré di Caron (1991), Sacrebleu di Nicolai Parfumeur Créateur (1993), Chanel No 5 Eau de Toilette di Chanel (1921), Premier Figuier di L’Artisan Parfumeur (1994). Al tempo attuale invece, ovvero al tempo della mia Biblioteca Olfattiva non posso non menzionare: Chypre Palatine di MDCI, Isvaraya di Indult, Mandala di Masque Milano, Bois d’Ascèse di Naomi Goodsir Parfums.

Cosa Le ha fatto scegliere di vendere Nez nel Suo negozio?

Devo dire che l’aspetto della rivista mi ha immediatamente sedotto. Avendo studiato graphic design non potevo non notarla! Ma ciò che davvero apprezzo di questo contributo editoriale è la libertà e la professionalità, e l’ampiezza con cui viene trattato un tema così complesso come quello dell’olfatto. Penso sia uno strumento indispensabile per chi voglia, in modo indipendente e personale, avere un punto di vista stimolante ed aggiornato per lavorare in questo settore. Ed anche per chi, da vero appassionato, voglia approfondire e mettere alla prova la sua conoscenza nell’ambito dell’olfatto.

 

Come hanno reagito i vostri clienti?

La più autentica curiosità ed entusiasmo, nell’avere finalmente tra le mani uno strumento che funge da passepartout tanto per la profumeria quanto per l’universo dell’olfatto.


Le Grand Livre du parfum : tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur le parfum !

Entièrement illustré, Le Grand Livre du parfum est un ouvrage ambitieux et exigeant, mais à la portée du plus grand nombre, des passionnés comme des simples curieux.

Le marché de la parfumerie pèse en France plusieurs milliards d’euros, et lance chaque année quelque 2 000 nouvelles références dans le monde.

Entre ses campagnes publicitaires à gros budget, ses égéries bankable, ses champs de fleurs – à Grasse, si possible – et ses parfumeurs-créateurs œuvrant mouillettes sous le nez et regard à l’horizon, le parfum semble avoir trouvé la recette pour nous faire rêver. Mais qui sait vraiment comment, où et par qui sont fabriqués les parfums ?

En dehors de communications souvent superficielles ou réductrices, l’industrie du parfum cultive depuis longtemps un goût certain pour le secret et un talent pour entretenir le mystère.

De quoi les parfums sont-ils composés ?
Qui sont les parfumeurs et comment travaillent-ils au quotidien ?
Que se passe-t-il entre la naissance de l’idée dans l’esprit d’un dirigeant, d’un chef de produit ou d’un créateur de mode, et la mise en rayon d’un nouveau flacon ?
Quelles différences existe-t-il entre une marque populaire distribuée à grande échelle et une maison confidentielle présente dans une poignée de boutiques ?
Une fois lancé, comment un parfum survit-il aux années ?

Pour la première fois, un livre – conçu par le collectif Nez – vous propose de répondre à toutes ces questions que vous n’aviez jamais osé poser. Découvrez l’histoire de la parfumerie au fil des siècles, suivez étape par étape la chaîne de conception et de fabrication d’un parfum et explorez les coulisses d’une industrie complexe, mais aussi en pleine mutation.

Entièrement illustré, Le Grand Livre du parfum est un ouvrage ambitieux et exigeant, mais à la portée du plus grand nombre, des passionnés comme des simples curieux. Le ton volontairement transparent et pédagogique combat les clichés, les idées reçues, et va à l’encontre des discours parfois intimidants ou nébuleux.

En vente sur www.legrandlivreduparfum.com

Mathilde Laurent : « Je voulais créer un parfum chimique avec une impression de parfum du XIXe siècle » (Auparfum)

S’il existe un parfumeur qui a exploré de manière approfondie et presque expérimentale la notion de naturel et de synthétique en parfumerie, c’est bien Mathilde Laurent. Avec L’Heure perdue, lancée en 2015 au sein de la collection « Les Heures de Cartier », elle a non seulement proposé une création unique et engagée, mais a surtout rendu un bel hommage à l’utilisation de la synthèse en parfumerie. Entretien.

S’il existe un parfumeur qui a exploré de manière approfondie et presque expérimentale la notion de naturel et de synthétique en parfumerie, c’est bien Mathilde Laurent. Avec L’Heure perdue, lancée en 2015 au sein de la collection « Les Heures de Cartier », elle a non seulement proposé une création unique et engagée, mais a surtout rendu un bel hommage à l’utilisation de la synthèse en parfumerie. Entretien.

La suite de l’entretien est à lire sur Auparfum

Le Grand Musée du parfum ferme ses portes

La nouvelle est tombée aujourd’hui : l’institution privée, dédiée au parfum depuis décembre 2016, ferme ses portes.

La nouvelle est tombée aujourd’hui : l’institution privée, dédiée au parfum depuis décembre 2016, ferme ses portes. Le communiqué, assez laconique, ne donne aucune information sur les raisons de cette fermeture, qui selon nos informations serait due à des difficultés financières provoquées par des dépassements de budget lors de la création du musée.

Selon les administrateurs du musée, l’exploitation elle-même se serait révélée positive et le musée aurait rencontré son public, aussi bien constitué de Parisiens que de touristes. Pour autant, l’institution, en déficit dès 2017, n’a pu surmonter son handicap “de naissance”.

Nous regrettons bien sûr cette fermeture, et espérons aussi et surtout qu’elle ne laissera pas le doute planer sur la nécessité – et la possibilité – de développer et faire prospérer des initiatives culturelles liées au parfum.

La newsletter du Grand Musée

Esxence, pléthore de parfums rares !

Zoom sur le salon Esxence qui ouvre ses portes jeudi 5 avril. Entretien avec Silvio Levi (Esxence) et points de vue d’Anne-Cécile Pouant (Osmothèque), Luc Gabriel (The Different Company), Cécile Zarokian (Parfumeur indépendant).

La niche, la parfumerie artistique, la haute parfumerie, la parfumerie d’auteur, la parfumerie rare ou confidentielle… les qualificatifs varient, chacun a sa chapelle. Mais une chose est certaine, le phénomène de cette parfumerie (alternative ?) ne cesse de se développer et de faire les beaux jours du salon Esxence, initié il y a 10 ans par Silvio Levi (aussi propriétaire de la marque Cale fragranze d’autore et associé au sein de la parfumerie parisienne Nose). Pour y voir plus clair, nous lui avons posé quelques questions, ainsi qu’à quelques participants au salon… en attendant, nous-mêmes, d’y poser valises, magazines et livres !

Pourquoi avoir créé ce salon ?

Après le succès du salon Pitti Fragranze que j’ai fondé en 2003 [NDLR : Pitti Fragranze est un salon de parfums de niche organisé chaque année à Florence, en septembre], j’ai été le cofondateur de Masterpieces (2005-2008) à Bologne au sein du Cosmoprof [NDLR : salon international consacré à la beauté et qui se tient chaque année à Bologne] où nous – les distributeurs italiens comme Calé, Intertrade, Beautysan, Lorenzo Villoresi et quelques autres – pouvions donner l’impression que les marques elles-mêmes exposaient. Nous y avons organisé une sorte de lounge auquel seuls les visiteurs ayant reçu une invitation pouvaient se rendre.

Notre idée était de faire progressivement disparaître les distributeurs italiens au profit des marques elles-mêmes et des responsables export afin de ne pas faire un “Fraganze bis”. Il s’agissait aussi d’offrir au marché de la parfumerie artistique une plate-forme commerciale permettant aux opérateurs de se rencontrer, de créer des alliances et, ensemble, de promouvoir la culture du parfum.

En raison d’un manque de soutien de la part de la foire de Bologna et face la réticence des distributeurs nationaux devant leur mise à l’écart, j’ai annoncé au P-DG de Cosmoprof que j’abandonnais ce projet… et moins de 30 jours plus tard, nous créions Esxence à Milan. Nous étions en 2009.

Nous avons choisi Milan à cause des interconnexions aériennes, pour son infrastructure et la couverture médiatique qui rendaient l’accès aux visiteurs du monde entier beaucoup plus facile et plus “rentable”. Les petites marques encore à la recherche d’un réseau distribution auraient alors beaucoup plus de facilités et d’opportunités pour identifier de nouveaux partenaires.

Selon vous, quel est le plus grand accomplissement d’Esxence?

Sans aucun doute le sentiment d’appartenance entre les marques et les opérateurs, la prise de conscience d’une véritable communauté autour de la parfumerie artistique et de la réalité du business qu’elle engendre mondialement.

En outre, Esxence a donné la possibilité de mettre en relation directe les propriétaires de marque, les responsables export et les détaillants qui jusque-là n’avaient jamais eu l’occasion de se rencontrer et d’apprendre à se connaître. Cette proximité a beaucoup apporté dans la capacité des uns et des autres à identifier les partenaires les plus pertinents.

Notre salon a aussi donné la possibilité aux marques de n’avoir à prendre en charge qu’un seul salon par an tandis que leurs distributeurs italiens pouvaient eux s’occuper de la distribution au niveau local lors de Pitti Fragranze.

Esxence est désormais au cœur  des stratégies de marketing et de communication de l’ensemble de l’industrie du parfum. Chaque année, nous y offrons une plate-forme d’information, de débat, d’études qui réunit les acteurs et les influenceurs majeurs de notre industrie.

Quelles sont vos ambitions pour les dix prochaines années?

L’objectif principal d’Esxence-The Scent of Excellence- est de permettre à notre secteur de conquérir 1,5% du marché cosmétique dans le monde. Cela implique d’aider au développement d’un réseau de distribution qui ne représente pas plus de 5% des parfumeries dans chaque pays et qui devrait en compter près de 1 000 dans le monde. Il s’agit de permettre aux marques d’augmenter leur production à 10 000 pièces par référence produit tout en réduisant les coûts de production – sans limiter la qualité des matières premières et de la fabrication – et en maintenant une distribution strictement sélective.

Cet objectif est encore loin d’être accompli. Il est sûr que ce secteur ne peut que grandir pour la simple raison qu’il est corrélé à la croissance de la consommation de produits cosmétiques. En effet, cette augmentation exponentielle entraîne une plus forte demande, avec des répercussions positives sur l’industrie de la parfumerie artistique. Etant un marché de niche, cette parfumerie ressentira d’autant plus fortement une augmentation même faible du nombre de ses consommateurs.

Le départ progressif d’Esxence des moyennes et grandes marques de la parfumerie artistique n’est pas une limite per se et a une explication logique. D’une part, en s’exposant dans les allées du salon, les marques ayant un réseau de distribution solide et établi risquent d’être démarchées par des nouveaux détaillants qui ne les intéressent pas. Et si tel est le cas, elles préfèrent de toute façon rester discrètes !

D’un autre côté, tous les responsables des marques participent à Esxence en louant des appartements ou des suites pour leurs rendez-vous car tous les acheteurs et distributeurs viennent à Milan.

Notre prochain développement ? Un salon réservé aux marques approuvées par le comité technique, en tant que “Big Brand” et qui ne souhaitent pas exposer dans les travées du salon. Un espace auquel seules les personnes invitées pourront accéder.

Nous souhaitons aussi développer la présence sur Internet d’Esxence tout au long de l’année, avec des offres de services, des études, des bases de données, une bibliothèque en ligne, des vidéos d’ateliers et des webinaires [NDLR : séminaires disponibles sur Internet] contribuerait au développement d’une sorte de «Ministre de la Culture Olfactive». Il coordonnera et promouvra tous les événements : ateliers, écoles, musées ainsi que la coopération avec d’autres arts dédiés à la culture olfactive.

 

Plus d’informations :

Esxence – The Scent of Excellence
Milan – du 5 au 8 avril
Journées grand public : 7&8 avril


Ils participent à Esxence

Anne-Cécile Pouant, chargée de mission à l’Osmothèque, le Conservatoire international des parfums

“L’Osmothèque est présente tous les ans sur invitation des organisateurs d’Esxence pour présenter une sélection de parfums disparus de ses collections, ainsi que pour donner une conférence olfactive.

L’année dernière, nous avions présenté une conférence sur la parfumerie des années 70, l’année d’avant sur des Portraits de femmes parfumeurs, et encore avant une sur les beaux cuirs… Cette année, nous proposons la conférence hommage au Chypre de Coty avec un extrait de 100 ans de chypres en parfumerie que nous avions donnée en décembre à Paris. Ce sont toujours des osmothécaires (parfumeurs), qui connaissent bien la collection,  qui assurent ces conférences.

Comme vous avez pu le constater à Turin [NDLR : Lors du nouveau festival autour de l’olfaction lancé en février dernier par l’association Per Fumum, cofondée par Roberto Drago, par ailleurs distributeur de Nez italien], les Italiens sont un public très amateur de parfums, et très sensible au patrimoine, sous toutes ses formes. C’est culturel. Il est donc logique qu’il se passionne pour celui de la parfumerie !

L’Osmothèque n’ayant pas d’antenne en Italie, Esxence est l’occasion de faire venir l’Osmothèque pour la rendre accessible aux différents publics italiens (professionnels les premiers jours, mais aussi journalistes, bloggeurs, amateurs très éclairés et grand public le week end…) afin de présenter ce conservatoire unique au monde, et ses collections de parfums disparus, dont certains sont repesés sur formules d’origine, donc frais comme au premier jour de leur lancement… et que l’on ne sent nulle part ailleurs dans cet état de fraîcheur !

Pour nous, c’est également l’occasion de croiser un certain nombre de marques et de leur présenter l’Osmothèque, afin de les sensibiliser notamment au développement de la collection  partie « contemporaine », et de les inciter à l’enrichir avec leurs lancements. Pour soutenir notre action, nous évoquons également la nécessité pour toutes les marques de parfumerie de défendre la préservation et la transmission de leur patrimoine… en soutenant financièrement l’Osmothèque via l’adhésion à la Société des Amis de l’Osmothèque !

Comme vous le voyez, le programme est chargé pour nous à Esxence ! Et ce salon de grande qualité (organisation, programmation, exposants…) est tous les ans une formidable vitrine pour notre institution !”


Cécile Zarokian, parfumeur indépendant

Je vais à Esxence pour soutenir les lancements de mes clients, qui choisissent souvent de présenter leurs nouveautés à l’occasion de ce salon. Cela me permet de revoir beaucoup de marques, différents partenaires et journalistes réunis à Milan pendant 4 jours. Sans oublier la soirée à thème tant attendue, qui clôture Esxence dans une bonne ambiance festive !”

 


Luc Gabriel, directeur des marques The Different Company et Wide Society

“Esxence offre un focus sur la parfumerie alternative ou artistique : le large panel de marques permet une bonne vision de l’évolution du marché et attire les acheteurs du monde entier et de tous types (parfumeries, concept stores, department stores, réseaux). C’est pour nous cette année aussi l’opportunité de lancer notre deuxième marque  (Wide Society-Le Parfum en Liberté)  dans un contexte ad hoc et qualitatif.”

Lost in The Scent, Dubaï… ou le récit d’un début qui sent déjà la fin

The Scent, nouveau salon consacré au parfum de niche, se tiendra à Dubaï du 23 au 25 janvier… enfin, du 24 au 25 janvier.. enfin… ou pas !

Récit épique d’une première soirée au salon de parfum The Scent à Dubaï… ça se veut artistique, mais c’est plutôt chaotique.
Ce matin-là, il pleuvait. Le taxi monsieur nous explique les subtilités de l’aquaplaning en zone circo-parisienne. J’ai embarqué avec moi Léonore. Stagiaire de son état. Au cas où il y aurait des choses à faire aux Émirats quoi. Moi je préfère ne pas travailler. Dans le taxi, elle a mis sa ceinture. J’ai fait pareil. On était partis !
Nous allons à Dubaï pour participer au salon The Scent, un nouveau salon dédié au parfum de niche. Organisé par la Fragrance Foundation Arabia. Dès que j’ai eu vent de l’événement, en juillet dernier je crois, je me suis dit « Dominique, ça, c’est pour toi ! » J’entame souvent des discussions assez profondes avec moi-même.
Quelques jours avant, j’avais eu Chantal Roos au téléphone, qui me posait des questions dans le cadre d’un nouveau projet, mais me prévenait qu’elle ne répondrait pas aux miennes sur ce même sujet. Je me suis donc tu. Je ne suis sûrement pas le premier à faire ce que Chantal demande. Une semaine plus tard, je lisais son interview sur Fragrantica. Et tout s’illumina soudain.
Nous arrivons. A l’aéroport s’entend. Le rituel commence. Enregistrement.. ah tiens, bonjour Stéphanie (Bakouche, parfumeur de son état)…  Chantal est là également. Elle attend sa fille, Alexandra. Ensemble, elles ont créé Dear Rose, la marque de niche…« qui ne sent pas la rose » ! Non, ça ne sent pas la rose, mais parfois la menthe poivrée ou« le chypre vert tout droit sorti des seventies ».
Pesée la valise. Bientôt, brinquebalée. Enfin, « ensoutée ». A l’intérieur, les fameux flacons Weck, que ceux qui assistent aux lancements de Nez ou ont pu visiter l’exposition Les Cent onze parfums qu’il faut sentir avant de mourir connaissent bien.
En quittant la zone de check-in, j’interpelle Diane Thalheimer, du Grand musée du Parfum… mais elle semble préoccupée. Un peu plus tard, elle m’appellera alors que nous sommes dans l’avion pour s’excuser d’avoir été un peu expéditive quand je l’ai saluée. Elle m’explique qu’elle avait rêvé que ses flacons allaient se briser pendant le voyage et se répandre dans sa valise. Nos métiers sont sous haute tension. Dédicace à ceux qui en doutaient.
66K / 66J. Diabolique. Le hublot, c’est pour bibi. Cette place pour les jambes. Fasciné. Alors que la veille, Vueling ne m’avait donné que de bonnes raisons de me faire limer les genoux auprès du premier rémouleur venu, Emirates me réconciliait doucement avec la longueur de mes fémurs (que, soit dit en passant, j’ai toujours trouvés très harmonieux).
Décollage. Comme une caresse.
Sur l’écran, on peut accéder à une vue du ciel… sous l’avion, face à nous… il ne manque que la vue latérale. Deux films commencés et pas finis. Regarder finalement Badlands puis le Parrain. Pas jusqu’au bout, parce qu’en fait on atterrit.
Sortie tranquille. Ici il ne pleut pas. Passage de douane. Limpide. Sauf pour Léonore, qui se fait explorer la valise. Je la regarde. De loin, hein ! Jamais aimé les embrouilles.
Montée dans le taxi. Direction l’hôtel. On voit de drôles de choses sur la route.
Ah !! Mais j’oubliais…. parce que cet article va devenir intéressant à un moment. Alors que fébrile j’allumai mon téléphone à l’aéroport, à la recherche d’une intraveineuse de wifi, je découvris une discussion de Jeanne (Doré) et Mathieu (Chevara) sur Slack (le nouvel amour de ma vie) : le salon est annulé ! Mathieu est à Dubaï également, et bénéficie d’informations toutes fraiches. Mathieu a transporté 70 Nez dans sa valise. Mathieu est l’une des premières victimes collatérales de cette annulation. Mais attendons !
Quelques instants plus tard, je reçois un mail de l’organisation. Non, ce n’est pas annulé ! Ouf ! Enfin, la journée de demain, oui, quand même… Il n’en restera que deux au final. De journées. J’écris aux organisateurs : « Vous allez bien me rembourser l’avion hein ? ». Lesdits organisateurs répondent rapidement et me rassurent. Alors je suis rassuré. Je ne suis pas un gars compliqué. En plus demain, il y a un super diner apparemment… Nous méritons bien cette récompense.
Arrivée à l’hôtel.. Le Jumeirah Emirates Towers. Vertigineux. A l’accueil, Shahzad, l’organisateur, qui m’embrasse généreusement. Tout de suite je me sens rassuré. Quelques heures plus tard, il était interrogé par la police. Je m’inquiète alors d’avoir laissé libre cours à tant de connivence en public. Ce baiser serait-il plus dévastateur que la bise dite « des trente deniers » ? Je n’ose le croire. Mais je m’obstine à le redouter.
Et puis je ne savais encore rien des événements qui se déroulaient tandis que je découvrais mes deux lits king size. L’épiphanie se dérobait encore sous mes pas. Tandis que quelques instants auparavant le sol s’éloignait à grande vitesse.
Je suis dans ma chambre. Il ne me reste plus grand chose à faire. J’appelle Chantal ! Elle est en réunion « de crise » (En vrai, Chantal Roos n’est jamais en crise, elle observe le monde qui s‘agite).
Quelques exposants sont là, réunis. Alors donc il n’aurait rien payé et l’hôtel – où l’événement doit se dérouler- a tout bloqué. L’un deux, qui veut que nous nous serrions les coudes, parvient à nous agacer passablement. Mais je ne lui en veux pas car il a prononcé mon nom en me voyant. Star des réseaux un jour… Chantal Roos m’apprend que sa fille et d’autres marques sont allées au commissariat pour essayer de faire valoir leurs droits.
Le manager de l’hôtel vient à notre rencontre et nous explique que si les personnes recrutées pour l’occasion – accueil, sécurité, etc. – ne peuvent être payées, il faut les décommander. Et que si ces personnes ne sont plus là, on ne peut donc rien faire… ça se tient.
« L’organisateur nous avait dit qu’il y aurait entre 2 et 3000 personnes
– Euh… si on en a 50 par jour, ce sera bien.»
Il ne semble guère ému par l’argument.
Quant à moi, touché par les harangues de mon fan Facebook, je me sens pris, aussi, d’une envie de coalition solidaire et jusqu’au-boutiste. Je m’adresse au manager en des termes véhéments, qui ne cachent ni mon intention d’en découdre, ni la place de choix que j’occupe dans cet écosystème de professionnels désespérés et prêts à tout pour faire de ce moment de naufrage une réussite éclatante :
« Excuse me Mister, mais notre chambre a bien été payée ?
– Yes, no problem, he says dans un sourire
– Great »
Je suis rassuré.
Nos gesticulations n’aboutissent guère, enfin pas. Rendez-vous demain, dans le lobby, à partir de 9 heures. Le manager sera là.
Alors je vais manger un morceau avec.. Chantal et Léonore.
Chantal me parlent de gens qui dirigent des groupes internationaux de parfums comme si je venais de discuter du dernier Black Mirror avec eux. Je dois lui avouer que tous ces prénoms me donnent le tournis.
Ah, voilà Mathieu.. et Juliette (Faliu)… et Pierre Gueros, parfumeur Symrise et Catherine Dolisi, “Category Manager Fine Fragrance Luxury Brands EMEA” (elle ne se présente pas comme ça, rassurez-vous, mais je l’ai lu sur Linkedin).
Vous voulez savoir ce qu’ils font ici ? Suivez notre compte instagram, nous y reviendrons bientôt. Enfin si vous voulez.
Je les rejoins.
Au passage, je suis alpagué par le syndicaliste.. vous savez, celui qui me connait de Facebook. Il m’explique que l’organisateur va revenir payer quelque chose comme 150 000 euros à l’hôtel. Goguenard, je rétorque :
« Ah ah, in cash ? »
He says : « Yes, he had a whole bag of it ».
Ah ouais, quand même.
Alexandra est de retour du commissariat. Nous nous rendons dans l’un des bars (fumeur) de l’hôtel.
Elle nous raconte « C’est vraiment une drôle d’ambiance au commissariat.. c’est un commissariat quoi. Sauf que c’est pas chez toi ». Tellement bien résumé.
Son téléphone sonne. Alexandra répond. En anglais. Un accent français que vous n’arriveriez pas à couper au couteau. Au chalumeau, et encore. Ça ferait une vague égratignure.
« Ah, ok, you’re the brand from Oman ?
… ah, no, you’re the officer..
… ah…. hummm… ok…
… tomorrow, they will open ?
… inch’allah ?
…. inch’!allah ? ah ben alors »
Et se tournant vers nous : « Mais comment a-t-il eu mon numéro ? »
Image d’illustration : Jean Rochefort, dans Lost in la Mancha

La rentrée littéraire olfactive : Nez#04, Jean-Claude Ellena, les Cent onze parfums qu’il faut sentir avant de mourir…

La rentrée littéraire sous le signe de l’olfaction et du parfum avec la parution du numéro 4 de Nez, la revue olfactive et de l’ouvrage autobiographique de Jean-Claude Ellena “L’Écrivain d’odeurs”.

Nez et les éditions Le Contrepoint poursuivent leur collaboration, avec la même volonté de créer une marque de référence dans le monde de l’édition, autour des sujets olfaction et parfum.

Après le livre “pratique”, Les Cent onze parfums qu’il faut sentir avant de mourir, une nouvelle collection voit le jour : Nez littératureNous avons le plaisir et l’honneur d’ouvrir cette collection par un ouvrage autobiographique de Jean-Claude Ellena, L’Écrivain d’odeurs (17€), qui sera disponible le 5 octobre en librairie. Vous pouvez d’ores et déjà le commander sur la boutique Auparfum et le recevoir dès début octobre, sans frais de port.

D’autres paroles de parfumeurs seront à venir, dès mars prochain, pour alimenter cette collection.

Pour continuer, voici bientôt venu, comme tous les six mois, votre rendez-vous traditionnel avec la revue de la culture olfactive, la bien-nommée (enfin nous l’espérons) Nez. Ce quatrième numéro ne réunit pas moins d’une trentaine de rédacteurs, issus de nombreuses spécialités… et pays ! Vous pouvez vous dès aujourd’hui vous le procurer sur la boutique Auparfum et ainsi le recevoir quelques jours avant la sortie officielle en librairie (19 octobre).

Pour finir, vous pouvez toujours trouver dans les bonnes librairies, et sur la boutique Auparfum, Les Cent onze parfums qu’il faut sentir avant de mourir.

130 ans de création résumés en 111 parfums, c’est une nouvelle gageure olfactive que nous avons tenté de réaliser pour vous.. et pour que nos lecteurs parisiens prennent un peu d’avance, nous vous proposons de venir sentir l’ensemble de ces parfums lors d’un événement exceptionnel qui se tiendra du 13 au 17 septembre prochain, dans le cadre des Rives de la Beauté : le Cabinet Royal(e), un pop-up store dédié au parfum à la beauté et à la culture olfactive.

Plus d’informations ici : http://bit.ly/CabinetRoyal_e

Entretien avec Ashraf Osman, fondateur de Scent Art Net

Il y a quelque temps, nous avions envoyé des questions à Ashraf Osman, architecte de formation et spécialiste de l’art olfactif. Fondateur du site Scent Art Net (ex Scent Culture Institute), membre de l’Art and Olfaction Institute et juge pour les Art and Olfaction Awards, il nous a livré, de manière intime et détaillée, son parcours, ses projets présents et futurs.

Il y a quelque temps, nous avions envoyé des questions à Ashraf Osman, architecte de formation et spécialiste de l’art olfactif. Fondateur du site Scent Art Net (ex Scent Culture Institute), membre de l’Art and Olfaction Institute et juge pour les Art and Olfaction Awards, il nous a livré, de manière intime et détaillée, son parcours, ses projets présents et futurs.

 

© Saskia WIlson-Brown

 

Je suis originaire de Beyrouth, au Liban. Avec un père médecin et une mère pharmacienne, on attendait de moi que je devienne médecin. J’ai donc obtenu un diplôme en “pre-med biology” à l’université américaine de Beyrouth, mais j’ai quitté l’école de médecine après le premier semestre. Je voulais devenir réalisateur, mais mes parents n’étaient pas d’accord. Nous avons trouvé un compromis et je suis allé aux États-Unis pour étudier l’architecture. Là-bas, j’ai obtenu un diplôme d’études supérieures dans le Nord de l’État de New-York. J’ai ensuite travaillé en tant qu’architecte pendant environ 10 ans à Philadelphie. Les dernières années là-bas, j’ai aussi commencé à enseigner un cours interdisciplinaire sur les bases du design à l’Université de Philadelphie et j’ai fait des rencontres qui ont suscité mon intérêt pour l’art olfactif et le design.

 

Enfant, j’avais développé un attrait tout particulier pour les parfums : je sentais les produits dans la pharmacie de ma mère, j’arrivais à reconnaître les parfums des gens qui passaient, et quand j’étais étudiant, j’achetais des parfums dans un petit magasin près du lycée, etc. Pourtant, je n’avais pas plus que quelques parfums dans ma collection. Puis, en 2008, j’ai découvert le livre de Luca Turin et Tania Sanchez, Parfums : le guide de A à Z dans une librairie de Philadelphie. Il m’a ouvert les portes vers le monde naissant de la parfumerie de niche, qui m’était complètement étranger. J’ai commencé à lire de plus en plus sur les parfums, des livres, des blogs et j’ai dépensé la plus grosse partie de mes revenus dans des échantillons et des decants, voire des flacons.

 

Cette année-là, j’ai eu l’occasion de visiter l’exposition intitulée Odor Limits, de Jim Drobnick et Jennifer Fisher au Monell Chemical Senses Center à Philadelphia. C’était la première du genre dans le monde et aussi ma première rencontre avec l’art olfactif. Quelques années plus tard, j’ai assisté à un symposium sur l’odorat dans le design, intitulée Headspace, organisée par le Parsons’ New School for Design à New-York en partenariat avec le Museum of Modern Art (MoMA), International Flavors & Fragrances (IFF), Coty, et Seed. Cette conférence rassemblait pour la première fois des designers, des universitaires, des scientifiques, des artistes et des parfumeurs de premier plan pour explorer ce nouveau territoire du design.

L’année suivante, j’ai décidé de concrétiser mon intérêt pour l’olfaction de façon plus formelle, à travers des études de commissaire d’exposition avec une attention en particulier sur l’art olfactif, à l’Université des arts de Zurich (ZHdK), en Suisse. La majeure partie du travail de recherches que j’ai mené à l’époque à abouti à la publication d’un article : Historical Overview of Olfactory Art in the 20th Century (“Panorama olfactif de l’art olfactif au XXe siècle”). La partie la plus récente de la recherche, attentive à l’art olfactif dans le nouveau millénaire a donné naissance au site Scent Art. Pourtant, j’ai trouvé que le monde de l’art était plus réticent aux odeurs que ce à quoi je m’étais attendu, et cela m’a poussé à élargir mes horizons de pensée et ainsi me tourner vers l’art engagé. Cela m’a amené à créer Artinect, une société de conseil visant à “connecter l’art et les gens, aussi bien virtuellement que physiquement”.

 

© Saskia Wilson-Brown

 

À peu près à la même époque, j’ai rencontré le Dr. Claus Noppeney, de l’Université pour les Sciences appliquées de Berne, en Suisse, qui menait également des recherches sur les aspects culturels de l’odorat. En 2014, nous avons créé le Scent Culture Institute (SCI) (devenu depuis Scent Art Net), en collaboration avec quelques collègues de différentes disciplines, qui partageaient cet intérêt culturel. L’un de nos premiers projets a été l’Urban Scent Walk (“La balade olfactive urbaine”), à l’occasion de la Biennale de Berne, qui consistait en une visite du centre historique de la ville à travers l’olfaction. Peu de temps après était créé le Scent Culture News (devenu Scent Art News), un site web qui diffuse des informations sur des événements culturels, économiques et sociaux liés à l’olfaction. Il était évident que ce domaine était en train de connaître un certain épanouissement et ce site était un outil pour en garder la trace.

 

Il a été pour nous complètement naturel d’initier une collaboration avec notre équivalent à Los Angeles, plus anciennement établi : l’Institute of Art and Olfaction (IAO), menée par la formidable Saskia Wilson-Brown. Ce partenariat est né d’une collaboration dans le cadre des Art and Olfaction Awards, l’activité principale de l’IAO. Nous avions ensemble analysé cet événement et présenté nos conclusions à Esxence, à Milan, le principal salon international consacré à la parfumerie artistique. J’étais pour ma part impliqué en tant que conseiller et juré pour le “Sadakichi Award for Experimental Work with Scent”, le premier prix dédié à l’art olfactif et au design dans le monde.

 

En janvier 2017 s’est terminé une série d’expositions olfactives en quatre parties, qui s’est déroulée sur une année et dont j’ai été le commissaire au Kunstmuseum de Thun, ici, en Suisse. Intitulée Schnupperschau, cette série expérimentale explorait les collections du musée à travers le prisme de l’odorat, en se concentrant à la fois sur les matériaux de la création artistique, sur le contenu et de l’œuvre et sur des collaborations socialement engagées, avec la communauté, un parfumeur et enfin avec un artiste.

 

Sur le plan universitaire, nous sommes heureux d’avoir participé à l’ouvrage Designing With Smell: Practices, Techniques And Challenges (Routledge, 2017), à travers un chapitre intitulé “Culturalizing Scent: Current Steps towards Integrating the Sense of Smell in Art and Design Education”. Je suis impatient de commencer à mettre en œuvre cette approche à travers un cours dispensé au Art Sense(s) Lab du département des Beaux-Art de l’Université PXL-MAD à Hasselt, en Belgique. Le programme de ce master, dirigé par le célèbre artiste olfactif Peter de Cupere, est le premier dans son genre. Il offre une formation à la fois académique et artistique consacrée aux sens “inférieurs” (ou comme je préfère les appeler, les sens intimes) : l’odorat, le goût et le toucher.

Je travaille actuellement sur le projet Scent of Exile, une exposition d’art olfactif et “parfumistique”, en partenariat avec Givaudan. À partir d’un écrit du poète palestinien, Mahmoud Darwish, ce projet interroge la mémoire, l’identité et la nostalgie associés aux odeurs des villes et des lieux désormais inaccessibles. Il vise à mettre en lumière l’émergence de l’art olfactif en tant que pratique artistique contemporaine et veut explorer les frontières et les points de contact (overlap) entre les pratiques de la parfumerie et de l’art olfactif.

 

 

 

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Nez#03, ou Le sexe des parfums… premières images

Nez#03 aborde la question, aussi vaste qu’ambiguë, du sexe des parfums. Retrouvez également entretiens, reportages, critiques parfums…

 

Le troisième numéro de Nez sort le 13 avril et aborde la question, aussi vaste qu’ambiguë, du sexe des parfums. D’où viennent les codes olfactifs qui dictent le genre des fragrances que nous portons ? Quels liens étroits la sphère olfactive tisse-t-elle avec la sexualité, le désir et l’attirance amoureuse ? Vous retrouverez également un entretien-événement-exclusif-qui-ne-mâche-pas-ses-mots avec Francis Kurkdjian. 

Vous pouvez passer commande dès commande sur la Boutique Auparfum : https://shop.auparfum.com/boutique/nez-revue-olfactive/numero-3-avril-2017.

 

Voici l’intégralité du sommaire de ce numéro :

Icônes  Sarah Bouasse

Le nez …

  • des illustrateurs… – Pascale Caussat

Odorama

  • Herbier : tout savoir sur le cassis – Patrice Revillard
  • Molécule : la molécule Iso E Super – Olivier David
  • Pourquoi les fleurs sentent-elles ? – Olivier David
  • Les odeurs de la voiture disséquées – Béatrice Boisserie

Correspondances

  • Portfolio artiste : les amuse-nez de Peter de Cupere – Koan Jeff Baysa
  • L’auteur : Baudelaire, les inspirations poétiques – Clara Muller
  • Lettre à un jeune parfumeur – Jean-Claude Ellena
  • Portfolio olfactif : Montmartre – Céline Ellena
  • Entretien : Hippolyte Courty (L’Arbre à café) – Juliette Faliu
  • Chronique olfactive – Une Vie – Céline Ellena

Magazine

  • Entretien parfumeur : Francis Kurkdjian – Sarah Bouasse
  • Reportage : la Vanille de Madagascar de Symrise – Cécile Clouet
  • Flash Back : les années folles (1919-1929) – Yohan Cervi
  • La boutique imaginaire 1929 – Léa Walter

Grand dossier : le sexe des parfums

  • Cartographie du genre à travers les siècles – Signes du temps et effluves du moment – Jeanne Doré
  • Opération séduction – Delphine de Swardt
  • Être un homme parfumé, c’est pas si facile  – Eugénie Briot
  • Effluves de genre – Denyse Beaulieu
  • La chimie de l’attirance – L’amour est aveugle mais il a du nez – Éléonore de Bonneval
  • Fée hormone, es-tu là ? – Toute la vérité (ou presque) sur les phéromones – Éléonore de Bonneval
  • Mené par le bout du nez  – Quand les odeurs font monter le désir  – Guillaume Tesson

Cahier parfum

  • Enquête : La critique et les récompenses ont-elles une influence ?  – Eddie Bulliqi
  • Portrait de marque : Arquiste  – Angela Sanders
  • Généalogie : L’Ambre antique de Coty – Juliette Faliu, Alexis Toublanc
  • Billet d’humeur : La synesthésie – Alexis Toublanc
  • Cahier critique, coups de coeur

Agenda/livres