Lost in The Scent, Dubaï… ou le récit d’un début qui sent déjà la fin

Récit épique d’une première soirée au salon de parfum The Scent à Dubaï… ça se veut artistique, mais c’est plutôt chaotique.
Ce matin-là, il pleuvait. Le taxi monsieur nous explique les subtilités de l’aquaplaning en zone circo-parisienne. J’ai embarqué avec moi Léonore. Stagiaire de son état. Au cas où il y aurait des choses à faire aux Émirats quoi. Moi je préfère ne pas travailler. Dans le taxi, elle a mis sa ceinture. J’ai fait pareil. On était partis !
Nous allons à Dubaï pour participer au salon The Scent, un nouveau salon dédié au parfum de niche. Organisé par la Fragrance Foundation Arabia. Dès que j’ai eu vent de l’événement, en juillet dernier je crois, je me suis dit « Dominique, ça, c’est pour toi ! » J’entame souvent des discussions assez profondes avec moi-même.
Quelques jours avant, j’avais eu Chantal Roos au téléphone, qui me posait des questions dans le cadre d’un nouveau projet, mais me prévenait qu’elle ne répondrait pas aux miennes sur ce même sujet. Je me suis donc tu. Je ne suis sûrement pas le premier à faire ce que Chantal demande. Une semaine plus tard, je lisais son interview sur Fragrantica. Et tout s’illumina soudain.
Nous arrivons. A l’aéroport s’entend. Le rituel commence. Enregistrement.. ah tiens, bonjour Stéphanie (Bakouche, parfumeur de son état)…  Chantal est là également. Elle attend sa fille, Alexandra. Ensemble, elles ont créé Dear Rose, la marque de niche…« qui ne sent pas la rose » ! Non, ça ne sent pas la rose, mais parfois la menthe poivrée ou« le chypre vert tout droit sorti des seventies ».
Pesée la valise. Bientôt, brinquebalée. Enfin, « ensoutée ». A l’intérieur, les fameux flacons Weck, que ceux qui assistent aux lancements de Nez ou ont pu visiter l’exposition Les Cent onze parfums qu’il faut sentir avant de mourir connaissent bien.
En quittant la zone de check-in, j’interpelle Diane Thalheimer, du Grand musée du Parfum… mais elle semble préoccupée. Un peu plus tard, elle m’appellera alors que nous sommes dans l’avion pour s’excuser d’avoir été un peu expéditive quand je l’ai saluée. Elle m’explique qu’elle avait rêvé que ses flacons allaient se briser pendant le voyage et se répandre dans sa valise. Nos métiers sont sous haute tension. Dédicace à ceux qui en doutaient.
66K / 66J. Diabolique. Le hublot, c’est pour bibi. Cette place pour les jambes. Fasciné. Alors que la veille, Vueling ne m’avait donné que de bonnes raisons de me faire limer les genoux auprès du premier rémouleur venu, Emirates me réconciliait doucement avec la longueur de mes fémurs (que, soit dit en passant, j’ai toujours trouvés très harmonieux).
Décollage. Comme une caresse.
Sur l’écran, on peut accéder à une vue du ciel… sous l’avion, face à nous… il ne manque que la vue latérale. Deux films commencés et pas finis. Regarder finalement Badlands puis le Parrain. Pas jusqu’au bout, parce qu’en fait on atterrit.
Sortie tranquille. Ici il ne pleut pas. Passage de douane. Limpide. Sauf pour Léonore, qui se fait explorer la valise. Je la regarde. De loin, hein ! Jamais aimé les embrouilles.
Montée dans le taxi. Direction l’hôtel. On voit de drôles de choses sur la route.
Ah !! Mais j’oubliais…. parce que cet article va devenir intéressant à un moment. Alors que fébrile j’allumai mon téléphone à l’aéroport, à la recherche d’une intraveineuse de wifi, je découvris une discussion de Jeanne (Doré) et Mathieu (Chevara) sur Slack (le nouvel amour de ma vie) : le salon est annulé ! Mathieu est à Dubaï également, et bénéficie d’informations toutes fraiches. Mathieu a transporté 70 Nez dans sa valise. Mathieu est l’une des premières victimes collatérales de cette annulation. Mais attendons !
Quelques instants plus tard, je reçois un mail de l’organisation. Non, ce n’est pas annulé ! Ouf ! Enfin, la journée de demain, oui, quand même… Il n’en restera que deux au final. De journées. J’écris aux organisateurs : « Vous allez bien me rembourser l’avion hein ? ». Lesdits organisateurs répondent rapidement et me rassurent. Alors je suis rassuré. Je ne suis pas un gars compliqué. En plus demain, il y a un super diner apparemment… Nous méritons bien cette récompense.
Arrivée à l’hôtel.. Le Jumeirah Emirates Towers. Vertigineux. A l’accueil, Shahzad, l’organisateur, qui m’embrasse généreusement. Tout de suite je me sens rassuré. Quelques heures plus tard, il était interrogé par la police. Je m’inquiète alors d’avoir laissé libre cours à tant de connivence en public. Ce baiser serait-il plus dévastateur que la bise dite « des trente deniers » ? Je n’ose le croire. Mais je m’obstine à le redouter.
Et puis je ne savais encore rien des événements qui se déroulaient tandis que je découvrais mes deux lits king size. L’épiphanie se dérobait encore sous mes pas. Tandis que quelques instants auparavant le sol s’éloignait à grande vitesse.
Je suis dans ma chambre. Il ne me reste plus grand chose à faire. J’appelle Chantal ! Elle est en réunion « de crise » (En vrai, Chantal Roos n’est jamais en crise, elle observe le monde qui s‘agite).
Quelques exposants sont là, réunis. Alors donc il n’aurait rien payé et l’hôtel – où l’événement doit se dérouler- a tout bloqué. L’un deux, qui veut que nous nous serrions les coudes, parvient à nous agacer passablement. Mais je ne lui en veux pas car il a prononcé mon nom en me voyant. Star des réseaux un jour… Chantal Roos m’apprend que sa fille et d’autres marques sont allées au commissariat pour essayer de faire valoir leurs droits.
Le manager de l’hôtel vient à notre rencontre et nous explique que si les personnes recrutées pour l’occasion – accueil, sécurité, etc. – ne peuvent être payées, il faut les décommander. Et que si ces personnes ne sont plus là, on ne peut donc rien faire… ça se tient.
« L’organisateur nous avait dit qu’il y aurait entre 2 et 3000 personnes
– Euh… si on en a 50 par jour, ce sera bien.»
Il ne semble guère ému par l’argument.
Quant à moi, touché par les harangues de mon fan Facebook, je me sens pris, aussi, d’une envie de coalition solidaire et jusqu’au-boutiste. Je m’adresse au manager en des termes véhéments, qui ne cachent ni mon intention d’en découdre, ni la place de choix que j’occupe dans cet écosystème de professionnels désespérés et prêts à tout pour faire de ce moment de naufrage une réussite éclatante :
« Excuse me Mister, mais notre chambre a bien été payée ?
– Yes, no problem, he says dans un sourire
– Great »
Je suis rassuré.
Nos gesticulations n’aboutissent guère, enfin pas. Rendez-vous demain, dans le lobby, à partir de 9 heures. Le manager sera là.
Alors je vais manger un morceau avec.. Chantal et Léonore.
Chantal me parlent de gens qui dirigent des groupes internationaux de parfums comme si je venais de discuter du dernier Black Mirror avec eux. Je dois lui avouer que tous ces prénoms me donnent le tournis.
Ah, voilà Mathieu.. et Juliette (Faliu)… et Pierre Gueros, parfumeur Symrise et Catherine Dolisi, “Category Manager Fine Fragrance Luxury Brands EMEA” (elle ne se présente pas comme ça, rassurez-vous, mais je l’ai lu sur Linkedin).
Vous voulez savoir ce qu’ils font ici ? Suivez notre compte instagram, nous y reviendrons bientôt. Enfin si vous voulez.
Je les rejoins.
Au passage, je suis alpagué par le syndicaliste.. vous savez, celui qui me connait de Facebook. Il m’explique que l’organisateur va revenir payer quelque chose comme 150 000 euros à l’hôtel. Goguenard, je rétorque :
« Ah ah, in cash ? »
He says : « Yes, he had a whole bag of it ».
Ah ouais, quand même.
Alexandra est de retour du commissariat. Nous nous rendons dans l’un des bars (fumeur) de l’hôtel.
Elle nous raconte « C’est vraiment une drôle d’ambiance au commissariat.. c’est un commissariat quoi. Sauf que c’est pas chez toi ». Tellement bien résumé.
Son téléphone sonne. Alexandra répond. En anglais. Un accent français que vous n’arriveriez pas à couper au couteau. Au chalumeau, et encore. Ça ferait une vague égratignure.
« Ah, ok, you’re the brand from Oman ?
… ah, no, you’re the officer..
… ah…. hummm… ok…
… tomorrow, they will open ?
… inch’allah ?
…. inch’!allah ? ah ben alors »
Et se tournant vers nous : « Mais comment a-t-il eu mon numéro ? »
Image d’illustration : Jean Rochefort, dans Lost in la Mancha

4 thoughts on “Lost in The Scent, Dubaï… ou le récit d’un début qui sent déjà la fin”

  1. Bonjour,possèdant quelques noms comme Ajmal, Al Haramain, Armaf, Lattafa, Asghar Ali et Swiss Arabian, je serais très curieux de découvrir quels seront les maisons de niche qui seront mises à l’honneur lors de ce salon.

  2. Finalement, l’organisateur ne nous a pas remboursé l’avion… On pourrait le définir par un mot en 6 lettres débutant par un E et se terminant par un C.

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