Cinquième Sens ouvre le premier laboratoire de parfumerie partagé

En plus de son catalogue de formations olfactives dispensées depuis 1976, Cinquième sens ouvre le premier espace de travail et de laboratoire partagés, dédié au parfum, que le public vient de découvrir à l’occasion d’une journée portes ouvertes pendant les Rives de la beauté. 

Juliana, Andresa et Mariana échangent ainsi leurs impressions autour de mouillettes embaumant l’absolue de rose damascena, l’essence de vétiver ou le n°5 de Chanel. Les trois Brésiliennes sont étudiantes pour devenir parfumeuses à l’Isipca (Institut supérieur international du parfum, de la cosmétique et de l’aromatique alimentaire) : « Il faut bien réviser en attendant la rentrée », s’amusent-elles.

L’offre de base donne accès à un espace de coworking traditionnel, avec wifi et café Nespresso, et la possibilité de consulter le site de l’Olfathèque (la base de données maison qui répertorie parfums, matières premières, familles olfactives et parfumeurs). Une deuxième formule permet en outre de sentir 450 matières premières de la parfumerie et 550 parfums du marché, et de feuilleter 250 livres dédiés au parfum. Quant à la formule la plus complète, elle permet de travailler dans le fameux laboratoire partagé. Six postes de pesée, avec 80 matières premières incontournables en solution à 5% dans l’éthanol sur chaque poste, dont les qualités naturelles proviennent de la société Accords et parfums (plus 320 supplémentaires en libre service sur un stock commun), et tout le matériel et la verrerie nécessaire. « On dirait vraiment le laboratoire de l’école », juge Célia, 22 ans, étudiante en master Arômes et parfums à Montpellier, qui a fait spécialement le voyage à Paris pour la journée. « En ce moment, j’ai accès à tout ce qu’il me faut, mais quand j’aurai terminé mon Master l’année prochaine, ce ne sera plus le cas. C’est donc un endroit qui pourrait m’être très utile. »

Beaucoup de visiteurs du jour veulent faire de la création de parfums leur métier sans avoir de laboratoire à disposition et s’enthousiasment devant cette perspective nouvelle. « C’est très compliqué de se constituer un labo : il y a la question de la conservation des matières, les quantités à gérer, les commandes à passer… », énumèrent Béatrice Egemar, romancière passionnée de parfum et Stéphanie, ancienne évaluatrice en parfumerie, qui viennent de terminer une formation de designer olfactif chez Cinquième sens. « Pour l’instant, je travaille chez moi, c’est très cher d’avoir tout le matériel, et je peux vous dire que parfois ça sent fort, c’est difficile », ajoute Carole, qui se reconvertit. « J’ai suivi une formation ici pour devenir parfumeur-créateur l’année dernière, et revenir dans ce nouveau cadre me paraît la suite logique pour pratiquer et avoir un suivi au long cours. »

Jennifer, elle, a accès à toutes les matières premières et à tout le matériel nécessaire pour formuler en tant qu’étudiante à l’Isipca, mais voit ce laboratoire partagé comme un espace de liberté : « A l’école, on ne crée que pour être notés par les profs, tout est cadré, scolaire. Il n’y a pas d’espace pour exprimer sa créativité de manière personnelle, ce qui sera possible ici. »

L’esprit collaboratif du coworking est-il vraiment adapté au monde du parfum, traditionnellement décrit comme cultivant le secret et l’individualisme ? « Au contraire, c’est génial, il faut démystifier ce travail du parfumeur dans sa tour d’ivoire », s’exclame Gérald Ghislain, fondateur de la marque Histoire de parfums. « La nouvelle génération est davantage dans le partage. Un lieu de rencontre, c’est la chance de pouvoir donner et demander des conseils », estime Célia, l’étudiante de Montpellier. « C’est compliqué d’être seul quand on crée », renchérit Carole. « Travailler ici, ça peut aussi permettre des rencontres enrichissantes, et peut-être faire naître des projets. » La jeune femme échange déjà ses coordonnées avec Gwenaëlle, qui travaille dans la propriété industrielle dans le secteur du luxe.

Mais nul besoin d’être parfumeur ou d’aspirer à l’être pour venir comparer jasmin Sambac et jasmin Grandiflorum ou même les marier dans une composition de son cru. L’espace est également ouvert aux particuliers passionnés, puisqu’« on peut apprendre le piano sans pour autant vouloir être pianiste », souligne Isabelle Ferrand. Si aucun diplôme n’est requis, il vous faudra néanmoins réussir un test d’aptitude à la manipulation en laboratoire avant de pouvoir jouer au petit chimiste et peser vos formules.

Cinquième sens
16 rue de Monttessuy
75007 Paris
www.cinquiemesens.com/coworking

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